Routes : le calvaire vers l’Ouest

Elle connaît l’un des trafics routiers les plus denses à l’intérieur du pays, mais offre un visage en piteux état d’années en années. Il s’agit de la route nationale qui relie les régions du Littoral et du Sud-Ouest à celles de l’Ouest et du Nord-Ouest. Sa rentabilité financière aux postes de péage ne lui profite manifestement pas non plus

De la ville de Douala, les régions de l’Ouest et du Nord-Ouest sont desservies par la route nationale numéro 5, qui prend son départ à Bekoko et s’achève à Bandjoun en passant par Loum, Nkongsamba Melong, Bafang, Batié et Baham sur une distance totale de 219 km. Elle est secondée par la route départementale numéro 18  qui embranche à Melong et s’arrête à Bamougoum, en passant par Santchou et Dschang, sur une distance de 88 km. L’état de ces deux routes est loin d’être satisfaisant. A partir de Melong, localité considéré comme la frontière entre la région de l’Ouest et celle du Littoral, les deux voies qui conduisent à Bafoussam, que ce soit celle passant par Bafang ou celle passant par Dschang, sont dans un état de dégradation avancée, qui s’empire chaque jour dans l’indifférence totale. L’emprise de ces voies, à peine de 9 mètres, ressemble en réalité  au 21 siècle à des pistes reliant des villages de secondes zones. Deux véhicules allant en sens contraire s’y croisent à peine, les abords sont constamment noyés  dans les herbes qui masquent les panneaux de circulation et obstruent la visibilité sur plus de 10 mètres devant soi. La sinuosité de l’une, entre Kekem et Bafang et de l’autre entre le pied de la falaise au village Ntengue et la ville de Dschang, fait d’elles des voies extrêmement accidentogènes. 

L’état de cette route est tel qu’en octobre 2021, alors qu’il visitait les infrastructures de la Can 2021, le Secrétaire générale de la présidence de la république Ferdinand Ngoh Ngoh, a préféré l’éviter quand il fallait quitter le site de Bana pour Bafoussam, une distance de 71, 8 km, pour emprunter le tronçon Bana-Bangangté-Bafoussam long de 85 kilomètres.

Un tronçon de la route entre Bafang et Bafoussam

Pour l’Etat de l’asphalte, la description ne peut qu’être pessimiste. Entre Santchou et le pied de la Falaise pour la route passant par Dschang, la chaussée a été décapée depuis bientôt deux ans, sans doute pour réparation, mais depuis lors l’entreprise a disparu, laissant les riverains dans la poussière en saison sèche et dans la boue en saison de pluie, alors que les usagers sont obligés à ce niveau de faire preuve de prudence pour ne pas s’embourber dans les divers nids d’éléphants. Les roues s’y abîment à une fréquence régulière, à côté des autres dégâts subis par les automobilistes. La falaise elle aussi n’est pas mieux lotie. Depuis plus de deux ans également, elle donne des signes d’affaissement par endroit, au-dessus de profonds ravins. Le ministère des Travaux publics n’a trouvé mieux que d’installer à ces endroits des futs de béton peints en rouge blanc annonçant le danger, en promettant de les réparer. On a même entendu des annonces comme celle de l’électrification de ce tronçon de la falaise long de 12 kilomètres, pour faciliter la visibilité de nuit, du fait de la forte brume qui s’y abat. L’annonce tient toujours. Sur l’embranchement passant par Bafang, aller de Kekem jusqu’à la ville chef-lieu du département du Haut-Nkam est également un parcours de combattant. Etroitesse de la route, sinuosité, nids de poules et d’éléphants, les automobilistes en ont pour leur compte.  Une fois à Bafang, la suite n’est pas moins désagréable. A un niveau entre Bafang et Bandja, la route est complètement impraticable, pour ne pas dire coupée. Et cet état piteux de la route à ce niveau-là, annonce le col Batié, une autre paire de manches, avec des pics de montée impressionnants et une visibilité quasi nulle, obstruée de jour par la broussailles des abords, à laquelle s’ajoute la brume la nuit. L’état de cette route est tel qu’en octobre 2021, alors qu’il visitait les infrastructures de la Can 2021, le Secrétaire générale de la présidence de la république Ferdinand Ngoh Ngoh, a préféré l’éviter quand il fallait quitter le site de Bana pour Bafoussam, une distance de 71, 8 km, pour emprunter le tronçon Bana-Bangangté-Bafoussam long de 85 kilomètres.

Délaissement

Les deux voies à partir de Melong pour Bafoussam comportent pourtant trois postes de péages, soit un sur le tronçon par Bafang et deux sur celui passant par Dschang. Les trois postes ont produit pour les trois premiers mois de l’année 2022, selon un tableau des chiffres publié au mois de mai sur un papier-entête du ministère des Finances, une somme avoisinant 130 millions de francs cfa. Une projection annuelle pourrait situer cette somme à 520 millions, sans compter que la fraude aux postes de péage, dénoncée par le gouvernement, avoisine souvent le montant officiellement déclaré. De même, les deux autres péages de cette route nationale numéro 5, à savoir celui de Lala village et celui de Mbanga, ont engrangé dans la même période une somme officielle de 264 280 500 francs cfa, soit une projection annuelle estimée à 1 057 122 000 francs cfa. Tous les 5 postes de péage de la route nationale numéro 5 produiront donc en moyenne 1 577 122 000 francs par an. Peut-être pas suffisant sur la durée pour construire une autoroute reliant les deux régions du Littoral et de l’Ouest, mais sans doute suffisant pour en assurer l’entretien.

Le bon sens se demande dans ce cas, pourquoi la dégradation des routes s’accentue d’années en années, alors que dans le même temps l’argent est décaissé pour l’entretien,

Obstacle

De quoi se demander ce qui coince. Qui doit faire quoi dans l’entretien d’une route ? Pour ce qui est des routes nationales, la question ne se pose pas, l’entretien revient exclusivement à l’ingénieur de l’Etat, qui est le ministère des Travaux publics. Et que dit ce ministère concernant ces routes qui se dégradent sous les yeux de tout le monde ? En octobre 2021, il informait l’opinion nationale que pour l’année 2020, l’entretien routier au Cameroun avait englouti la somme de 105 milliards, dont 37,5 milliards correspondant aux travaux effectués par ses soins, 58 milliards au profit des collectivités territoriales décentralisées et 2 milliards pour le ministère des transports. L’année 2021 est passée, c’est dire que des milliards doivent aussi être comptabilisés pour la même rubrique de l’entretien. Le bon sens se demande dans ce cas, pourquoi la dégradation des routes s’accentue d’années en années, alors que dans le même temps l’argent est décaissé pour l’entretien, quelle alchimie y a t-il derrière que le commun de mortel ne peut comprendre, pour ne pas dire palper du doigt en circulant sur des routes entretenues en permanence ? Y aura-t-il un jour où l’entretien des routes ne se fera plus à la veille des élections, et présenté comme un don du chef de l’Etat ?

Roland TSAPI

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