Santé : haro sur le traitement local

Malgré les prouesses des tradipraticiens dans le traitement du corona virus notamment, le gouvernement vient de déclarer qu’aucun de leurs produits ne s’est avéré efficace pour le traitement contre cette pandémie. Préférence une fois de plus aux produits des firmes pharmaceutiques occidentale supposées être déjà certifiés

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Le Cameroun  a encore décidément du chemin à faire pour sortir de la colonisation. La preuve vient une fois de plus d’être donnée par le Conseil scientifique des urgences de santé publique. Lequel affirme dans un communiqué signé du 14 août 2020, qu’il a étudié toutes les propositions de traitement à base des plantes faites par de nombreux tradipraticiens pour lutter contre la covid 19, et est arrivé à la conclusion qu’ « aucun traitement n’a fait la preuve de l’efficacité et n’a été approuvé pour le traitement de la covid 19. Par conséquent il est important d’évaluer la non toxicité et l’efficacité des différents produits présentés par nos tradipraticiens et inventeurs afin d’assurer la sécurité des populations. » Le Conseil recommande entre autres, que  le tradipraticien de santé qui souhaite mettre à la disposition à titre onéreux ou non, auprès du grand public un produit à base de plantes doit être muni d’une autorisation de mise sur le marché délivrée par la commission nationale en charge du médicament traditionnel amélioré du ministère de la Santé publique. Ce qui oblige le fabricant à fournir des preuves des études faites pour attester de la non toxicité de son médicament, et même la preuve de la capacité de production massive de la matière première.

Le remède mis au point par Monseigneur Samuel Kleda

Refus de reconnaissance

En d’autres termes, le Conseil scientifique du ministère de la Santé est en train de dire que tous les tradipraticiens qui se sont révélés avec l’avènement du corona virus et qui affirmaient soigner les malades, avec Monseigneur Samuel Kleda en tête, ont menti à la population. Le conseil est en train de dire que les milliers de personnes que l’archevêque a soigné ne sont pas guéries, elles sont encore malades parce que eux, les membres de ce Conseil ont constaté qu’aucun traitement n’a fait preuve d’efficacité. Plus simplement dit, le Conseil, qui est un organe gouvernemental, dit à la nation que personne au Cameroun n’a été en mesure de trouver le médicament contre le corona virus, et si jamais un Camerounais avait cette ambition qu’il vienne faire certifier son produit par un organisme gouvernemental toujours.

Il est évident que les conclusions du Conseil sont en complète inadéquation avec la réalité, à moins qu’il y ait quelque chose que l’on cache aux camerounais. Au cours d’une conférence de presse dans la salle des actes de l’archevêché de Douala le 5 juin 2020, monseigneur Samuel Kela avait affirmé qu’il avait déjà soigné 3000 malades. Le gouvernement n’a jamais dénoncée cette affirmation comme étant fausse. Il y a plutôt de nombreux témoignages des patients qui ont été testés positifs au Covid 19, et après le traitement de l’archevêque, ils ne l’étaient plus. Et l’on connait plus  de ce dernier parce qu’il bénéficie de l’appareil de l’église et des médias pour se faire connaître, mais derrière il y a bien d’autres tradipraticiens qui n’ont cessé de recevoir les malades du Covid, qui sont repartis satisfaits. Et tous ces malades n’ont pas attendu que ces médicaments soient certifiés par  quelque organisme que ce soit, ils sont bien portants aujourd’hui

Ce qui est en jeu en réalité dans la sortie du Conseil scientifique, c’est n’est ni plus ni moins que la guerre menée contre l’Afrique, que les impérialistes avec l’appui des relais locaux veulent maintenir dans la servitude. Ceux à qui le Conseil demande de soumettre les médicaments pour validation, vont utiliser des techniques, méthodes et standards définis par le blanc, pas par un ancêtre africain. Les membres des  commissions chargé d’étudier tel ou tel dossier dans le processus de validation d’un produit, sont tous bardés de diplômes décernés par le blanc, le seul qui décidément doit définir ce qui est bon pour le noir et ce qui ne l’est pas.

Tradition

Revenons un peu dans l’histoire pour comprendre. D’après les archives les premiers blancs ont mis pied sur les côtes camerounaises en 1884, et c’est à partir de ce moment que l’on peut envisager l’introduction progressive des éléments dit de la civilisation, parmi lesquels les médicaments produits en laboratoires. Mais avant leur arrivée, comment vivaient nos ancêtres, ne tombaient-ils pas malades et se soignaient, avaient-ils attendu que les blancs avec leur civilisation viennent leur dire que telle plante est bonne pour soigner telle maladie, que telle autre est toxique ou pas ? Encore que ces médicaments dit certifiés apportés par la civilisation n’ont pas toujours été bénéfiques. Les Camerounais connaissent du docteur Jamot seulement le messie qui a éradiqué la maladie du sommeil, mais très peu connaissent, et ça on ne veut d’ailleurs pas que ce soit connu, qu’en 1929 son médicament qu’il inoculait sur les malades avait rendu 700 personnes aveugles à Bafia. L’histoire fait d’ailleurs le sujet principal d’un roman écrit par Mutt Lon, paru en janvier 2020. L’auteur remet au goût du jour cette affaire que la grande Histoire semble soucieuse d’occulter.

Cette affaire des médicaments traditionnels, qui soignent des malades mais que la machine occidentale veut combattre, rappelle aussi l’histoire des produits agricoles africains. Les Camerounais doivent produire leur cacao, leur café, leur banane, leur poivre, et attendre patiemment que l’on vienne de chez les blancs leur dire que c’est bon ou pas. Bon, d’après les standards qu’ils ont établis seuls, sans même consulter l’agriculteur. Et quand ils auront fini de dire qu’il est bon, ils vont encore unilatéralement fixer le prix, toujours sans consulter l’agriculteur. C’est ainsi que ça marche depuis la colonisation et même avant, les africains, les camerounais doivent mettre de côté leurs us et coutumes, leurs modes de vies, et adopter ceux apportés par le civilisé, qui est allé à l’école, qui est bardé de diplômes et de titres universitaires, les seuls en mesure de s’asseoir dans une commission et dire que tel médicament est bon ou pas. Ironie du sort, il y en a parmi ces blancs à la peau noire, sinon tous, qui rentrent aussi le soir prendre la potion de grand-mère et marchent avec leur gris-gris sur eux. On peut au moins s’en consoler

Roland TSAPI

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