Vie chère : les décideurs ne sont pas concernés

Les populations suffoquent sous la hausse constante des prix des denrées de première nécessité. Le gouvernement clame qu’il prend toutes les mesures pour juguler l’inflation, mais adopte une loi des finances qui consacre la hausse des prix des services. Raison, ceux qui prennent ces décisions ne ressentent pas les effets, du fait des avantages dont ils bénéficient de par leurs positions dans la société.  

Le 10 août 2022, le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi, a donné une conférence de presse conjointe avec ses collègues du Commerce, de la Recherche scientifique et de l’innovation, de l’Eau et de l’énergie, de l’Agriculture et du développement rural, pour informer l’opinion des mesures prises par le gouvernement pour soulager les populations face à l’inflation galopante et la hausse exponentielle des prix des denrées de première nécessité sur le marché. Les actes du chef de l’Etat dans sa magnanimité et sa bonté naturelle étaient mis en avant. Le ministre a fait allusion à sa décision de de porter le montant des subventions de l’Etat au profit des produits pétroliers de 120 à 480 milliards de fcfa, un montant qui pouvait être revu à la hausse, si les circonstances l’exigeaient. Décision qui a permis de garder inchangés « jusqu’à présent », les prix des hydrocarbures. Pour les autres produits, l’exonération ou la réduction des taxes et droits de douane à l’importation sur « le blé, les produits ferreux, l’huile de palme brute, le riz, le poisson, les matériaux de construction » a été évoquée. S’agissant de l’approvisionnement du marché local, poursuit le ministre, le Gouvernement a garanti de manière appréciable, la disponibilité des produits de fabrication locale à travers la suspension provisoire de certaines exportations vers les pays voisins, et les campagnes de vente promotionnelle à bas prix, sur l’ensemble du territoire national. « Il est à noter par ailleurs, précise-t-il, que les prix du mètre cube d’eau et du kilowatt d’électricité n’ont connu aucune augmentation, et ce, grâce à une politique compensatoire mise en place par l’Etat, qui supporte le différentiel entre les coûts réels de service et les tarifs pratiqués chez le consommateur. » Dans la même lancée, le 17 novembre 2022, d’autres ministres du gouvernement, au cours d’une cérémonie religieuse, la 13eme édition de la Cameroon national prayer breakfast ont reconnu que la situation était devenue humainement incontrôlable, et l’ont présentée devant le trône de Dieu lui demandant d’inspirer des solutions durables pour le Cameroun.

Il est également prévu une augmentation du prix du carburant à la pompe. En somme, tandis qu’ailleurs les pays exploitent les ressources naturelles pour fournir le budget et financer le développement, le Cameroun tient à saigner à blanc les populations au même moment où les conditions de vies sont des plus médiocres.

2023, asphyxie des populations

Assemblée nationale, passoire des lois

Mais au moment où les ministres vantaient les mesures du président de la République et que d’autres invoquaient le divin, une loi des finances assassine était en train d’être peaufinée, qui par la suite a été déposée devant la passoire parlementaire qui sert de légalisation des actes gouvernementaux. Cette loi des finances de 2023, qui va bientôt sortir de l’applaudimètre contredit en tout point de vue ces intentions déclarées du gouvernement.  Il est évident au regard des mesures fiscales qui y sont contenues, que le gouvernement tient plutôt à rendre la vie plus chère au Camerounais. Le timbre fiscal devra augmenter de 500 francs pour passer à 15 00 francs. Le certificat de propriété va passer à 25 000 francs, le droit de mutation d’un titre foncier en cas de vente sera calculé au taux de 4%. Les droits de timbre pour le permis de conduire et le certificat de capacité passe de 5000 franc à 10 000 francs, le timbre automobile, ou vignette  passe de 15 000 fcfa à 30 000 fcfa pour les véhicules de 2 à 7 chevaux, de 25 000 francs à 50 000 pour les véhicules de 3 à 13 chevaux, de 50 000 fcfa à 75 000 pour les véhicules de 14 à 20 CV et de 150 000 fcfa à 200 000 fcfa pour les véhicules de plus de 20 CV. Globalement, les recettes fiscales seules s’élèvent à 3 725 400 000 000 de francs cfa, sur les 6 345 milliards du budget total, qui prévoit 807 milliards de francs de recettes pétrolières, contre 561 milliards annoncés pour 2022. Il est  également prévu une augmentation du prix du carburant à la pompe. En somme, tandis qu’ailleurs les pays exploitent les ressources naturelles pour fournir le budget et financer le développement, le Cameroun tient à saigner à blanc les populations au même moment où les conditions de vies sont des plus médiocres.

Schématiquement, les pauvres payent les dirigeants pour qu’ils les pressent davantage avec d’autres impôts et taxes. On appelle cela rémunérer son oppresseur, qui se plaît chaque jour à imaginer d’autres moyens d’oppression, comme ces taxes qui augmentent, et augmentent, pendant que ce gouvernement prétend lutter contre la vie chère. Comme un parent qui envoie un enfant sorti de l’eau de l’eau, d’aller se sécher sous la pluie.

Ils ne sont pas concernés

La théorie économique de base commande que l’augmentation des charges sur un produit de service ou de consommation se répercute directement sur le consommateur final. Le commerçant qui va payer 25 000 francs de plus pour sa vignette automobile aura tendance à répercuter cela sur le prix des marchandises, et c’est le citoyen lambda qui va payer. Le vendeur de terrain va tenir compte des 4% de taxes de transaction et l’imputer sur le prix du mètre carré, sans compter que le fonctionnaire moyen sans avantage qui va payer 25 000 fcfa de plus pour la vignette, sans augmentation de salaire, va chercher à récupérer sur les usagers. Dans tous les cas, ce sont les populations pauvres qui vont subir cette hausse des prix gouvernementale, ajoutée à ce qu’elles subissent déjà dans les marchés. Pendant ce temps, ceux qui prennent ces décisions d’augmenter les prix des services et autres de 50% ne sont pas concernés. Ministres et directeurs des entreprises publiques bénéficient des maisons de fonction, voitures de fonction avec carburant et vignette. Ils se soignent gratuitement avec leurs familles aux frais de l’Etat, voyagent gratuitement et sont même payés pour voyager, ils ne payent pas l’eau, l’électricité, le téléphone, internet, ils ont des domestiques et des chauffeurs à disposition payés par l’Etat. Et quand on dit payé par l’Etat, cela veut dire par les impôts que payent les pauvres. Aussi, les subventions de l’Etat sont souvent présentées comme si un individu sortait cet argent de ses revenus personnels, alors qu’il s’agit une fois de plus du fruit des impôts que payent les citoyens. Schématiquement, les pauvres payent les dirigeants pour qu’ils les  pressent davantage avec d’autres impôts et taxes. On appelle cela rémunérer son oppresseur, qui se plaît chaque jour à imaginer d’autres moyens d’oppression, comme ces taxes qui augmentent, et augmentent, pendant que ce gouvernement prétend lutter contre la vie chère. Comme un parent qui envoie un enfant sorti de l’eau de l’eau, d’aller se sécher sous la pluie.

Roland TSAPI

One Reply to “Vie chère : les décideurs ne sont pas concernés”

  1. Pourquoi seraient-ils concernés, quand un ministre offre un siège Royal de 200.000.000 comme cadeau de 40 ans de règne à son mentor!

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