Résolution des crises : le faire semblant permanent

Faces aux différentes crises qui secouent le Cameroun de tous côté, les pouvoirs publics restent dans le déni, faisant croire que tout va bien faisant par la suite semblant de lutter contre des fléaux dont ils nient l’existence

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Les gouverneurs des dix régions du Cameroun se sont réunis du 14 au 16 juin 2021 autour du ministre de l’Administration territoriale pour la première conférence semestrielle de l’année 2021. « Décentralisation et ordre publique » était le thème central, et le ministre Paul Atanga Nji, entouré à l’occasion  du Secrétaire d’Etat à la Défense en charge de la Gendarmerie Galax Etoga Yves Landry et du Délégué Général à la  Sûreté Nationale (DGSN), Martin Mbarga Nguelé, a tenu à préciser que selon les hautes instructions du chef de l’Etat, les travaux devaient être prioritairement  consacrés  à  l’évaluation  de  la  situation sécuritaire du pays au moment où le Cameroun s’apprête à accueillir la grande fête du football africain, la Coupe d’Afrique des nations. Dans le compte rendu des travaux, consultable sur le site internet du ministère, on lit : « Belle occasion pour évaluer  les aspects sécuritaires, politiques, économiques et sociaux  du pays et l’état d’esprit des populations au cours des six derniers mois. Globalement tout va bien dans tout le triangle national selon les analyses des différents rapports produits et exploités. En fait, en cette occasion tous les aspects sécuritaires ont été passés au peigne fin à travers les exposés du Sed et du Dgsn. Le point a été fait sur la situation sécuritaire dans l’Extrême-Nord du pays où les  incursions des membres de la secte de Boko Haram restent d’actualité. De même que sur l’évolution de la situation de crise dans le Nord-ouest et le Sud-ouest bien qu’en nette amélioration par rapport aux années précédentes. Malgré le changement de mode opératoire des sécessionnistes qui usent désormais d’attaques frontales des forces de l’ordre et de défenses grâce aux armes de guerres de contrebandes venant du Nigeria  et à l’utilisation d’engins explosifs improvisés. Dans cette présentation exhaustive de l’aspect sécuritaire actuel du Cameroun qui se veut positive, il n’a pas été oublié l’évocation du combat acharné des forces de maintien de l’ordre contre le grand banditisme et la montée de l’insécurité sur l’ensemble du territoire nationale. »

Les “microbes”

Déni

D’après ce compte rendu en résumé, « tout  va bien dans tout le triangle national selon les analyses des différents rapports produits et exploitéset la présentation exhaustive de l’aspect sécuritaire actuel du Cameroun se veut positive. » Une preuve de plus que les administrateurs camerounais vivent dans un autre Cameroun, fait de luxe et de satisfactions permanentes, où on ne connaît pas le prix de la tomate au marché et où on prend le carburant à la pompe avec des bons sans se soucier du prix du litre, un Cameroun de la bourgeoisie  qu’ils présentent comme un paradis, alors que les populations vivent dans un autre Cameroun avec ses lots de souffrances quotidiennes. Au même moment où les gouverneurs des régions s’accordaient pour dire que tout va bien, six fonctionnaires, représentant cinq ministères de la république étaient kidnappés dans un village dans l’arrondissement de Ekondo Titi, et l’un d’eux a été exécuté deux jours plus tard. Au sortir de la conférence, bien qu’étant au courant de la situation, le compte rendu ne fait pas état d’une communication du ministre de l’administration, encore moins des responsables nationaux de la sécurité à ce sujet, même pas un mot officiel de compassion pour les familles de ces fonctionnaires.

Au-delà de cette tragédie ponctuelle qui rappelait que la crise anglophone est plus que profonde, le Groupe de travail de Stand Up for Cameroon rendait public le 18 juin 2021 un rapport sur les droits de l’homme du mois de mai 2021. D’après ce rapport, depuis le mois de janvier 2021, c’est-à-dire sur la période concernée par les mêmes rapports présentés à la conférence des gouverneurs, « au moins 325 personnes ont été tuées dans les régions de l’Extrême – Nord, du Sud – Ouest et du Nord – Ouest. On compte au moins 145 morts dans la lutte contre Boko Haram et 168 morts dans la crise anglophone, au moins 90 personnes kidnappées dont 68 dans la crise anglophone et 22 dans la lutte contre Boko Haram, au moins 32 explosions et incendies provoqués par les groupes en lutte dans les régions de l’Extrême – Nord et les régions anglophones. En ce qui concerne les principaux théâtres de conflits que sont les régions de l’Extrême – Nord, du Nord – Ouest et du Sud – Ouest, on peut relever que le recours aux engins explosifs improvisés s’est encore confirmé. Les enlèvements de personnes sont importants et constituent un moyen très important de mobilisation des ressources financières par les groupes armés non – étatiques. Les violences sur les populations aussi bien par l’armée que par les groupes non étatiques sont toujours une réalité, Les groupes armés non étatiques continuent d’être une menace très importante et conservent des capacités de nuire significativement aux populations. » Bref, la situation reste préoccupante dans les zones de conflit !

Insécurité quotidienne

En plus de ce rapport du groupe de travail de Stand Up for Cameroon, dans la ville de Douala, les populations sont toujours narguées au cours des braquages perpétrés par des groupes spontanées appelés « microbes », armés d’armes blanches qui pillent et saccagent tout sur leur passage avant d’emporter ce qui peut l’être, les braquages à domicile dans les quartiers où l’insécurité flotte comme les rideaux derrière la porte. Ce qui a d’ailleurs justifié les préoccupations essentielles, soulevées par le gouverneur de la région du Littoral lors de la réunion de restitution devant les préfets des quatre départements de la région du Littoral et des sous-préfets du département du Wouri. Il a prescrit l’adoption d’une stratégie efficace pour réduire le banditisme à sa plus simple expression, avec en ligne de mire la prochaine coupe d’Afrique des nations.

Mais Comment peut-on efficacement apporter la solution à un problème dont on nie ou ignore l’existence ? Sorti d’une conférence des gouverneurs où la situation générale du pays est présentée comme globalement positive, il y a lieu de se demander si ces gouverneurs ont vraiment toutes les informations en main pour mettre sur pied des stratégies devant les conduire à l’atteinte de leurs objectifs. S’il est question de nettoyer les villes de tous leurs maux, ou au moins de les réduire d’ici la prochaine coupe d’Afrique des Nations, c’est que le temps presse. La vie dans les villes ne peut être perçue à travers les fenêtres d’un bureau ou les vitres fumées d’une voiture, les gouverneurs des régions feraient mieux, pour palper la vraie réalité du terrain, de conduire eux-mêmes de temps en temps une voiture banalisée à travers les villes en traversant les marchés centraux, et ils se feront l’idée du 1/100eme de la tâche qui les attend, de ce que vivent les populations.

Roland TSAPI

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