Succession : Franck Biya, un épouvantail ?

L’idée d’une succession  dynastique au Cameroun a été  introduite dans l’opinion. Pour la distraire ou la préparer ?

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En 1975, la Constitution du Cameroun subissait une troisième modification, si l’on considère que la première est celle fédérale de 1961 qui consacrait la fédération du Cameroun occidental et du Cameroun oriental. Cette modification de 1975 instaura principalement le poste de Premier ministre qui n’existait pas avant. 4 ans plus tard, en 1979, une quatrième modification intervient, cette fois pour faire du premier ministre le dauphin du président de la république, celui qui le remplacera en cas de vacances. Il faut rappeler que ces différentes modifications, quoiqu’officiellement votées à l’Assemblée nationale, étaient initiées par un seul et même homme le président de la république qui par ailleurs avait les pouvoirs étendus. On était à l’époque du parti unique, l’assemblée nationale était composée des militants d’un seul parti, le président de la république était le président du parti, la Constitution était entre ses mains et il pouvait en faire ce qu’il voulait en fonction des cauchemars qu’il avait eu dans la nuit. Il avait pris soin de faire en sorte que son successeur ait les pleins pouvoirs, et sans bruit il lui passa la main en 1982. On est passé de Ahidjo à Biya, ayant largué au passage Ngu Foncha John qui était vice-président au moment où les dirigeants du Cameroun oriental faisaient les yeux doux à ceux du Cameroun occidental pour les faire entrer dans la maison. En 1982 tout au moins, tout le monde était fixé sur la dauphinat, les idées étaient claires.

En 2021, la situation est différente, parce que malgré l’existence des dispositions constitutionnelles tout aussi maniables à souhait comme par le passé, une opacité règne sur la figure que le président de la république a préparée pour sa succession, comme c’était le cas en 1982, quand tout le monde voyait Paul Biya. Aujourd’hui, on ne voit personne, ce qui donne libre cours à des supputations les plus folles, y compris celle de la succession de père à fils au Cameroun. Un ballon d’essai lancé dans l’opinion juste pour la préparer à accepter une succession en dehors du cadre légal, car en l’Etat actuel des textes, le fils du Président de la république Franck Biya ne peut se retrouver à la tête du pays dans le cadre d’une transition, ce qui est possible dans le cadre d’un mandat électif à deux conditions au moins.

Succession

D’abord dans la cadre d’une transition, les textes disposent que c’est le président du Senat qui l’assure, et en cas d’empêchement de ce dernier, son premier vice-président et ainsi de suite dans l’ordre de préséance. Et le fils du président n’est pas dans l’exécutif du Sénat, et même si par une alchimie quelconque il s’y retrouvait, conduire une transition le mettrait de facto hors course, car légalement il ne devrait pas être candidat à une élection à organiser dans un délai de 120 jours. Ensuite, dans le cadre d’un mandat électif, deux possibilités s’offrent dans ce cas. Il pourra soit créer un parti politique qui l’investirait, soit se faire investir par un parti politique existant. Mais ce parti qui  pourrait l’investir ne peut pas être le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, à l’état actuel des textes du parti aussi, car les statuts précisent à l’article 27 que le président national est le candidat du parti à l’élection présidentielle. Il est vrai que les choses peuvent évoluer. En peu de temps un congrès du parti peut être organisé avec pour ordre du jour l’élection du nouveau président et tout bascule. C’est sur ces différents leviers que les partisans du « frankisme » devraient actionner pour donner une légalité à une succession dynastique. Le fils du président en tant que citoyen camerounais, jouissant de tous ces droits et remplissant les conditions, a le droit comme tout le monde d’être candidat à une élection présidentielle. Sa filiation avec l’actuel président ne lui enlève pas ses droits de citoyen camerounais, tant que cela se joue à la régulière. On l’a vu aux Etats Unis avec le père et fils Bush par exemple

Epouvantail

Si Paul Biya avait voulu que son fils lui succède, il aurait aménagé depuis longtemps le chemin pour lui d’abord dans les textes du parti, ensuite dans la constitution, puisqu’il a de tout temps eu les moyens légaux pour le faire. Il ne l’a pas fait pourtant, et lui-même n’a jamais affiché d’ambitions politiques, en briguant un poste dans une mairie ou un siège à l’Assemblée nationale, les moyens ne lui manquaient pas pour autant. Et aujourd’hui certains veulent l’utiliser, en le présentant comme un juste milieu pour séparer deux clans qui se disputent le pouvoir. L’idée d’une succession de gré à gré n’est en réalité introduite dans l’opinion qu’aux fins de la distraire, pour éviter qu’elle ne se mobilise derrière ces questions essentielles. Et la technique réussit bien. La crise anglophone persiste, et le dernier bilan fait état de 4 militaires de l’armée camerounaise tués à la frontière entre la région du Nord-Ouest et celle de l’Ouest dans la localité de Galim, les fonds covid doivent être clarifiés, le Stade d’Olembé doit être livré en même temps que les comptes doivent être rendus sur toutes les infrastructures de la Can, l’opinion doit être informé de quel type de vaccin contre la covid est introduit au Cameroun et pourquoi, le code électoral doit être révisé. L’eau courante continue de manquer au camerounais, les projets sont abandonnés, l’endettement du pays inquiète. Face aux manœuvres de diversion, les Camerounais ne doivent pas perdre de vue l’essentiel, qui est l’amélioration de leurs conditions de vie. L’accent et la pression devront être mis pour la résolution des problèmes quotidiens, tout en gardant un œil ouvert, car il n’est pas exclu qu’après la préparation de l’opinion, quelques coups de feu soient incités aux frontières, pour parachever la forfaiture.

Roland TSAPI

One Reply to “Succession : Franck Biya, un épouvantail ?”

  1. Donc il y’a même déjà les franckistes hein sauf s’ils veulent dire les franc-maçonnistes.
    L’autre avait dit “Les camerounais que Dieu vous garde” il séjourne à kondengui. Il avait sûrement raison.

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