Sécurité au travail : la côte d’alerte

Deux électriciens électrisés sur le réseau à Douala, l’accident suscite des interrogations sur les précautions prises dans l’ensemble pour protéger les travailleurs

Le 6 août 2021 à Douala, l’entreprise distributrice de l’énergie électrique au Cameroun Energy of Cameroon, signait une note d’information dont un extrait lit « deux électriciens engagés sur un chantier de réhabilitation du réseau de distribution ont été électrisés ce vendredi non loin du cinéma l’Eden à Bessengue. Les secours mobilisés les ont transportés aussitôt à l’hôpital général de Douala où ils sont sous soin intensif. » Il s’agissait en effet des employés d’une entreprise sous-traitante chez le distributeur. Sur une vidéo on voit les deux au-dessus d’un poteau transportant des lignes de moyenne tension qui assurent le ravitaillement des postes de transformation sources les lignes basses tension. Dans la manœuvre, l’un des électriciens entre en contact avec un bout de câble et une étincelle jaillit au même moment où il s’affaiblit des mains et des pieds, et n’est plus maintenu suspendu que par l’équipement de sécurité qu’il porte autour du corps. Son collègue reste inerte aussi, et l’on ne voit pas à distance ce qui se passe. La foule accumulée par l’effet de l’embouteillage créé par le camion qui aidait à l’intervention, crie dans tous les sens, alors que d’autres s’activent à secourir les accidentés.

Négligence extrême

Qui est responsable de cet accident, et comment arrive-t-on à avoir ce type d’accident sur les installations de Energy of Cameroun ? Il faut le dire sans détours, la responsabilité du distributeur est clairement engagée, du simple fait de la présence de l’énergie sur la ligne de moyenne tension. Dans les normes, l’entreprise doit s’assurer qu’elle a rendu les lignes inoffensives en les isolant au départ et en vérifiant sur place qu’il n’y a pas un résidu d’énergie accumulé par l’effet de condensateur. Une tâche assignée à un agent de consignation Eneo qui signe au terme de la procédure une attestation de consignation, attestant justement qu’il ne subsiste de l’énergie ni sur les câbles aériens ni sur les câbles aéro souterrains. Un expert en sécurité explique également que l’entreprise sous-traitante, avant de s’engager sur le chantier, doit aussi faire une vérification d’absence de tension ou VAT, à l’aide de cette barre rouge qu’on voit apparaître sur la vidéo seulement après la survenance de l’accident.

la responsabilité du distributeur est clairement engagée, du simple fait de la présence de l’énergie sur la ligne de moyenne tension. Dans les normes, l’entreprise doit s’assurer qu’elle a rendu les lignes inoffensives en les isolant au départ et en vérifiant sur place qu’il n’y a pas un résidu d’énergie accumulé par l’effet de condensateur.

Les deux parties auraient donc été négligentes sur cette vérification, mais le responsable de ce qui arrive est celui qui autorise le démarrage des travaux, son rôle de superviseur et de contrôleur étant de s’assurer que personne ne mette sa vie en danger. L’importance de la sécurité dans la conduite des travaux n’est plus négociable de nos jours, l’époque où les pyramides et les tunnels se construisaient ou se creusaient à mains nues étant révolues. L’entreprise Eneo elle-même, pour agréer une entreprise comme prestataire sur ses installations, la soumet à des contrôles très stricts, procède elle-même à des formations et des recyclages pour des mesures de sécurité. Si au bout c’est pour arriver à des accidents causés par une simple négligence de vérification, c’est qu’on est encore loin du compte. Il n’y a jamais de risque nul d’accident, mais il y a des types d’accidents qui ne devraient plus exister dans des entreprises d’une certaine taille. La fiche de sécurité simplifiée en la matière indique que « les accidents d’origine électrique sont rares mais sont particulièrement graves. Les accidents surviennent généralement sur des installations restées sous tension ou non complètement consignées. C’est pourquoi, l’autorité territoriale doit former au préalable les agents pour qu’ils aient les instructions appropriées pour les opérations d’ordre électrique ou d’ordre non électrique, en vue de la délivrance d’une habilitation électrique, des équipements de travail et des moyens de protection appropriés. »

Insécurité normale

Un poteau incliné au travers d’une route de Douala, lieu dit Nyalla Chateau

L’accident de Bessengué remet en tout cas au goût du jour la question de sécurité chez le distributeur de l’énergie électrique, ou plutôt le niveau de risque auquel sont exposées les populations au quotidien. En dehors des cas pareils qui touchent directement les acteurs principaux travaillant sur les lignes électriques, que des marchés sont allés en flammes depuis de nombreuses années, avec comme principal accusé l’électricité. La sécurité semble en réalité être le ventre mou de l’entreprise distributrice d’énergie. Au-delà des déclarations du respect des normes de sécurité, tout le monde peut constater que les poteaux adossés sur des toitures, ou inclinés au travers des routes, les câbles  qui trainent au sol ou qui pendent juste au-dessus des passants à certains endroits, des installations anarchiques, les bricolages sur les lignes avec des prolongateurs, des douilles volantes, fils volants, les raccords sans domino, des toiles d’araignées sont autant d’anomalies qui existent sur le réseau. L’entreprise a parfois évoqué la rareté des supports à cause de la crise anglophone pour justifier le nom remplacement des poteaux pourris, elle s’est toujours défaussée sur l’indiscipline des populations dans les quartiers pour expliquer l’existence des toiles d’araignées qui jonchent certains quartiers avec les risques d’incendie qui vont avec. Mais au bout il faut bien que quelqu’un prenne ses responsabilités. La conscience collective est entièrement interpellée ici, les pouvoirs publics aussi sur la sécurité à un niveau plus globale des populations.

Deux jours après l’accident des deux électriciens, les informations émanant des diverses parties faisaient état de leur état de santé stable. Mais comment savoir qu’il ne s’agit pas là d’une communication de crise visant à rassurer. L’espoir est qu’ils s’en sortent vivants, mais s’en sortiront ils entiers, quelles séquelles vont-ils traîner à vie à la suite de cet accident ? Prévenir vaut mieux que guérir dit l’adage, et la sécurité au travail n’est plus une option, c’est une obligation que les multinationales connaissent bien, que les industries locales, les petites et moyennes entreprises, même les plus petits commerces et les plus petits métiers devraient intégrer, car on travaille pour vivre et on ne devrait pas aller trouver la mort à son lieu de travail.

Roland TSAPI

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