Vie chère : le coup de grâce du gouvernement

Alors que les populations n’en peuvent plus à cause du coût de la vie, le gouvernement prévoit d’augmenter les prix de certains services administratifs pour renflouer les caisses de l’Etat. L’exploitation judicieuse des ressources naturelle aurait pourtant résolu le problème.

Dans la loi des finances 2023 soumise au Parlement pour la session de novembre 2022, le gouvernement prévoit de revoir à la hausse le prix de certains services. Le timbre fiscal devra augmenter de 500 francs pour passer à 1 500 francs. Le certificat de propriété va passer à 25 000 francs, le droit de mutation d’un titre foncier en cas de vente sera calculé au taux de 4%. Les droits de timbre pour le permis de conduire et le certificat de capacité passe de 5000 franc à 10 000 francs, entre autres. A ces hausses des prix, il faut ajouter celle d’jà existantes. Depuis le 1er juin 2022, les prix du contrôle technique automobile sont passés du simple au double. De 9500 fcfa à 17 900 fcfa pour les voitures de tourisme, soit une augmentation de 8 400 fcfa, et de 2 800 fcfa à 4900 fcfa pour les taxis. Selon l’Institut national de la statistique, entre janvier et juin 2022, le niveau général des prix à la consommation finale des ménages au Cameroun a augmenté de 5,1%,  avec pour principale cause la flambée des prix des produits alimentaires. Dans le secteur de l’immobilier, les prix des loyers sont revus à la hausse chaque année par les propriétaires, qui n’hésitent pas à faire comme l’Etat en doublant une fois le montant précédent. Dans les établissements scolaires privés, les frais de scolarité prennent du poids chaque année, ajoutée aux multiples exigences tout le long de l’année, quand il faut participer aux foires gastronomiques ou aux activités de la semaine de la jeunesse. Les instituts privés d’enseignement supérieur ne sont pas en reste, les centres et écoles de formation non plus. Le coût de la santé augmente chaque fois qu’on se rend dans une institution hospitalière publique ou privée. Même le prix de la carte national d’identité a augmenté sans qu’on le dise officiellement. S’il faut payer 2800 fcfa à la demande, il faut en plus revenir au poste d’identification tous les trois mois pendant deux ans au moins, en payant le transport aller/retour, sans compter qu’il faut également « payer sa tête » si l’on a la mauvaise idée de se retrouver entre les mains des forces de l’ordre quand le récépissé est périmé.

Sur les routes interurbaines, les transporteurs fixent les prix au gré des saisons ou des jours de la semaine, passant en 24h de 3 500 francs à 5500 francs, phénomène devenu une loi sur les lignes Ouest en partance de Douala et Yaoundé entre jeudi et vendredi, et dans le sens inverse samedi et dimanche, pour citer un exemple. En zone rurale, il faut débourser parfois 10 000 francs pour une distance de 60 kilomètres sur une moto ou entassé comme des sardines dans une voiture de fortune, initialement prévue pour 5 places mais qui en prend une vingtaine, y compris ceux dans la malle arrière ou au-dessus de la toiture. Certaines routes ne sont praticables que par des voitures pick-up qui entassent les humains à l’arrière, debout comme des bœufs, et jusque-là il faut payer le prix fort, fixé au gré des humeurs du conducteur prêt à renoncer au voyage à la moindre contestation de son prix. Dans les villes, à cause de l’état des routes, les conducteurs de motos dictent la loi aux populations. Impossible de sortir de chez soi en prévoyant un montant fixe pour le transport, il change toujours, et toujours à la hausse.

Et pendant que ces populations suffoquent chaque jour sous la pression du gouvernement pour lequel lutter contre la vie chère consiste à rendre les choses plus chères, toutes les explorations et études confirment que le Cameroun est un pays riche, béni par la nature. Sans être un El dorado, le Cameroun a dans son sous-sol de quoi donner aux populations un niveau de vie enviable. Il est d’ailleurs démontré que ces richesses africaines nourrissent bien les gens ailleurs, qui viennent les piller en laissant sous la table des milliards de cfa pour quelques individus, comme l’ont confirmé par le passé les dirigeants de Elf et récemment ceux de Glencore.

Des ressources

L’explication avancée par le gouvernement en augmentant chaque année les prix des services administratifs, les taxes et autres impôts, c’est qu’il faut renflouer les caisses de l’Etat qui a des missions de sécurité à assurer, les soins de santé à pourvoir, de l’éducation à donner ou les routes à construire. Il faut donc élargir l’assiette fiscale pour utiliser les termes savants du milieu, ce qui veut dire en termes simples qu’il faut davantage presser les populations pour extraire le maximum d’argent. Les populations se retrouvent ainsi dans une serre qu’il faut presser chaque année un peu plus. Et pendant que ces populations suffoquent chaque jour sous la pression du gouvernement pour lequel lutter contre la vie chère consiste à rendre les choses plus chères, toutes les explorations et études confirment que le Cameroun est un pays riche, béni par la nature. Sans être un El dorado, le Cameroun a dans son sous-sol de quoi donner aux populations un niveau de vie enviable. Il est d’ailleurs démontré que ces richesses africaines nourrissent bien les gens ailleurs, qui viennent les piller en laissant sous la table des milliards de cfa pour quelques individus, comme l’ont confirmé par le passé les dirigeants de Elf et récemment ceux de Glencore.

Un gisement de fer, partie des richesses du sous sol camerounais

Les richesses du sol mises en exploitation judicieuse pourraient pourtant alléger la vie des populations en même temps qu’elles renfloueraient considérablement les caisses de l’Etat. L’exemple de la Libye de Kadhafi reste cité comme un exemple dans le domaine. Pays désertique, Mouammar Kadhafi avait pourtant réussi à transformer le pétrole du sous-sol en eau gratuite pour les populations, en école gratuite pour les élèves et étudiants, en logement au prix symbolique. D’après  Moncef Djaziri, dans la revue Alternatives Sud : « La politique économique et sociale menée en Libye depuis 1969 a permis une amélioration notable des conditions de vie des Libyens. Cette politique a également rendu possible le développement d’une industrie pétrochimique et des réalisations telles que le « grand fleuve artificiel ». Grâce à la rente pétrolière, les autorités ont également investi massivement dans l’éducation. Ainsi, le taux d’alphabétisation est passé d’environ 20% avant 1969 à plus de 82% actuellement. De même, l’espérance de vie moyenne est passée, au cours de la même période, de 44 à 70 ans. Rappelons par ailleurs que le Produit intérieur brut  par habitant est de l’ordre de 11 000 dollars, l’un des plus élevés dans le monde arabe. »* Le Cameroun pourrait faire mieux, avec la densité de son sous-sol, mais il n’y a rien de plus vrai dans cet adage selon lequel les institutions comme les pays ne valent que par les hommes qui les animent, ou les dirigent.

A demain

*extrait de l’article « libye : avancées sociales, régression politique, dissensions en perspective » publié dans le site internet cetri.be

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