Urbanisation : quelle ville pour le citoyen

Alors que le citoyen a du mal à s’intégrer dans la ville, cette dernière ne s’impose pas non plus, par sa façon d’être construite et entretenue

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Dans le précédent éditorial, nous nous demandions quel citoyen pour la ville, pour remarquer que les habitants de la ville sont parfois comme des étrangers dans le milieu, et la question complémentaire était, quelle ville trouve-t-on déjà au Cameroun pour le citoyen. S’il est vrai que l’homme a tendance à transformer le milieu naturel pour l’adapter à ses besoins et même ses désirs, il est aussi vrai que le milieu s’impose dès fois à l’homme et lui impose de manière irrévocable un mode de vie. C’est le cas des milieux urbains, qui sont toujours le résultat d’une transformation humaine, laquelle a été pensée pour atteindre un certain objectif, notamment le bien être, et exige tout aussi un minimum de règles à respecter pour conserver son architecture initiale. Bien pensée et bien entretenue, la ville a alors le pouvoir de modifier par elle-même les comportements humains, sans que l’on ait à prendre le bâton. Ceux des Camerounais, parmi lesquels les dirigeants,  qui ont séjourné en Europe, et même dans certaines villes africaines, témoignent souvent de ce qu’il est impossible dans ces villes de laisser tomber un papier dans la rue sans se sentir ridicule. Et si jamais cela arrive, spontanément vous ramassez le papier sans que personne ne vous le demande, si oui la route elle-même. Elle communique avec vous, et vous rappelle que vous venez de laisser un corps étranger là. Dans l’ensemble, le milieu dans lequel on arrive pour la première fois parle à l’homme et lui envoie un message, lui laisse une impression qui de manière inconsciente va conditionner son attitude dans le milieu. Mais quel message reçoit celui qui arrive dans les villes camerounaises dès les premières secondes, est-ce un message de propreté et de discipline, ou un message qui souhaite la bienvenue dans une jungle ?

désordre; dans l’Adn de la ville de Douala

Quels atouts ?

Le cas de la ville de Douala. L’entrée Est de la ville, sur la route nationale numéro 3 venant de la capitale politique ne présente rien d’attractif. Les premiers kilomètres dans l’arrondissement de Douala 3eme qui est frontalier avec le département voisin de la Sanaga Maritime ne donne pas l’impression que le citoyen vient de franchir les portes de la capitale économique du Cameroun. Même pas une plaque qui souhaite la bienvenue dans la ville de Douala, encore moins une autre qui vous dit que vous êtes la bienvenue dans le 3ème arrondissement de la ville. Paradoxalement, c’est la ville qui détient et vend les espaces aux régies qui implantent des panneaux publicitaires, et on ne peut compter le nombre de cabinets de communication dans la ville, sans oublier qu’on trouve des marketeurs parmi les employés de la mairie de ville. Le passager d’un bus est ainsi obligé de demander à son voisin, ou l’enfant à son père dans leur voiture, si on est déjà à Douala. Et la question n’est jamais suscitée par une beauté quelconque ou un monument architectural, mais par le désordre des camions garés çà et là le long de la route, des bâtisses sans aucune architecture harmonisée, les bruits de tout côté. Le carrefour Yassa, le tout premier à l’entrée de la ville donne alors un avant-goût du niveau du désordre, conforté plus loin au carrefour dit Borne 10 si l’on continue sur la nationale ou au carrefour Château Japoma si on prend par la droite.

A l’entrée Ouest de la ville, où continue la route nationale numéro 3 conduisant dans la région du Sud-Ouest et sur laquelle débouche la route nationale numéro 5 qui conduit dans la région de l’Ouest, on est accueilli par une variante du même spectacle de la pénétrante Est. Déjà après l’échangeur simplifié à la camerounaise de Bekoko, on tombe sur une gare routière bizarre, où un véhicule qui ralenti est littéralement envahi par des vendeurs de pain et autres badauds qui récupèrent presque de force les bagages de certains en leur proposant des itinéraires dans la région du Sud-Ouest. Aucune plaque non plus pour annoncer l’arrivée dans la ville. Passé ce lieu, la suite de l’itinéraire est moins rassurante. Tous les sens humains sont agressés au fur et à mesure qu’on avance. La vue par le spectacle désolant qu’offrent les bordures de route où tout est installé anarchiquement. L’odorat  par les odeurs peu supportables dégagées on ne sait d’où, l’ouïe par les bruits conjugués des  klaxons inopportuns, des ronflements assourdissants de moteurs de camions et motos taxis, auxquels il faut ajouter les diverses sonorités indéchiffrables des débits de boissons et des vendeurs de l’électroménager. Le toucher est agressé par la poussière et la chaleur étouffante, et tout cela laisse un goût amer. Ainsi agressé, il est normal que le nouvel arrivant se mette désormais sur sa défensive et se comporte plus tard comme dans une jungle, l’accueil de la ville n’était pas rassurant. Il en est ainsi de la ville de Douala, comme de Yaoundé, Bafoussam, N’Gaoundéré et autres.

Accueil

Tout comme à l’entrée d’un immeuble ou d’un hôtel, le paillasson au sol impose de se nettoyer le bas des chaussures avant de franchir la première marche d’escalier, les entrées des villes devraient donner le ton et fixer le cap. Et pas seulement l’entrée, car dans ces immeubles, après avoir franchi la porte, on est face à des murs propres et même habillés par des objets d’art, des meubles bien rangés, des couleurs assortis dans un ensemble qui procure une sensation de bien-être, et surtout de discipline et de respect. Dans un tel cadre, le visiteur se discipline lui-même, le message est passé. Et si la ville se concevait, se construisait et s’entretenait comme ces enceintes à une échelle plus grande, nul doute que les citoyens qui entrent auront vite fait de se dépouiller de certaines habitudes. Les grandes villes européennes et africaines ont réussi ce challenge, et parfois avec bien peu de moyens que ne disposent les villes camerounaises. Le rapport 2020 des plus belles villes d’Afrique cite parmi les 10 premières Johannesburg en Afrique du Sud,  Tunis en Tunisie, Dar Es Salam en Tanzanie, Abuja au Nigeria, Addis-Abeba en Ethiopie, Lagos au Nigeria, Nairobie au Kenya, Abidjan en Côte d’Ivoire, Windhoek en Namibie et Kigali au Rwanda. Aucune ville camerounaise dans le top 10, et plus insultant, y figurent des villes capitales des pays qui il y a quelques années enviaient encore tout au Cameroun, comme Addis-Abeba de l’Ethiopie qui a suscité la pitié du monde entier par sa pauvreté, ou Kigali du Rwanda tristement connu par le génocide de 1994. Que manque-t-il au Cameroun, pour que ses villes soient plutôt des foutoirs, comme le regrettait feu Joseph Pokossy Ndoumbé ? Un adage dit : Comme on fait son lit, on se couche. Dans le cas d’espèce on pourrait dire, comme on construit sa ville, on y habite

Roland TSAPI 

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