Religion : l’Afrique aux dépens des autres

Noël est fêtée avec faste sur le Continent africain, pourtant le produit d’une religion qui lui a été imposée au détriment de ses coutumes, avec des objectifs clairement définis et assignés dans ce sens aux missionnaires.

Le monde chrétien célèbre le 25 décembre ce qui dans la tradition chrétienne est appelée la fête de la nativité, connue comme le jour de la naissance du Christ envoyé de Dieu pour sauver le monde de ses péchés, contractés depuis le jardin d’Eden le jour où le premier homme selon la bible, Adan, a goûté au fruit défendu à lui offert par Eve sa femme, après une rencontre avec le serpent symbole du de Satan, un ange déchu du paradis et qui aurait juré de se venger en sabotant l’œuvre parfaite de Dieu. Mu par la compassion qui le caractérise, Dieu aurait jeté un œil désolant sur sa créature en déperdition et  aurait décidé de la racheter en envoyant sur terre son Fils unique. Pour ce faire il aurait choisi une femme sans souillure pour porter le Christ. La religion chrétienne fonde ses enseignements sur cette trame du récit biblique qui recommande également de propager la nouvelle dans tous les coins du globe terrestre. L’histoire raconte qu’à partir du 15e xve siècle, la papauté attribua au Portugal l’activité de mission et encouragea l’Ordre du Christ à « soumettre en servitude les sarrasins et autres infidèles ». Ce système appelé padroado, c’est-à-dire « un arrangement complexe de droits et obligations concédés ou formellement imposés par les Papes aux souverains et royaumes du Portugal et d’Espagne, pour promouvoir et coordonner l’évangélisation des territoires nouvellement découverts et colonisés », aboutit en Afrique Centrale à l’évangélisation de quelques rois, notamment dans l’Empire Kongo. Ces conversions eurent comme lourdes conséquences les traites négrières mais les débuts de christianisation disparurent dès l’affaiblissement de l’empire portugais. Le christianisme revient en Afrique avec les esclaves libérés à Freetown en 1797 par les Européens, puis à Monrovia en 1824, par les Américains. Il est alors diffusé à partir des ports négriers, notamment aux embouchures des fleuves Sénégal, Niger, Congo et Zambèze. Des missions catholiques et protestantes sont ensuite créées en amont de ces fleuves. À la fin du xixe siècle, une nouvelle vague d’évangélisation touche l’Afrique au moment de sa colonisation, notamment dans la plupart des pays d’Afrique Centrale, australe et du Sud. En Afrique de l’Ouest, le christianisme s’intègre au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Nigeria.

Votre connaissance de l’Évangile vous permettra de trouver facilement des textes recommandant aux fidèles d’aimer la pauvreté, tel par exemple : « heureux les pauvres car le royaume des cieux est à eux. Il est difficile au riche d’entrer au ciel ». Vous ferez tout pour que les Nègres aient peur de s’enrichir pour mériter le ciel. (…) Vous devez les détacher et les faire mépriser tout ce qui leur procurerait le courage de nous affronter. Je fais allusion ici principalement à leurs « fétiches de guerre ».

Conflit avec la tradition

L’arrivée de cette religion entre cependant en conflit avec les coutumes locales africaines, qu’elle cherche à faire disparaître, en conformité avec les objectifs assignés aux missionnaires par le roi Léopold II de Belgique en 1883: « Révérends Pères et mes Chers Compatriotes, la tâche qui vous est confiée est très délicate à remplir et demande du tact. Prêtres, vous allez certes pour l’évangélisation, mais cette évangélisation doit s’inspirer avant tout des intérêts de la Belgique. Le but principal de votre mission au Congo n’est donc point d’apprendre aux Nègres à connaître Dieu, car ils le connaissent déjà. Ils parlent et se soumettent à un mundi, un mungu, un diakomba et que sais-je encore ; ils savent que tuer, voler, coucher avec la femme d’autrui, calomnier et injurier est mauvais. Ayons donc le courage de l’avouer. Vous n’irez donc pas leur apprendre ce  qu’ils savent déjà. Votre rôle essentiel est de faciliter leur tâche aux Administratifs et aux Industriels. C’est dire donc que vous interpréterez l’Évangile d’une façon qui serve à mieux protéger nos intérêts dans cette partie du monde. Pour ce faire, vous veillerez entre autres à désintéresser nos sauvages des richesses dont regorgent leurs sols et sous-sol, pour éviter qu’ils s’y intéressent, qu’ils ne nous fassent pas une concurrence meurtrière et rêvent un jour de nous déloger. Votre connaissance de l’Évangile vous permettra de trouver facilement des textes recommandant aux fidèles d’aimer la pauvreté, tel par exemple : « heureux les pauvres car le royaume des cieux est à eux. Il est difficile au riche d’entrer au ciel ». Vous ferez tout pour que les Nègres aient peur de s’enrichir pour mériter le ciel. (…) Vous devez les détacher et les faire mépriser tout ce qui leur procurerait le courage de nous affronter. Je fais allusion ici principalement à leurs « fétiches de guerre ». Qu’ils ne prétendent point ne pas les abandonner et vous, vous mettrez tout en œuvre pour les faire disparaître. Votre action doit se porter essentiellement sur les jeunes afin qu’ils ne se révoltent pas. Si le commandement du Père est conducteur de celui des Parents, l’enfant devra apprendre à obéir à ce que lui recommande le Missionnaire qui est le père de son âme. Insistez particulièrement sur la soumission et l’obéissance. Évitez de développer l’esprit critique dans vos écoles. Apprenez aux élèves à croire et non à raisonner…Évangélisez les Nègres à la mode des Africains, qu’ils restent toujours soumis aux « colonialistes blancs ». Qu’ils ne se révoltent jamais contre les injustices que ceux-ci leur feront subir. Faites leurs méditer chaque jour le verset: « heureux ceux qui pleurent car le royaume des cieux est à eux.» Convertissez toujours des Noirs par tous les moyens, bastonner par la chicotte par exemple… Gardez leurs femmes à la soumission pendant neuf mois afin qu’elles travaillent gratuitement pour vous. Exigez ensuite qu’ils vous offrent en signe de reconnaissance des chèvres, poules, œufs, chaque fois que vous visitez leurs villages. Faites tout pour éviter à jamais que les Noirs ne deviennent riches. Chantez chaque jour qu’il est impossible au riche d’entrer au ciel. Faites leurs payer une taxe chaque semaine à la messe du dimanche. Utilisez ensuite cet argent prétendument destiné aux pauvres et transférez ainsi vos missions à des centres commerciaux florissants. Instituez pour eux un système de confession qui fera de vous de bons détectives pour démentir, auprès des Autorités investies du pouvoir de décision, tout Noir qui a une prise de conscience. » Nous reviendrons dans les prochaines chroniques sur le succès que cette mission a eu en Afrique et au Cameroun, où le 25 décembre est entré dans les coutumes comme une date de toutes les joies et peines, alors qu’elle n’est même pas inscrite dans la bible, qui sert de socle à la religion chrétienne.

Roland TSAPI  

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