Santé publique : le financement dans le coma

L’accès aux soins de est rendue impossible au Cameroun, non pas seulement à cause de l‘insuffisance des infrastructures et du personnel, mais davantage par manque de moyens. Un système de financement de l‘assurance maladie proposé par le syndicat des médecins est resté lettre morte pendant que les leaders étaient traqués comme des malpropres

La polémique enfle au Cameroun sur le financement de la santé publique, depuis que le directeur de l’hôpital régional de Bafoussam a signé une lettre circulaire en date du 26 octobre 2022, exigeant que les malades déposent une caution de 50 000 francs cfa avant toute prise en charge. La décision a été rapportée sur instruction du ministre de la Santé publique qui rappelait que la mesure était en contradiction avec les politiques humanisantes que prône le gouvernement camerounais. Les patients de l’hôpital ont ainsi évité de justesse d’être soumis à cette exigence, mais le problème de fond reste, celui de l’accès aux soins de santé par les Camerounais dans l’ensemble. Le directeur de l’hôpital régional de Bafoussam avait justifié la mesure par le nombre croissant des malades insolvables dans son institution, et dénoncé les pratiques d’évasion de certains malades dans l’incapacité de payer les factures. Ce problème d’accès aux soins par les Camerounais faute de moyens est en effet vieux comme la médecine, et alors que dans certains pays il existe un système de sécurité sociale qui permette aux citoyens d’être soignés sans contrainte ; le Cameroun reste à la traine. En 2017 pourtant, le syndicat des médecins du Cameroun Symec avait pris la mesure de la situation, et attiré l’attention du gouvernement sur la délicate situation qui est celle de ses membres, obligés qu’ils sont de porter d’abord secours au malade, et embarrassés par la suite de constater que ce dernier ne puisse pas payer. Ils avaient alors proposé un mécanisme de financement de la santé au Cameroun, qui mettrait tout le monde à l’abri, et éviterait que les institutions hospitalières en viennent à séquestrer les patients guéris.

Avec un chiffre d’affaire de plus de 500 milliards en 2013 pour deux opérateurs, une taxe santé à hauteur de 0,5 % permettrait de réunir au moins 3 milliards pour l’assurance maladie. Tout cela devait renflouer la caisse d’assurance maladie d’au moins de 543.25 milliards de FCFA soit plus de 2/3 des dépenses de santé des Camerounais

Financement

Mama Fouda, ex Minsanté

Le Symec proposait par exemple que 5 % du salaire de base soit prélevé chez les travailleurs ou sur la valeur imposable des revenus des personnes du secteur informel. Chez les non-salariés, il proposait un forfait mensuel de 1000 fcfa par mois par enfants préscolaires, élèves, étudiants et chômeurs, ce qui, d’après les simulations donnerait un minimum de 300 milliards de cfa à la caisse d’assurance maladie. Il était également question de mettre en place une taxe santé dans différents secteurs. Ainsi, étant donné que l’aéroport international de Douala accueille 500 000 passagers par an et que celui de Yaoundé Nsimalen en accueille 200 000, une taxe de 5000 FCFA par passager génèrerait environ 3, 5 milliards FCFA à la caisse d’assurance maladie. L’imposition de l’accostage des navires au port pourrait aussi générer 110 milliards de FCFA. Et ceci sur la simple hypothèse que le port autonome de Douala accueille 11 millions de tonnes de marchandises. Une taxe santé de 10 000 FCFA par tonne de marchandises donnerait donc 110 milliards. De même, le syndicat trouvait normal que la santé soit financée par une taxe sur l’alcool. Avec 620 millions de litres de bière consommés par les Camerounais en 2013 pour la seule production nationale, en imposant 100 FCFA par litre de bière, soit moins de 50 FCFA la bouteille, cela permettra à l’assurance maladie d’engranger au moins 62 milliards FCFA Ceci sans compter la bière importée. Car, en 2010, le Cameroun avait importé près de 11 millions de litre d’alcool. Ce qui donnerait 1 milliard FCFA à la caisse d’assurance maladie. Pour le Symec également, les opérateurs de téléphonie mobile devraient être mis à contribution. Avec un chiffre d’affaire de plus de 500 milliards en 2013 pour deux opérateurs, une taxe santé à hauteur de 0,5 % permettrait de réunir au moins 3 milliards pour l’assurance maladie. Tout cela devait renflouer la caisse d’assurance maladie d’au moins de 543.25 milliards de FCFA soit plus de 2/3 des dépenses de santé des Camerounais. Le Symec prévoyait même d’entrer en grève pour forcer la main du gouvernement.

Répression

Dr Bassong, pourchassé pour des propositions

L’une des réponse de ce gouvernement fut la signature le 13 avril 2017 par le ministre de la Santé publique André Mama Fouda, d’une note indiquant que «Le Ministre de la Santé Publique informe le personnel des Corps de la Santé et le Grand public que l’organisation dénommée « Syndicat des Médecins du Cameroun (SYMEC) », qui appelle à la grève tous les Médecins sur toute l’étendue du territoire, dès le 17 avril 2017, n’est pas, pour le moment, reconnue comme ayant une existence juridique, au sens de la loi N° 68/LF/19 du 18 Novembre 1968 relative aux Associations ou Syndicats professionnels non régis par le Code du Travail. Par conséquent, il met en garde les responsables de cette nouvelle Organisation pour non-respect de la Loi et agissements contraires à l’éthique et à la déontologie de l’exercice de la Médecine. André Mama Fouda appelle tous les Médecins de continuer à vaquer sereinement à leurs occupations avec le rendement attendu. » Par la suite les principaux leaders du syndicat étaient affectés dans des coins reculés du pays. Le président, Dr Pierre Yves Bassong, neurologue en service à hôpital régional de Bamenda était affecté au centre médical d’arrondissement de Somalomo dans la région de l’Est. Le vice-président, Dr Kamta, neurochirurgien en service à l’hôpital général de Douala était affecté au centre médical d’arrondissement de Ngaoui dans la région de l’Adamaoua. Le Secrétaire général, Dr Ndoudoumou, en service au centre médical d’arrondissement d’Akono était affecté au centre médical d’arrondissement de Mayo baleo dans la région de l’Adamaoua. Le Chargé de communication, Dr Laah, radiologue à l’hôpital régional de Bamenda était affecté au centre médical d’arrondissement de Mozogo dans la région de l’extrême Nord. Ainsi, 3 médecins spécialistes membres du syndicat étaient affectés, sans être remplacés dans leurs postes respectifs, un peu comme c’était le cas dans les années 50 quand les leaders de l’Union des populations du Cameroun qui revendiquaient l’indépendance véritable étaient affectées en brousses. Le syndicat soulevait un problème crucial de santé publique, en face l’idée était de briser leurs carrières, laissant de côté le problème soulevé, qui reste entier.

Roland TSAPI

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