Sida : mission accomplie ?

La pandémie est désormais intégrée dans les mœurs, acceptée par le public et presqu’oubliée par la science, comme si son objectif était atteint dans l’humanité.

1er décembre est la journée mondiale de lutte contre le Sida, cette maladie dont on ne parle plus assez, et qui a même été complètement noyée depuis le début de l’année 2020 par l’actualité du corona virus. Mais la pandémie existe toujours, et continue de faire des ravages. En rappel l’épidémie de sida a officiellement commencé le 5 juin 1981 lorsque la CDC, l’Agence fédérale des Etats Unis pour la protection de la santé publique, constitué par l’ensemble des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, décrit dans sa revue Morbidity and Mortality Weekly Report une recrudescence de cas de pneumocystose dans une communauté d’homosexuels à Los Angeles. Dans les mois qui suivent, de plus en plus de cas sont recensés dans plusieurs villes du pays. Ces patients sont dans un état d’immunodépression, c’est-à-dire que leurs systèmes immunitaires étaient devenus très faibles ou même inexistants. Du fait que ces patients ont de multiples partenaires sexuels, il est suggéré en juin 1982 qu’un agent infectieux transmis sexuellement pourrait être la cause de leur affaiblissement complet du système de défense naturel du corps. Le syndrome est alors appelé par certains le gay-related immunodeficiency disease (GRID), ou maladie des homosexuels. Mais les  autorités sanitaires identifient d’autres communautés atteintes des mêmes maux, les hémophiles qui ont un problème avec la coagulation du sang, les héroïnomanes, c’est-à-dire ceux qui sont dépendant de l’héroïne, ou encore des immigrants haïtiens.  Ce qui conduit certains chercheurs à appeler cette maladie les « 4H ». En 1982, les modes de transmission de cette nouvelle épidémie ne sont pas encore connues. L’hystérie collective va rapidement stigmatiser les individus susceptibles d’être un « 4H ».  En vue d’abandonner des dénominations erronées, la CDC créée en juillet 1982 le terme Acquired immune deficiency syndrome (AIDS), traduit en français en syndrome d’immunodéficience acquise (sida). En mai 1983, le rétrovirus responsable du sida est officiellement identifié par Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi de l’Institut Pasteur, qui le baptisent Lymphadenopathy Associated Virus (LAV). En mai 1984, l’équipe américaine dirigée par Robert Gallo confirme l’identification de ce rétrovirus et le rebaptise virus T-lymphotrope humain de type III (HTLV-III), et il faudra attendre mai 1986 pour que son nom définitif soit trouvé et qu’il soit communément appelé virus de l’immunodéficience humaine (Vih). En termes simples, un virus qui attaque tout le système de défense du corps humain et le détruit complètement, le rendant de fait vulnérable à toutes les maladies dont les facteurs trouvent désormais un terrain fertile et s’installent sans être inquiété.

Lassitude ?

Depuis lors, la maladie a fait son chemin. L’Organisation des nations unis a créé en 1996 tout un Programme commun dédié à la maladie, l’Onusida, réunissant les efforts de 11 organismes de l’Organisation, et qui mène l’action à l’échelle mondiale pour mettre fin à l’épidémie de sida comme menace de santé publique d’ici à 2030 dans le cadre des Objectifs de développement durable. D’après ce  Programme, depuis la découverte des premiers cas de Vih il y a plus de 35 ans en arrière, 78 millions de personnes ont été infectées par le Vih et 35 millions sont décédées de maladies liées au sida. L’Onusida tout en se battant pour limiter les dégâts du sida, essaie de donner une lueur d’espoir aux personnes vivant avec le Vih, en plaidant pour qu’ils aient une place à la table des prises de décisions, pour qu’ils soient au cœur de la conception, de la réalisation et du suivi de la riposte au sida. Il oriente les pays et les communautés pour s’engager sur la voie d’accélération vers la fin du sida et se pose en défenseur audacieux dans la lutte contre les obstacles juridiques et politiques à la riposte au sida. En 2021 la journée mondiale consacrée à la lutte contre la maladie  se célèbre sous le thème mettre fin aux inégalités, mettre fin au sida, mettre fin aux pandémies.

Sur le plan scientifique, le Vih se montre encore plus coriace que le virus à la couronne. Les récents chiffres de l’Onu sida indiquent qu’en 2020 il y a eu 1,5 millions de nouvelles infections, 37 700 000 personnes vivent avec le virus et 680 000 personnes étaient décédées d’une maladie opportune liée au Sida. Le 7 juillet 2021, Des chercheurs ont annoncé avoir fait des progrès encourageants dans la mise au point d’un vaccin expérimental. Ce vaccin aurait selon le directeur de l’étude, le virologue Dan Barouch, provoqué une réaction immunitaire chez des humains et protégé des singes de l’infection. Un test sur plusieurs milliers de patients devrait avoir lieu dans les prochains mois. Mais le même chercheur invite cependant à la prudence. De quoi rappeler que 35 ans après la découverte officielle de cette maladie, et autant d’années de recherche, on ne guérit toujours pas du Sida. Elle n’est pour autant pas une fatalité, et à l’occasion de cette journée, un média français met en garde contre les fausses idées qui continuent d’être reçues. La première est qu’on ne meurt plus de sida, ce qui est faux, et les chiffres de l’Onusida le confirment. La deuxième est que la pilule protège contre le sida. Non, la pilule est un moyen contraceptif qui permet d’éviter une grossesse, mais ne peut limiter les risques de transmission du Vih dans l’organisme lors d’un rapport sexuel non protégé. L’autre fausse idée propagée autour de la maladie est qu’elle ne touche que les homosexuels, mais il est établi que même si la communauté homosexuelle a été la première à être touchée par cette épidémie, elle a également été la première à se protéger et même efficacement. Enfin, l’idée selon laquelle on ne peut pas avoir d’enfant quand on a le sida n’est pas fondée, il suffit d’anticiper la grossesse afin de bénéficier d’une prise en charge médicale adaptée et d’éviter le risque de contamination de l’enfant…de quoi garder espoir. En restant prudent.

Roland TSAPI

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