Travaux de construction : sécurité zéro, tolérance totale et fatale

Les règles minimales de sécurité sont complètement ignorées dans les constructions et les grands travaux, de temps en temps rappelées à la mémoire par des accidents mortels. L’administration ferme la plupart de temps les yeux

Le 14 juillet 2021, un ouvrier d’un chantier a perdu la vie au centre-ville d’Akwa à Douala, et 22 autres blessés, suite à la chute d’un échafaudage sur un immeuble en construction. Ledit échafaudage, fait en bois, avait une hauteur minimale de 16 mètres, et l’ouvrage un R+4. Il a fallu que l’incident arrive pour que l’on se rappelle que les mesures de sécurité prises dans ces travaux sont nulles, et surtout que les yeux s’ouvrent pour qu’on voie que la ville de Douala pullule des ouvrages en construction pour lesquels  aucune mesure de sécurité n’est prise, et qui sont conduits à  terme en toute quiétude. Simplement parce qu’une fois de plus, au Cameroun, chacun fait ce qu’il veut du côté de la population, et personne ne fait ce qu’il doit faire du côté de l’administration. La sécurité dans les chantiers est pourtant l’une des premières notions que l’on donne à tous les spécialistes du secteur des bâtiments et travaux, du fait qu’ils constituent des sites sensibles où on côtoie la mort à chaque seconde. La sécurité est d’ailleurs le premier élément aujourd’hui vendu par les entreprises qui se veulent sérieuses, et on suppose que la construction d’un immeuble R+4 au centre urbain ne peut pas être confiée à une entreprise inconsciente.

Sécurité minimale

Le site internet lguafrique.com dans un article didactique rappelle de manière simplifiée le bien fondé et le comment de la sécurité, en précisant que des risques professionnels existant dans tous les secteurs d’activité, celui du BTP est l’un des plus sujets aux accidents de travail. Pour assurer sur le chantier la sécurité et la santé des travailleurs ainsi que des visiteurs, il convient alors d’imposer certaines règles qui ne doivent pas faire l’objet de transgression. Le bien-fondé de la sécurité dans un chantier s’impose déjà du fait du nombre important des travailleurs présents simultanément sur le site, de la nature du matériel, des engins de chantier et autres machines utilisés ( mécanique, électrique, thermique, chimique, corrosif, sonore, coupant); de la dénivellation du terrain, du travail en altitude ou en hauteur, de la présence de nombreux débris métalliques de petite taille et de l’exposition directe à la forte chaleur ou au grand froid, pour ne citer que ces quelques-uns. Tous ces facteurs réunis font d’un site de construction un environnement hautement sensible, où le risque est élevé. Et pour préserver l’intégrité physique des usagers d’un chantier, des mesures de sécurité appropriées sont à respecter.

Lesquelles mesures commencent sur les ouvriers par le port des équipements de protection individuelle en abrégé EPI. Il s’agit des casques qui protègent contre les blessures ou chocs provoqués par des chutes d’objets, des collisions contre des objets, des projections de matière caustique, et même par des flammes, des lunettes qui assurent la protection des yeux contre les rayonnements ou les projections, des chaussures et bottes de sécuritépour protéger les pieds contre des risques de toute nature, des vêtements de protection pour prévenir les agressions mécaniques (coupures, éraflures), chimiques (brûlures par des agents chimiques) et thermiques (froid, chaleur, incendie). Il y a également des gants. Les mains étant très sollicitées sur un chantier de construction, elles sont plus sujettes aux risques de perforation, brûlure, coupure, et déchirure, et doivent être protégées. Les bouchons et les coquilles protègent les oreilles contre les nuisances sonores, les masques  protègent les voies respiratoires contre des particules nocives et des agents pathogènes ; alors que les dispositifs antichute, à savoir les  cordes, enrouleurs, harnais, mousquetons et autres protègent les ouvriers des risques de chute. Parlant de chute justement rien n’a été fait pour l’éviter sur ce chantier, les experts étant tranchés sur la qualité de l’échafaudage en cause ici, il n’était pas approprié car pour un bâtiment de plus de deux étages il faut des échafaudages tubulaires faits en matière métallique, pas des morceaux de bois et des lattes parfois de récupération comme c’était le cas. 

Ce n’est qu’au Cameroun qu’on peut se moquer aussi ouvertement des lois de la république, implanter sous le nez des autorités, en plein cœur de la ville des chantiers sans aucun égard pour la sécurité.

Indifférence des administrations  

Il y a aussi des mesures de sécurité collective qui consistent en l’isolement du chantier du public, mais en se limitant à la protection individuelle, on voit sur les images des accidentés de l’immeuble d’Akwa que personne n’en portait. Ils étaient même pieds et torses nus pour certains. Les ouvriers généralement ne semblent d’ailleurs pas soucieux de leur propre sécurité, alors qu’il leur incombe en premier d’exiger et de porter ces équipements de protection. Face à la pression du chômage, ils n’osent pas réclamer un droit aussi minime qu’il soit, face à des employeurs des entreprises en charge des chantiers, tout aussi esclavagistes, bien que la sécurité des travailleurs sur un chantier de construction leur incombe le plus et que juridiquement ils sont les premiers à être mis en cause en cas d’accident. Là, c’est le premier côté du Cameroun où chacun fait ce qu’il veut au mépris des règles.

De l’autre, il y a l’administration. L’accident s’est produit sur un chantier situé à moins de 3 kilomètres de la mairie de la ville, qui a un service chargé de veiller au respect des normes et des mesures de sécurité dans les constructions. Comment avoir laissé cette pratique qui mettait les vies en danger prospérer. On peut tolérer que cela se passe en périphérie de la ville, où les services compétents peuvent prétendre que le chantier leur a échappé, mais au cœur de la ville, rien n’explique qu’un chantier pareil, encore que ce n’est pas le seul, continue en toute quiétude. Et si les yeux des agents de la mairie étaient fermés, qu’en est-il de ceux du sous-préfet, du préfet, du gouverneur, qui tous ont l’autorité nécessaire pour interpeller, ou faire interpeller les acteurs d’activités dangereuses. Ce n’est qu’au Cameroun qu’on peut se moquer aussi ouvertement des lois de la république, implanter sous le nez des autorités, en plein cœur de la ville des chantiers sans aucun égard pour la sécurité. Le propriétaire du chantier et le chef de l’entreprise en charge de la construction seront sûrement interpelés, mais iront-ils jusqu’en prison, pour avoir expressément provoqué par leur négligence la mort d’un citoyen et probablement handicapé d’autres. Il faudrait qu’on y arrive, pour redresser la barre, parce que jusqu’ici, dans le domaine du bâtiment et travaux publics comme dans bien d’autres, le mode opératoire est le même : sécurité zéro, tolérance totale

Roland TSAPI 

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