Santé : le calvaire des hémodialysés

Les pouvoirs publics montrent résolument des limites à mettre sur pied une politique efficace de santé pour prendre en charge les malades d’insuffisance rénale, entre autres

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Le défi sanitaire auquel le Cameroun est confronté, et qui a montré son vrai visage avec l’avènement du corona virus, est tel que si les pouvoirs publics ne se réveillent pas et prennent définitivement les taureaux par les cornes, le pays va se trouver décimé d’une bonne partie de sa population. A côté des maladies les plus médiatisées, ou plutôt à potentiel épidémique les plus fréquentes et qui sont sous surveillance intégrée que sont la fièvre jaune, le choléra, la méningite cérébro-spinale, la rougeole, la dysenterie bacillaire, la trypanosomiase, le paludisme, le sida et plus récemment le corona virus, il y a aussi un autre tueur lent, qui fait des ravages en douce depuis des années, et devant lequel les pouvoirs publics semblent impuissants, l’insuffisance rénale. Elle est définie de manière simplifiée comme une maladie irréversible d’apparition lente, le plus souvent liée au diabète et à l’hypertension artérielle. Les reins cessent progressivement de fonctionner et les déchets du métabolisme s’accumulent dans le corps. L’une des solutions trouvées par la médecine à l’insuffisance rénale chronique est la greffe de rein ou la transplantation rénale, réalisée à partir d’un rein obtenu sur une personne décédée ou donné par une personne de la famille du patient. Le malade va vivre avec ce rein en prenant des médicaments antirejet, mais c’est une solution coûteuse et qui pose des problèmes d’éthique à la fois, car pour faire une greffe de rein il faut effectivement le trouver quelque part, et ça ne se vend pas en pharmacie. Le mode de traitement alors adopté au  Cameroun est l’hémodialyse, une technique de dialyse qui consiste, à l’aide d’une machine, à nettoyer le sang du patient.

Des malades d’insuffisance rénale en grève

Tueur en sourdine

Il y a 4 ans, le 24 février 2017, le résultat d’une étude sur les dégâts causés par cette maladie au Cameroun a été publié dans le Pan African Medical journal, étude réalisée par Hermine Fouda, Gloria Ashuntantang, François Kaze et Marie Patrice Halle. Intitulée « la survie en hémodialyse chronique au Cameroun », cette étude conduite pendant  15 mois, avait selon les auteurs, pour but d’évaluer la mortalité et les facteurs qui influencent la survie des hémodialysés chroniques camerounais. Ils ont suivi un échantillon de 197 patients dont 109 incidents. L’âge moyen était de 47 ans et 55% étaient de sexe masculin. La durée moyenne en dialyse des patients prévalent était de 12 mois et demi. Le taux de mortalité était de 57,58% dont 50% pendant les 3 premiers mois et le taux d’abandon était de 8,6%. La survie globale à 15 mois était de 30,77%, avec une durée moyenne de vie de 8 mois. La conclusion était que la mortalité en hémodialyse au Cameroun est élevée et la plupart des patients décèdent au cours des 3 premiers mois. Pour ce qui est de la prise en charge, l’étude avait relevé que 42% des malades payent eux-mêmes leurs soins, 49% sont supportés par la famille, tandis que l’Etat, l’assurance et les ordres religieux s’occupaient de 9% de ces malades. Autres fait important noté, 59,3% des personnes décédées pendant le suivi étaient infectées par le cathéter.

Défaillances médicales

D’après ces conclusions donc, le plus grand nombre de malades d’insuffisance rénale meurt à l’hôpital, tué par le matériel mal entretenu, le cathéter étant cette tige qui sert de canal pour purifier le sang des patients. Ce genre de constat n’est pas étonnant, au regard des situations vécues au quotidien. Quelques exemples : le 11 octobre 2016, le  quotidien gouvernemental Cameroon Tribune publiait un article intitulé  Hémodialyse à l’hôpital général de Yaoundé, début de solution pour les malades. L’article disait : « la grève entamée jeudi dernier par les malades sous hémodialyse a été suspendue hier. Ceci suite aux annonces faites par le directeur du centre hospitalier, à la sortie d’une séance de travail avec le sous-préfet de Yaoundé V et les représentants des malades. Les grévistes revendiquaient la réfection des machines à hémodialyse et leur confort pendant les soins. D’après le directeur de l’hôpital, les machines seront rétablies dans une semaine, car les techniciens doivent venir du Maroc. En attendant, il fait savoir que les cas les plus graves seront suivis dans ledit centre, et ceux qui ont un peu de force seront transportés à Ebolowa où ils auront droit à leurs séances d’hémodialyse. Il a également assuré que les frais seront supportés par l’hôpital général

Mama Fouda, un ministre de la Santé camerounais dans un centre d’hémodialyse

De même, il y a 7 mois, le quotidien le jour relatait le calvaire des mêmes malades. Le journal dans son édition du 21 septembre 2020 rapportait qu’un mois après la grève des patients souffrant d’insuffisance rénale devant le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Yaoundé, consécutive à une pénurie de kits d’hémodialyse, le malaise couvait à nouveau dans les rangs de ces malades. Ils étaient confrontés, depuis le 10 septembre 2020, à une nouvelle rupture de stocks de reins dialyseurs dans l’un des principaux centres de dialyse du pays.  Le journal révélait en plus qu’il existait désormais un circuit parallèle d’approvisionnement de ce kit indispensable pour la prise en charge des malades, sauf qu’il n’était pas à la portée de toutes les bourses, ce rein dialyseur vendu par des particuliers coûtait 16 000 FCFA l’unité, outre la somme de 5000 FCFA que les malades déboursent habituellement pour se procurer les composantes. Un patient avait confié exactement ceci, « D’habitude, nous dépensons 10 000 F CFA chaque semaine pour deux séances de dialyse. Désormais, nous devons dépenser 42 0000 F CFA. C’est énorme.» Lors du mouvement d’humeur précédant celui du 21 septembre,  selon le journal toujours, les patients avaient été encore redirigés  vers Ebolowa où ils avaient également été  confrontés à la rupture de stocks de kits d’hémodialyse, conjuguée à la vétusté des appareils. Le ministre de la Santé publique Manaouda Malachie avait alors annoncé l’acquisition de 40.000 kits d’hémodialyse chez le fabricant allemand Fresenius Medical Care.

Dépendance

Il y a à peine 3 mois, le 19 janvier 2021, au cours d’une assemblée générale des malades d’insuffisance rénale à l’hôpital général de Yaoundé,  le même ministre, sans dire ce que sont devenus les 40 000 kits promis,  reconnaissait  que la prise en charge des patients hémodialysés était plombée par «l’insuffisance en qualité et en quantité des kits, la vétusté du matériel, le mauvais fonctionnement de la salle d’eau, l’absence d’une banque de sang au sein de l’hôpital général, la cherté de la prise en charge malgré la subvention de l’Etat, et la non prise en charge du volet transplantation dans le traitement de l’insuffisance rénale chronique». Le 5 avril 2021 ils étaient encore dans la rue devant le Centre hospitalier universitaire de Yaoundé, avec les mêmes récriminations. C’est dire qu’on n’est pas sorti de l’auberge

Des machines à commander en Allemagne, des kits à importer on ne sait d’où, des maintenanciers à faire venir du Maroc, des malades constamment en grève et d’autres qui meurent faute de soin ou à cause du matériel infecté, voilà l’image que montre encore le Cameroun en 2021 pour la prise en charge des malades d’insuffisance rénale. Question simple, une encore : ne peut-on fabriquer ces machines et ces kits localement, ou mieux, est-ce si difficile de former des maintenanciers camerounais, pour qu’on soit obligé d’aller en chercher au Maroc pour venir dépanner des machines dans les hôpitaux… le temps que quelques malades meurent ?

Roland TSAPI

One Reply to “Santé : le calvaire des hémodialysés”

  1. C’est d’une cruauté sans pareil.
    La plupart de ces gouvernants sont des dialysés. La différence c’est que les kits sont chez eux et je parie qu’ils ont même aménagé des chambres médicalisées dans leur domicile.
    C’est tout simplement ignoble.
    Je suis hors de moi je suis scotchée j’ai pas de mots.

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