Vie chère : le coup de massue présidentiel

Alors que l’opinion camerounaise attendait du président de la république qu’il explique dans son discours de fin d’année les hausses des services administratifs prévues dans la loi de finances 2023, il n’en a pas fait cas, et plutôt annoncé une autre hausse imminente, celle du carburant à la pompe.

L’année 2023 a démarré au Cameroun avec l’entrée en vigueur de la nouvelle loi des finances. Celle-ci, comme on le sait depuis le 10 décembre 2022, date à laquelle elle a été adoptée par les députés à l’Assemblée nationale, est considérée comme un coup de marteau supplémentaire sur la tête d’un peuple qui suffoque déjà sous le poids des hausses des prix. Et le gouvernement n’est pas allé de main morte, avec 50% d’augmentation des prix de certains services, ce qui n’est pas déjà économiquement soutenable. En rappel, la vignette automobile de la voiture considérée comme pour monsieur tout le monde, qui coûtait déjà 15 000 francs, passe à 30 000 francs pour le véhicule de 2 à 7 chevaux,  et de 25 000 à 50 000 francs cfa pour le véhicule de 8 à 13 chevaux, le timbre fiscal passe de 1000 francs à 1500 francs, le timbre pour le permis de conduire passe de 5000 à 10 000, ainsi que le timbre sur la capacité, une pièce essentielle pour les conducteurs de taxi. Le peuple attendait au moins du président de la République une explication des mesures aussi drastiques pour couronner une année au cours de laquelle les prix de denrées de première nécessité n’ont cessé d’augmenter. Mais dans son discours de fin d’année le sujet n’a pas été abordé. Par contre, il a annoncé des lendemains encore plus difficiles, en présentant la situation comme inéluctable et laissant croire que le gouvernement fait tout pour que cela n’arrive pas. « Pour garantir l’approvisionnement régulier du marché domestique en produits pétroliers et en gaz domestique, il a fallu augmenter le volume des subventions publiques, au prix d’importants efforts budgétaires. C’est ainsi qu’au cours de l’année 2022, près de 700 milliards de francs cfa ont été dépensés par le Trésor public au titre des subventions pour les carburants et 75 milliards de francs cfa pour le gaz domestique. Au regard de l’intensité des chocs exogènes et de leur impact sur notre économie, j’ai instruit le Gouvernement d’étudier toutes les options permettant de stabiliser les prix à leur niveau actuel, et de préserver le pouvoir d’achat des consommateurs. Cependant, il est de plus en plus évident que notre pays, comme bien d’autres en Afrique et ailleurs, ne pourra pas indéfiniment échapper à un réajustement des prix des produits pétroliers, si nous voulons préserver nos équilibres budgétaires et poursuivre sereinement la mise en œuvre de notre politique de développement. »

la situation dans les prochains jours se dessine ainsi, en schéma simple : le conducteur de taxi devra payer 10 000 francs pour avoir son permis de conduire au lieu de 5000 francs, 10 000 pour sa capacité au lieu de 5000, et payer plus cher le carburant à la pompe, comme annoncé par le président de la République. La conséquence logique sera qu’il augmente à son tour le prix de la course. Bien sûr il ne va pas dire qu’il a augmenté le prix, mais quand il va refuser deux fois le client pour une distance, ce dernier va lui-même proposer plus cher que le tarif normal, pour espérer aller vite, ce qui revient au même.

Augmentation

En langage simple, le prix du carburant va augmenter à la pompe, c’est ce que dit le président de la république avec des tournures de style. Au mois de juillet 2022, l’économiste Dieudonné Essomba le disait déjà sur sa page facebook : « Certains Camerounais ne comprennent pas ce qui se passe sur le carburant et la communication gouvernementale ne fait qu’aggraver la confusion. Les choses sont pourtant très simples. Le Gouvernement subventionne le carburant, ce n’est pas faux. Toutefois, cette subvention n’est pas un transfert de ressources venant d’autres secteurs visant à maintenir les prix à un niveau faible. NON. Il s’agit tout simplement d’une renonciation à des taxes que le Gouvernement aurait dû normalement prélever sur le secteur. Par exemple, quand un ministre dit que la Cameroun a payé des subventions de 300 milliards, il laisse véhiculer le message que la Direction Générale des Impôts aurait collecté l’argent auprès des entreprises pour payer le carburant, ce qui n’est pas vrai. Cela signifie tout simplement que les taxes qu’auraient dû collecter l’Etat sur le carburant sont de 300 milliards. C’est une sorte de manque à gagner et non un transfert de ressources collectées dans un autre secteur… Aujourd’hui, le Fmi a instruit le Gouvernement de mettre fin aux subventions du carburant. Comme je l’ai dit plus haut, le FMI demande que l’Etat prélève désormais les taxes auxquelles il renonçait jusque-là. Le but n’est pas de renflouer les caisses de l’Etat, mais de lui remettre cet argent afin de rembourser la dette monstrueuse que le Cameroun doit aux étrangers. Je ris de ces petits rigolos qui vocifèrent partout que le Gouvernement ne peut pas. Est-ce que le Gouvernement va faire parce qu’il veut? Il fait l’idiot, le Fmi ne donne plus aucun sous et nous nous retrouvons sans carburant du tout. Vous croyez que la pénurie actuelle est gratuite? C’est bien ce qui nous attend si le Gouvernement fait le fanfaron en refusant de suivre les terribles instructions de maître Fmi, huissier de justice, commissaire-priseur au niveau des pays mauvais payeurs. »

En termes simples également, les prix des services publics qui augmentent, ce n’est pas parce que l’Etat veut renflouer les caisses, c’est parce que le pays doit déjà trop d’argent à l’Etranger et l’huissier l’a déjà sommé et lui a donné un délai pour faire preuve de bonne volonté. La question de savoir à quoi ont servi ces dettes est un autre débat. En attendant, la situation dans les prochains jours se dessine ainsi, en schéma simple : le conducteur de taxi devra payer 10 000 francs pour avoir son permis de conduire au lieu de 5000 francs,  10 000 pour sa capacité au lieu de 5000, et payer plus cher le carburant à la pompe, comme annoncé par le président de la République. La conséquence logique sera qu’il augmente à son tour le prix de la course. Bien sûr il ne va pas dire qu’il a augmenté le prix, mais quand il va refuser deux fois le client pour une distance, ce dernier va lui-même proposer plus cher que le tarif normal, pour espérer aller vite, ce qui revient au même. D’un autre côté, l’augmentation des salaires que réclament des syndicats pour rendre la pilule moins amère, est un leurre. Si l’on augmente un salaire de 20 000, au même moment que les charges ont augmenté du même montant, la balance est nulle, c’est une opération qui ne vaut pas la peine, ou qui nous maintient comme depuis 42 ans dans le mouvement immobile dont parle l’autre économiste, Célestin Monga.

Roland TSAPI

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