Sport : le mépris déguisé des acteurs par les gouvernants

Ils sont prompts à récupérer les victoires sportives, alors que les joueurs et joueuses font au quotidien l’objet du mépris le plus indécent

Les Lions indomptables de football du Cameroun focalisent l’attention de la nation depuis deux mois et plus, engagés en éliminatoire de la phase finale de la coupe du monde Qatar 2022. Surclassé dans sa poule par la Côte d’Ivoire, la course se menait entre les deux équipes du groupe D, désormais chapeauté par le Cameroun après sa victoire sur les Eléphants le 16 novembre 2021. L’espoir renaît pour la qualification, espoir que les jeunes joueurs sont allés chercher au fond d’eux-mêmes. Et à côté de l’euphorie que la victoire provoque, il convient de  mieux regarder pour comprendre quelle considération est accordée à cette jeunesse une fois sortie des stades. Les Lions du football cherchent encore la qualification pour la coupe du monde, mais les Lionnes indomptables de handball tiennent la leur depuis le 18 juin 2021, à l’issue de la 24eme édition du championnat d’Afrique des nations féminin de handball, d’où elles sont sorties vice-championne derrière l’Angola. Elles devront participer à la 25 eme édition de la coupe du monde de handball du 1er au 19 décembre 2021 en Espagne. Et quel traitement est accordé à ces jeunes dames qui portent le drapeau de la nation aux milieux des autres nations, quelles armes le pays leur donne pour aller au front ?

à première vue on croirait qu’il s’agit d’un club de sport pour tous en pleine séance de travail, mais il s’agit bel et bien de l’équipe féminine de handball du Cameroun. C’est ici sur les abords du lieu-dit Mateco sur le Campus de l’université de Yaoundé I que les vice-championnes d’Afriques préparent depuis le 6 octobre dernier la phase finale de la coupe du monde  de la discipline. Difficile ici d’aller jusqu’au bout de l’exercice, il faut de temps à autre interrompre momentanément pour laisser passer voitures et motos

Débrouille

Un reportage sur l’équipe, diffusé à sur la Cameroon Radio and télévision dans son édition de journal de 20h30  le 8 novembre 2021, en dit long. On y apprend que l’équipe des lionnes de handball devait se rendre au Brésil depuis le 20 octobre 2021 pour le regroupement en vue de la préparation de cette phase finale. Mais elles étaient restées Yaoundé jusque-là, sans lieu d’hébergement, sans stade d’entrainement. Le journaliste était allé dans la rue où l’équipe s’entraînait pour faire le constat : « à première vue on croirait qu’il s’agit d’un club de sport pour tous en pleine séance de travail, mais il s’agit bel et bien de l’équipe féminine de handball du Cameroun. C’est ici sur les abords du lieu-dit Mateco sur le Campus de l’université de Yaoundé I que les vice-championnes d’Afriques préparent depuis le 6 octobre dernier la phase finale de la coupe du monde  de la discipline. Difficile ici d’aller jusqu’au bout de l’exercice, il faut de temps à autre interrompre momentanément pour laisser passer voitures et motos  ». L’entraîneur Serges Christian Guebogo, dans le reportage, espérait que d’ici la fin de la semaine on mettrait une salle à leur disposition pour la préparation technique. Les joueuses quant à elles, déplorent les conditions dans lesquelles cette « préparation » se faisait, sans aucune possibilité de récupération par la suite. Et il faut dire que pendant que le média d’Etat camerounais rendait compte des conditions indescriptibles dans lesquelles les Lionnes Indomptables de handball étaient, les média angolais, rendaient à leur tour compte de ce que Les Angolaises, dirigées par l’entraîneur Filipe Cruz, se rendaient ce 8 novembre dans la ville de Budapest en Hongrie, où, en plus d’un match amical avec l’équipe japonaise, elles devaient affronter cinq équipes du championnat local. Et c’est pour dire le moins, car on ne peut pas parler de ce que font les équipes européennes pendant cette phase de préparation, car là-bas, ce n’est pas dans les discours qu’on proclame qu’il n’y a pas de sport mineur.

Pourtant depuis le 19 juin 2009, il y a 12 ans, le président de la République Paul Biya lui-même a inauguré le palais polyvalent des sports de Yaoundé, présenté comme un complexe à vocation sportive et culturelle répondant aux exigences internationales en matière d’infrastructures sportives.

Incurie permanente

Pour cette 25eme édition de la coupe du monde de handball, le Cameroun sera dans le groupe B avec la Russie, la Serbie, et la Pologne. Les lionnes croiseront d’ailleurs la Russie le 3 décembre pour leur premier match, la Russie qui est l’une des équipes de poids du handball mondial. Le ministère camerounais des sports et de l’Education physique est-il seulement conscient des enjeux de cette compétition ? Des fois les faits laissent penser que certains actes sont posés sciemment par les dirigeants pour ternir l’image du pays. Depuis le 18 juin 2021, le ministère des sports sait que les lionnes de handball vont participer à la coupe du monde en Espagne en décembre 2021. Mais 6 mois après, elles sont encore en train de courir dans les rues de Yaoundé par manque de salle d’entraînement. Pourtant depuis le 19 juin 2009, il y a 12 ans, le président de la République Paul Biya lui-même a inauguré le palais polyvalent des sports de Yaoundé, présenté comme un complexe à vocation sportive et culturelle répondant aux exigences internationales en matière d’infrastructures sportives. Plus curieux encore, le palais est placé sous la tutelle du ministère des Sports et de l’Éducation physique du Cameroun. C’est-à-dire que pour des raisons d’Etat, le ministère peut réquisitionner de droit ce complexe pendant deux mois s’il le veut, pour permettre que l’équipe nationale de handball, qui défend les couleurs nationales, se mette au vert. Pourquoi cela n’est-il pas fait, des instructions ont été données mais n’ont pas été appliquées ? Dans tous les cas on ne peut voir dans cet état de chose qu’une once de plus d’exagération, pour ne pas dire de maltraitance infligée aux sportifs camerounais. Les mêmes ne peuvent pas être en train de célébrer le 6 novembre les 39 ans de règne de leur champion pour qui il n’y a pas de sport mineur, alors que dans le même temps ils ont abandonné dans la rue des jeunes femmes qui ont accepté de porter le drapeau national et représenter le pays à une compétition internationale. Comme d’habitude, ils programment l’équipe pour échouer, et si jamais ces jeunes ambassadrices glanent quelques points dans cette aventure, ils seront les premiers à en tirer les dividendes politiques, et mettre les prouesses des jeunes contre lesquels ils ont travaillé au compte de la politique sportive visionnaire du Renouveau. Comble de tout, alors que les Lionnes indomptables de handball tirent le diable par la queue, le ministre des Sports, annonçait après le match Cameroun Cote d’ivoire, une prime spéciale de 5 millions de francs du chef de l’Etat pour chaque joueur de l’équipe nationale de football. Soit 115 millions de francs cfa au minimum pour les 23 joueurs, alors que les Lionnes indomptables de handball ont besoin de bien moins que cela pour une représenter dignement le Cameroun en Espagne. Pour récupérer les victoires des jeunes en aval, il faudrait au moins songer à leurs souffrances en amont

Roland TSAPI  

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