Ville de Douala : l’exécutif à côté des priorités ?

L’exécutif de la mairie de la ville de Douala hérité d’une ville dont le désordre urbain fait désormais parti de l’Adn. Les actions d’éclat restent attendues pour la fluidité de la circulation et autres, pendant que le maire semble empêtré dans la boue des marchés

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Le 9 septembre 2020, l’esplanade de l’hôtel de ville à Douala Bonanjo était occupée par des commerçants du marché Madagascar de l’arrondissement de Douala 3e. Ces derniers protestaient contre la fermeture la veille, de la boutique du président du marché par les services de la mairie de la ville. Depuis le 8 septembre en effet, a été apposé sur la boutique A44, un scellé dont le ticket identitaire provenait de la direction de la police municipale et de la sécurité de la Communauté urbaine de Douala, avec pour motif « non-respect des instructions du maire de la ville de Douala. » Le courroux des commerçants provenait ainsi du fait que cette fermeture avait tout l’air de l’arbitraire, avec des irrégularités criardes aussi bien sur la procédure que sur le motif.

Abus…

D’abord le motif, « non-respect des instructions du maire de la ville de Douala », simplement tiré par les cheveux. Le dictionnaire défini de manière simplifiée les instructions comme des ordres de service que donne un supérieur à ses subordonnés. Le commerçant serait-il devenu un employé de la Communauté urbaine de Douala pour recevoir les instructions du maire de la ville, lui qui exerce une profession libérale ? Plus est, même si par extraordinaire, si pour une raison ou pour une autre, grâce à l’alchimie dont les Camerounais seul ont le secret on devait admettre que le maire de la ville donne une instruction quelconque à un commerçant, le non-respect de ces instructions ne figure dans aucun texte réglementaire comme un motif de fermeture d’une boutique, lieu de service du commerçant. Ensuite la procédure de pose de ce scellé défiait toute logique légale, et ne pouvait que susciter l’indignation et le soulèvement des commerçants qui se sont retrouvés à l’esplanade de l’hôtel de ville. Pour donner du contenu après coup au motif argué pour cette fermeture, certains agents de la mairie de la ville prétendaient que le président du marché refusait d’honorer certains engagements, notamment le payement des loyers, au motif qu’il est le président. Mais même s’il s’était rendu coupable de non-paiement d’un loyer, la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale, tranche. L’article 83 alinéa 2 dit : « faute de paiement d’un terme de loyer des boutiques et après mise en demeure de quinze jours demeurée infructueuse, il est procédé à la pose des scellés sur la boutique, dans les formes prévues par les textes en vigueur. » Le commerçant n’a jamais reçu de mise en demeure de payer un quelconque loyer en régularisation, la police municipale a simplement débarqué un matin pour poser l’acte.

…et voie de fait

L’autre anomalie de cette fermeture de boutique, c’est l’utilisation du bras séculier de la mairie, la police municipale là où elle n’a manifestement rien à faire. D’après l’article 218 de la loi portant Code général des Collectivités territoriales décentralisées, la police municipale a pour objet d’assurer le bon ordre, la sûreté, la tranquillité, la sécurité et les salubrités publiques. Ses missions comprennent notamment « la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, en l’occurrence le nettoiement, l’éclairage, l’enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices menaçant ruine, l’interdiction de ne rien exposer aux fenêtres  ou autres parties des édifices qui puisse causer des dommages ou des exhalaisons nuisibles…la prévention par des précautions convenables et l’intervention, par la distribution des secours nécessaires en cas d’accident et de fléaux calamiteux tels que les incendies, les inondations ou tout autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, la mise en œuvre de mesures d’urgence en matière de sécurité, d’assistance et de recours et, s’il y a lieu, le recours à l’intervention du représentant de l’Etat, auquel il est rendu compte des mesures prescrites. » Il n’est indiqué nulle part dans le descriptif de ces missions, l’intervention dans un marché pour la pose des scellés sur une boutique. Au contraire, il est facile de constater que cette police municipale, pour se retrouver à l’intérieur du marché, a dû traverser sur les vendeurs installés sur la chaussés, empêchant justement la sûreté et la commodité du passage dans les rues qui lui incombe pourtant.

Le challenge reste inchangé

la ville de Douala dépassée par le désordre urbain

La ville de Douala a son nouveau maire de la ville depuis le 4 mars 2020, et ce dernier a hérité d’une ville transformée en no mans land à cause du désordre urbain. A minima, on se serait attendu à ce que 6 mois après son entrée en fonction, l’encombrement des chaussées, devenu un serpent de mer pour ses prédécesseurs, soit résolu. Il est plus que frustrant pour un automobiliste de trainer dans des embouteillages pendant des heures, pour se rendre compte plus loin que la circulation est ralentie simplement du fait que la chaussée est occupée aux deux tiers par les vendeurs et les motos au niveau d’un marché ou d’un carrefour. Le recrutement d’un colonel à la retraite pour diriger la police municipale a laissé penser qu’il appliquait le principe selon lequel « aux grands maux les grands remèdes. » Mais se rendre compte que cette même police municipale saute sur le désordre urbain pour se retrouver dans un marché où elle pose des scellés sur une boutique, cela ne peut que laisser interrogateur. Les priorités de la ville de Douala sont énormes à ce jour, les défis à relever incommensurables. Et le bilan de l’exécutif de la ville de Douala se fera sur la propreté de la ville, sur la fluidité de la circulation, la libération des emprises des chaussées et des trottoirs par les commerçants, la libération des drains et des zones à risque, l’amélioration générale du niveau de vie des habitants de la ville. Ces derniers attendent en effet que le premier magistrat relève le niveau et la qualité de la ville, pour lui permettre de tutoyer les grandes métropoles africaines, surtout au moment où le Cameroun se prépare à accueillir des compétitions internationales de football. Un maire de la ville de Douala, surtout le Douala actuel, a mieux à faire que de poser des scellés sur des boutiques de commerçants, en plus sans aucune règle de procédure.

Roland TSAPI

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