Torture de Ndu : la victime abandonnée à son sort ?

A la suite des tortures perpétrées sur un civil par les militaires dans la journée du 11 février 2021, l’Etat s’est empressé de dénoncer les actes pour se faire bonne figure, en oubliant la victime, dont le bien être devait être l’essentiel

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La communauté nationale camerounaise et internationale a été émue et le reste encore depuis la diffusion dans les réseaux sociaux le 13 février 2021, d’une vidéo montrant des éléments des forces de défense et de sécurité camerounaise, en train torturer à l’eau et à la machette un homme avec le torse nu.  Jean Fai Fungong était soupçonné d’être un relais des groupes armées qui revendiquent la sécession de la région anglophone du pays. Et pour être soupçonné de tel, il a subit le supplice qui peut être ainsi décrit :

Torturé et…

Tout commence avec un homme assis les pieds regroupés, torse nu, dans la situation d’une personne parfaitement maitrisée et résignée. Les hommes en tenue tournent autour de lui en proférant des menaces, puis partent deux coups de pieds à  la nuque suivis d’une gifle qui le fait balancer d’un côté et revenir en élastique. Un seau d’eau est apporté par la suite et à l’aide d’un bocal, il est mouillé progressivement à partir de la tête où l’eau est versée. Débutent alors les coups de machettes par sa partie plate au dos et au niveau des épaules.

le jeune homme subissant la torture (capture d’image)

A la quatrième frappe, ils lui  demandent de dormir, c’est-à-dire de se coucher sur le ventre et de garder la face au sol. L’homme s’exécute, et la suite des frappes  de machette sont sur le fessier, 13 au total. L’homme se tord de douleur à chaque coup, jurant ne pas être en mesure de dire exactement où se trouve son frère cadet, d’après lui, il sait seulement qu’il est un ambazonien et se réfugie en brousse, sans plus. De l’eau est à chaque fois versée à l’endroit de l’impact des frappes à la machette. A la 13eme frappe ils lui demandent de se retourner et se coucher sur le dos, et continuent les frappes sur le ventre, 4 coups bien dosés intercalés par de l’eau versé. Au 4eme coup sur le ventre, il n’en peut plus et se retourne sur le ventre. On entend à ce moment une voix qui demande de ne plus verser de l’eau car il est déjà mouillé. La machette change de main et les frappes continuent sur le fessier et le dos, et l’on en compte encore 16. La position du supplicié est alors changé, il est placé en travers de la rigole, les reins suspendus dans le vide, le tronc d’un côté de la rigole, les jambes tendus sur l’autre bordure et maintenus au sol par le pied  du soldat qui applique cette fois sur les plantes des pieds, et libère 23 frappes, en remettant chaque fois en place les plantes de pieds qui ne cessent de bouger sous l’effet des torsions de la victime. Ces torsions sous la douleur font en  sorte qu’il se retrouve dans la rigole en faisant des mouvements pour supporter. Il est sorti de là avec rage et remis à la même position et 2 frappes appliquées, mais les mouvements provoqués par la douleur insupportable le ramène dans la rigole. Nouveau coup de force du bourreau qui le sort d’un geste violent et lui administre encore 8 frappes. Les cris ne s’entendent même plus, l’un d’eux demande de verser encore de l’eau quand l’autre s’y oppose, ils ne s’entendent manifestement plus sur les souffrances infligées à Jean Fai, qui a désormais la tête baissée dans la rigole. Son état inquiète déjà et certains d’entre eux demandent de le laisser respirer un peu. La vidéo s’arrête à 9minutes 30 secondes, au moment où le supplicié est inerte, la tête dans la rigole et le tronc sur la plateforme où ses pieds étaient maintenus pour les frappes.

…oublié ?

Le Sous-préfet de Ndu a qualifié les faits de « horribles » dans sa correspondance adressée aux responsables des forces de défense et de sécurité, le ministère de la Défense les a considérés comme des « intolérables agissements. » Les deux ont fait mention des éléments tortionnaires et de ce qui les attendait, mais ni l’un ni l’autre n’a fait allusion à la victime qui est agonisant à la fin de la vidéo partagée. Les deux se sont focalisés sur les bourreaux comme pour démontrer leur préoccupation face à cette situation, mais l’on constate bien que la sensibilité humaine n’y était pas, comme si la vie de cet homme ne comptait pas. Généralement, dans d’autres circonstances où à la survenance d’un fait quelconque l’humain subi des dommages corporelles, l’Etat s’est souvent montré compassionnant en annonçant que les rescapés devaient être entièrement pris en charge. On l’a vu lors du drame de la falaise de Dschang le 27 janvier 2021 au matin, ou celui de Nomalé un mois plus tôt. Pourquoi dans le cas d’espèce rien n’a été dit de ce qui advenait de Jean Fai ? Des informations font état de ce qu’il a été transporté à l’hôpital de district de Nkambé. Cette institution hospitalière, régulièrement victime des coupures d’électricité, a-t-elle le plateau technique nécessaire pour prendre en charge efficacement un homme qui vient de subir autant de sévices corporels. Après une simple chute à la suite d’un accident de la circulation dans les artères de la ville, le patient conduit à l’hôpital est généralement soumis à des examens approfondis pour détecter les éventuels traumatismes, et il saute à l’œil que  Jean Fai en a subi sur diverses parties du corps au cours de son supplice. L’Etat qui ne se reconnait pas dans les agissements des 8 fonctionnaires des forces de défense et de sécurité, et qui veut faire bonne figure, ne devrait-il pas commencer par sauver la vie de ce suspect, ne serait-ce qu’en respect d’une des dispositions du préambule de la Constitution selon laquelle « toute personne a droit à la vie et à l’intégrité physique et morale. Elle doit être traitée en toute circonstance avec humanité. En aucun cas, elle ne peut être soumise à la torture, à des peines ou traitement cruels, inhumains ou dégradants ».

Dans une autre vidéo publiée par la suite, on voit la victime debout et disant qu’il se porte bien, remerciant le député Ngala Gérard d’être venu à son secours en prenant en charge ses soins. Mais il saute à l’œil de tous qu’il s’agit là d’une opération de communication du député en question, dont la photo apparait d’ailleurs plusieurs fois dans la vidéo. Tout médecin dira qu’un patient qui est passé par le supplice de Fai doit être soumis à un examen approfondi, les signes de bonne santé pouvant être trompeur. En tout état de cause, il ne faudra pas seulement que l’opinion soit informée à la fin qu’il est décédé à la suite d’un sepsis sévère, comme cela avait été le cas pour le journaliste Wazizi. L’Etat a en tout cas intérêt à ce que Jean Fai ne succombe pas à cette torture, il portera sa mort sur la conscience et surtout projettera à ses partenaires l’image d’un Etat tortionnaire, car ce sont de tels actes qui ternissent l’image du pays à l’extérieur, et non pas les marches dans les rues.

A demain                          

One Reply to “Torture de Ndu : la victime abandonnée à son sort ?”

  1. Samuel Wazizi font la famille attend tjrs qu’on lui remettre le corps afin qu’elle puisse faire son deuil !
    C’est un Etat tortionnaire et rien d’autre.
    Maintenant quand on a fini de dire ça, on fait quoi !

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