Trouble à l’ordre public : la violence légale du Rdpc

Le parti au pouvoir aurait l’immunité de la violence sur la voie publique. Le renouvellement de ses organes de base a été l’expression de toutes les exactions, sous le regard complice du gouvernement

Le 9 septembre 2021, le Collectif Sylvain SOUOP, regroupement d’une soixantaine d’avocats inscrits au Barreau du Cameroun, a rendu public un rapport des actions judiciaires entreprises depuis le 21 septembre 2020, pour la libération des personnes arrêtées les 15, 18, 19, 21, 22, 23 septembre 2020, 23 octobre 2020 et 21 novembre 2020, dans le cadre des manifestations du 22 septembre 2020. Le rapport rappelait que les manifestations pacifiques projetées pour le 22 septembre 2020 au Cameroun par le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (M.R.C.) Parti politique, et alliés, ont donné lieu à des arrestations ainsi qu’aux détentions arbitraires dans divers centres de détention. Pour conclure que 124 manifestants étaient encore incarcérés à Bafoussam, Douala, Mfou et Yaoundé. Que reprochait-on à ces derniers, juste d’avoir voulu ou d’avoir manifesté dans la rue. N’ayant à leur reprocher comme casse ou acte de vandalisme par exemple, il leur a été collé toutes sortes de motifs pour les maintenir en prison. Un an après, le pays tout entier a été secoué par des vagues de violences, barricade des routes, incendie du domicile du sous- préfet de Bengbis, destruction du matériel électoral, atteinte à l’intégrité physique des personnes, à l’occasion des élections en vue du renouvellement des organes de bas du Rassemblement démocratique du peuple Camerounais, le Rdpc. Un cas parmi tant d’autres est celui de Louis Nzié Owona, qui se présente comme le délégué au conflit dans la section Rdpc Kribi 2eme. Le visage tuméfié dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, il accuse : « Nos vies sont en danger, nous ne pouvons plus avancer. Ce n’est plus le Rdpc de Paul Biya qu’on fait ici, c’est le Rdpc de Mba Mba et de Fame Ndongo, parce que pour une opération d’inscription sur le sommier politique, nous sommes au 3eme rejet, on est fatigué. Pourquoi chaque fois c’est Mba Mba qui a gain de cause, est-il un Dieu, est-il au-dessus des hommes ? Et maintenant, même comme nous sommes d’accord pour une troisième inscription, on vient nous molester » Dans une autre vidéo, le militant affirme « c’est le sénateur Mba Mba qui est venu avec son garde de corps arrêter les gens, et c’est Biassalé qui m’a donné ce coup, parce que j’ai voulu filmer la scène, et ils sont partis avec mon téléphone » Un autre à côté de lui a aussi le visage sanguinolent.

Ne pas punir ces violences, pour des raisons partisanes ou pas, c’est leur donner une légitimité, c’est envoyer un message à l’opinion qu’au Cameroun, le parti au pouvoir a le monopole de la violence. 

Désordre public

Dans la même logique de préservation de l’ordre public, qui pousse le régime de Yaoundé à interpeller ceux qui ont seulement l’intention de marcher dans la rue et les garder depuis un an, on se serait attendu à ce qu’il y ait au moins 1000 personnes interpellées et gardées à ce jour, au vu des violences qui émaillent les élections au sein du parti au pouvoir. Rien. En lieu et place des voitures lance-eau qui se positionne souvent dans les carrefours à l’annonce d’une manifestation de l’opposition, et qui crache nerveusement de l’eau sur les téméraires, on a plutôt vu des hommes en tenue négocier avec des militants du Rdpc qui avaient barricadé une route nationale, pour dénoncer les fraudes au sein du parti. Ne pas punir ces violences, pour des raisons partisanes ou pas, c’est leur donner une légitimité, c’est envoyer un message à l’opinion qu’au Cameroun, le parti au pouvoir a le monopole de la violence. 

Un militant du parti molesté par un cadre du parti, manifestation des camarades pour demander la tête du cadre

En 1919, le sociologue allemand Max Weber avait développé le concept du monopole de la violence, intimement lié à l’Etat : « l’État est cette communauté humaine, qui à l’intérieur d’un territoire déterminé (…) revendique pour elle-même et parvient à imposer le monopole de la violence physique légitime. » En tenant compte du fait que le Rdpc s’est avec le temps mué en parti Etat et se confond désormais avec l’Etat, on pourrait comprendre qu’il s’arroge de ce fait tous les droits, y compris ceux de poser des actes de violence sans avoir des comptes à rendre, et dans le même temps mettre toute l’énergie pour réprimer d’autres partis politiques. C’est tout le message que renvoie désormais le ministre de l’Administration territoriale, qui, s’insurgeant le 10 septembre 2021 contre les violences faites aux policiers disait : «  la loi de la jungle n’a pas de place au Cameroun. Il est donc clair qu’un citoyen ou un usager, quel que soit son rang social, n’a pas le droit d’exercer des violences contre un agent de police dans l’exercice de ses fonctions », et qui depuisque la maison d’un personnel de son administration a été incendié, n’est pas sorti pour le défendre. Est-ce parce que les auteurs sont présumés être du parti au pouvoir ?

L’attitude du gouvernement, qui légitime la violence quand elle émane du Rdpc, tout en maintenant prisonniers d’autres Camerounais seulement soupçonnés, rappelle que les fables de Jean de La Fontaine qui datent de 1668, soit 353 ans, sont plus que jamais d’actualité, quand il disait dans « Les animaux malades de la peste » que : « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

Violence légitimée

Mais dans une étude des théories de Max Weber, Derwell Queffelec explique que quand Max Weber parle de “violence légitime” il en fait une description sociologique, il décrit ce qui est et non pas ce qui doit être. Max Weber théorise comment se sont constitués les États en tant qu’entités politiques. C’est une définition des pouvoirs de l’État, pas une justification de la violence envers le peuple. Il fait appel à Catherine Colliot-Thélène, philosophe spécialiste de Max Weber qui dit : “Cette définition intervient après qu’il (Weber) a écarté les définitions plus courantes, par les objectifs, les buts de l’État. Il se replie sur la définition par son moyen. Il a un moyen spécifique que n’ont pas les autres groupements politiques. Et ce moyen spécifique ce n’est pas la violence physique mais c’est le monopole de la violence physique. Et il insiste sur la dimension violence, c’est souvent ce qu’on retient de ce texte. Il y a d’autres versions dans des textes de Weber qui sont plus scientifiques, dirais-je, et où il utilise à la place du terme “violence, le terme “contrainte”. C’est-à-dire, les moyens de garantir le droit. » L’attitude du gouvernement, qui légitime la violence quand elle émane du Rdpc, tout en maintenant prisonniers d’autres Camerounais seulement soupçonnés, rappelle que les fables de Jean de La Fontaine qui datent de 1668, soit 353 ans, sont plus que jamais d’actualité, quand il disait dans « Les animaux malades de la peste » que : « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

Roland TSAPI

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