Rentrée scolaire 2022 : le flou persiste

Alors que le gouvernement rassure que des mesures prises pour une rentrée scolaire sereine, un son discordant est entendu du côté des enseignants qui annoncent une grève. Et malgré les efforts brandis par le gouvernement, dans l’ensemble le secteur éducatif est encore loin d’être une priorité, avec moins de 12% du budget qui lui est consacré, loin des 20% recommandé par les institutions internationales

5 ministres du gouvernement camerounais se sont réunis le 30 octobre 2022 pour parler de la rentrée scolaire 2022/2023. Le ministre de la Communication, entouré de ses collègues de la Fonction publique et de la réforme administrative, des Enseignements secondaires, de l’Education de base et le représentant du ministre de l’Administration territoriale. Quelques extraits du ministre de la Communication rappelle les raisons de cette conférence conjointe et l’importance que l’Etat accorde à l’Education : « A quelques jours de cette importante échéance pour la communauté nationale, il nous est apparu opportun de tenir cette conférence de presse conjointe, afin d’informer l’opinion sur l’état des préparatifs sur le terrain plus précisément et, de manière générale, sur les dispositions prises par le Gouvernement, afin de garantir le bon déroulement de ladite rentrée scolaire, et au-delà, celui de l’année scolaire dans son ensemble… Il est connu de tous que la rentrée des classes constitue un temps fort dans la vie d’une nation, une préoccupation majeure pour tous, dans la mesure où, c’est à travers l’école que se construit l’avenir d’un peuple, par la formation de celles et ceux qui, au travers des générations successives, vont bâtir le socle de l’édifice national. Fort de cet impératif, le Cameroun a pris toute la mesure de l’importance de l’éducation de sa jeunesse, faisant ainsi de la formation des jeunes, l’une des priorités de premier plan de ses politiques publiques, notamment en l’inscrivant dans les dispositions pertinentes de notre Constitution et en ratifiant l’essentiel des Conventions Internationales en la matière. » Et de rassurer, après rappel des griefs soulevés par les enseignants depuis le mois de février 2022, que malgré un contexte économique difficile, le Gouvernement a su donner des réponses appropriées aux revendications exprimées par les enseignants au cours de l’année scolaire dernière, à travers une application intégrale des mesures prescrites à cet effet par le Chef de l’Etat.

Péril

René Sadi, Mincom: le gouvernement a tout fait

Une conférence conjointe réunissant autant de membres du gouvernement est de l’inédit dans l’histoire des rentrées scolaires au Cameroun, preuve que cette échéance reste une patate chaude, que le porte-parole tente de refroidir. La grève des enseignants du mouvement On a trop supporté aura été comme un véritable coup de massue pour l’appareil gouvernemental, dont les différents appareils administratifs impliqués dans la gestion administrative et financière des carrières ont été mis à nue dans leurs forfaiture, laxisme, corruption et inertie, avec pour conséquence la stagnation de ceux déjà intégrés, et la non intégration des promotions entières sorties de l’école de formation et déjà opérationnelles. Le gouvernement rassure que ces problèmes sont désormais résolus, grâce à la bienveillance du chef de l’Etat. Mais en face les enseignants tiennent un autre langage. Dans une vidéo circulant dans les réseaux sociaux ce mois d’août 2022, un enseignant habillé en toge de sortie de l’école, interpelle le Secrétaire général de la présidence de la république Ferdinand Ngoh Ngoh, qui pour lui est le seul à rencontrer le président de la république. En larmes, l’enseignant implore le Sgpr de porter à l’attention du président le fait que ses instructions pour la résolution de leurs problèmes n’ont pas été suivies. Ils n’ont rien fait, répète-t-il.

Le bras de fer est donc relancé : d’un côté un gouvernement pour qui tous les problèmes ont été solutionnés, de l’autre des enseignants pour qui les instructions du Chef de l’Etat n’ont pas été exécutées. Qui croire ? Toujours est-il que le gouvernement devrait se rendre à l’évidence que l’éducation a été pendant longtemps le laisser pour compte, à tous les niveaux.

Flou

Ots: nous attendons toujours des mesures concrètes

De même, suite à l’intention des enseignants de reprendre la grève à la rentrée scolaire 2022/2023, une réunion s’est tenue le 24 août 2022 au ministère des Enseignements secondaires, réunissant cette fois 4 ministères dont celui du Travail et de la sécurité sociale, des Finances, en plus de celui des Enseignements secondaires et de l’Education de base. Le syndicat des enseignants du Cameroun pour l’Afrique (Seca) et d’autres organisations syndicales prenaient part à la rencontre, à l’issue de laquelle le Seca concluait dans un compte rendu «  au regard de tout ceci, à savoir la noyade des problèmes des enseignants et la noyade des groupes OTA-OTS-SECA représentant véritablement les enseignants par le gouvernement et les syndicats satellites, les enseignants doivent prendre conscience de la nécessité d’avoir un syndicat fort et intègre pour porter leurs problèmes et basculer le rapport de force en leur faveur…les enseignants sont invités à donner leurs avis quant à la confirmation et publication ou non du mot d’ordre de grève. » Lequel mot d’ordre de grève est finalement public, signé du 31 octobre 2022. Le Seca parle d’une grève d’avertissement de 5 jours, du 5 au 9 septembre, suite à la réunion infructueuses du 24 août, au regard des nombreux problèmes non résolus au ministère de l’Education de base et face à l’inertie du gouvernement dans l’implémentation des « très hautes instructions du chef de l’Etat » du 9 mars 2022 demandant au gouvernement de rechercher de manière concertée des solutions appropriées aux préoccupations visant à améliorer la situation des enseignants. Le bras de fer est donc relancé : d’un côté un gouvernement pour qui tous les problèmes ont été solutionnés, de l’autre des enseignants pour qui les instructions du Chef de l’Etat n’ont pas été exécutées. Qui croire ? Toujours est-il que le gouvernement devrait se rendre à l’évidence que l’éducation a été pendant longtemps le laisser pour compte, à tous les niveaux. Et le ministre de la Communication l’a confirmé dans son propos liminaire de la conférence de presse du 30 août 2022, quand il affirmait que 11,19% de la masse budgétaire a été destinée aux deux secteurs éducatifs en 2022, alors que le Partenariat mondial pour l’Education fixe à 20% des dépenses courantes des Etats les ressources à allouer à l’éducation. Le gap reste important

Roland TSAPI

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