Transport routier : le sursis permanent

Le secteur semble calme, mais la grogne est sourde. Face à elle, les méthodes de louvoiement semblent être préférées par le gouvernement

Depuis le 21 mars 2022, le Collectif des présidents nationaux des syndicats des transports routiers du Cameroun, dans une note adressée  au Premier ministre chef du gouvernement, confirmait le mot d’ordre de grève générale illimitée prévue pour le lundi 28 mars 2022 sur l’étendue du territoire camerounais. Ils avaient initialement saisi le gouvernement le 15 mars pour exposer leurs griefs et demander une rencontre. Après la note de confirmation du 21 mars, ils ont été appelés à une rencontre 4 jours plus tard le 23 mars, et le 25 ils signaient le communiqué de levée de grève. Ce qu’ils avaient obtenu au cours de la rencontre pour lever la grève, c’était la suspension immédiate des stations de pesée au port de Douala, la publication du résultat de la capacité spéciale portant la réorganisation du comité national de lutte contre le transport routier clandestin et bien d’autres points. Pour le reste, à savoir la signature du nouvel arrêté d’assurance qui couvre les motos taxis, les véhicules périurbains et ruraux, la baisse du prix d’huile et de vidange, l’augmentation du prix du taxi, l’entretien des routes, l’application des conventions collectives du secteur des transports routiers, urbains et interurbains, la lutte contre les tracasseries policières etc, des promesses avaient été faites. Sur la toile cependant, comme le relavait la Cameroun radio and télévision sur son site d’information, on apprenait que neuf syndicats de transporteurs maintenaient leur mot d’ordre de grève comme annoncée dénonçant la tentative de manipulation de certains présidents de syndicats qui selon eux, partageaient des informations fausses au sujet de la grève au sein de la communauté des transporteurs.

Pour le préavis de grève des transporteurs, le gouvernement a en effet, une fois de plus, utilisé une méthode qui devient désuète, mais les seuls à ne pas s’en rendre compte sont ses membres. A savoir inviter les mécontents à une réunion et faire des promesses

Promesses

En attendant la résolution de tous les griefs soulevés par les syndicalistes, les pourparlers entre gouvernement et transporteurs devaient se poursuivre. Encore une formule dilatoire, et comme il est de coutume, les promesses sont restées une fois de plus en attente, jusqu’au 9 avril 2022, quand les transporteurs de camions ont décidé de garer leurs véhicules, non sans créer un engorgement étouffant à l’entrée Est de la ville de Douala en direction de Yaoundé. Engorgement qui s’est répercuté sur toute la circulation de la ville, où il était devenu un calvaire d’entrer ou d’en sortir. Ils voulaient ainsi rappeler au gouvernement que les revendications n’étaient pas toujours satisfaites. Pour le préavis de grève des transporteurs, le gouvernement a en effet, une fois de plus, utilisé une méthode qui devient désuète, mais les seuls à ne pas s’en rendre compte sont ses membres. A savoir inviter les mécontents à une réunion et faire des promesses. Pourtant, pour les revendications des transporteurs, et contrairement au cas des enseignants, la résolution des problèmes ne nécessite pas des fonds, il s’agit dans la plus part des cas de signer une note pour interdire telle ou telle pratique dénoncée par les grévistes, comme cela a été le cas pour la suspension de la station de pesée au port de Douala. Le temps d’étudier les répercutions économiques d’une exigence comme l’augmentation des frais de taxi, des gages de bonne volonté pouvaient être donnés avec la levée des interminables contrôles routiers qui constituent l’une des revendications essentielles.

En d’autre termes, la clandestinité dans le transport, l’un des motifs souvent invoqués par ces patrouilles, est davantage récurent pour les patrouilles, et sur les routes camerounaises on retrouve des contrôles clandestins en train de verbaliser un conducteur pour transport clandestin

Arnaque routière

Sur ce point, le gouvernement s’est montré avec le temps soit impuissant, soit complice, en tout cas pas déterminé à mettre fin à cet qui est plus une arnaque routière officielle qu’un contrôle. A toutes les sorties des villes camerounaises, se trouvent toujours un contrôle constitué de deux gendarmes isolés, assis l’un sur un motard et l’autre dans une voiture banalisée de l’autre côté de la route, tous ciblant particulièrement les camions, et autres  véhicules dont ils maîtrisent seuls les caractéristiques pour savoir qu’ils sont des clients faciles. Immobiles à leurs positions, les différents conducteurs interpelés les trouvent sur place et remettent les dossiers accompagnés du « timbre », pour désigner le billet d’argent glissé dans les feuillets, la valeur étant fonction du gabarit de la voiture et de la charge apparente. Interpellé pour cette pratique de ses éléments, le ministre délégué à a présidence de la république chargé de la défense, ne dément pas, mais tente à son tour d’orienter les regards ailleurs. Saisi dans le cadre de cette grève par les transporteurs qui dénonçaient 65 postes de contrôles entre Douala et Maroua, il a lui-même menée l’enquête pour se rendre compte de l’existence effective de 66 postes de contrôle, dont 39 qu’ils qualifie lui-même d’irréguliers, dont clandestins. En d’autre termes, la clandestinité dans le transport, l’un des motifs souvent invoqués par ces patrouilles, est davantage récurent pour les patrouilles, et sur les routes camerounaises on retrouve des contrôles clandestins en train de verbaliser un conducteur pour transport clandestin. Plus grave encore, selon le ministre de la Défense, certains de ces contrôles clandestins sont prescrits par les autorités administratives. Dans un courrier du 5 avril 2022, il saisissait alors son collègue de l’Administration territoriale, pour lui demander « d’instruire les intéressés d’alléger significativement le nombre de postes de contrôles intermédiaires sur le corridor, avec institution des postes regroupant toutes les administrations impliquées entre deux régions concernées sur les sections Maroua-Kousseri, Garoua- Maroua, Ngaoundéré-Garoua, Ngaoundéré-Bertoua, Yaoundé-Bertoua et Yaoundé- Douala. » Cette demande et bien d’autres sont à prendre au sérieux, car les revendications des corps sociaux ne sont plus à réduire à l’échelle des individus comme le gouvernement camerounais à tendance à le faire, en trouvant de l’instrumentalisation partout. Et les experts du secteur en cause ici, sont unanimes pour dire que Le transport routier et les infrastructures routières sont les clés de l’évolution et de la prospérité de la société moderne. Connecter les personnes et les lieux, les biens et les services de manière sûre, efficace et durable est essentiel pour créer et maintenir une croissance durable et inclusive dans l’ensemble de la société.

Roland TSAPI

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