Produits pétroliers : la menace permanente de pénurie

L’absence des produits pétroliers devient récurrente au Cameroun, qui est obligé de s’approvisionner à l’extérieur. Le coût devient exorbitant pour le gouvernement, la perspective d’une hausse des prix à la pompe ne peut cependant peut résoudre le problème, tant que les produits ne pourront pas être raffiné localement

Le 9 janvier 2023, s’est signalée dans la capitale politique du Cameroun une pénurie de carburant, avec des conséquences qui ne sont plus à décrire sur la marche de l’économie. En juillet 2022 déjà, les pompes étaient sèches de gazole. Jusqu’en décembre 2022, c’est le pétrole lampant qui est devenu rare dans les stations-service, alors que le pays a également été traversé par une pénurie de gaz domestique au mois d’octobre 2022. Pour rassurer les populations pendant la pénurie de juillet 2022, Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et l’Énergie avait indiqué le 11 juillet que «  28000 m3 de super, 22000 m3 de gasoil et 12500 m3 de Jet A1 sont en cours de déchargement et mis progressivement à la consommation. Par ailleurs, des volumes supplémentaires de 88000 m3 de gasoil et 35000 m3 de super sont disponibles dans les eaux camerounaises et seront déchargés dans les prochains jours.» 7 jours plus tard, le 18 juillet 2022, la directrice générale de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), Véronique Moampea Mbio, déclarait dans une interview publiée par Cameroon Tribune le quotidien gouvernemental qu’ « au niveau de Limbé, nous disposons actuellement d’un navire en attente de déchargement, dès que les conditions financières seront réunies. » Elle parlait là des conditions financières à réunir d’abord, et globalement, le ministre Gaston Eloundou Essomba expliquait que « ces perturbations sont dues principalement à l’importante enveloppe de la subvention des prix à la pompe qu’il faut effectivement mobiliser en temps réel pour assurer les importations des produits pétroliers.» Plus, au mois de décembre 2022, le même ministre, en défendant devant les députés son enveloppe budgétaire pour l’année 2023, indiquait que les importateurs des produits pétroliers attendent encore de l’État du Cameroun des paiements d’un montant total de 134 milliards de fcfa.

Cet argent est-il déjà payé, et si non, ne serait-ce pas la raison pour laquelle le carburant commence à manquer à la pompe, et si c’était le cas, le gouvernement serait-il déjà prêt à liquider cette dette pour que ces importateurs libèrent le produit stocké dans les navires et laissent couler le liquide dans les pompes ? Depuis Juillet 2022, il ne se passe plus un mois sans qu’il y ait pénurie d’un produit pétrolier : gazole, pétrole, gaz domestique, super. Et le président de la république a été clair dans son discours du 31 décembre 2022 : « Il est de plus en plus évident que notre pays, comme bien d’autres en Afrique et ailleurs, ne pourra pas indéfiniment échapper à un réajustement des prix des produits pétroliers, si nous voulons préserver nos équilibres budgétaires et poursuivre sereinement la mise en œuvre de notre politique de développement » Tout cela augure des difficultés que le gouvernement éprouve à trouver de l’argent pour acheter les produits pétroliers

Comment les gouvernants arrivent-t-ils à trouver des mots pour expliquer au pays que la Société nationale de raffinage créée depuis 1973, soit 50 ans en 2023, n’est pas toujours en mesure de transformer le brut camerounais en produits consommables, pour soulager les populations, favoriser la création des richesses et booster le développement du pays.

Absurde

L’histoire des produits pétroliers au Cameroun, ressemble à celle d’un chef de famille qui cultive le plantain et dont les enfants se nourrissent des frites de plantains. Mais chaque année il vend sa production de plantain à des étrangers, et achète ailleurs un autre type de plantain pour confectionner des frites pour ses enfants. Au motif que sa poêle ne peut pas frire l’espèce de plantain qu’il produit dans ses champs. Pire, il ne va pas lui-même acheter cet autre type de plantain, il donne la licence à des intermédiaires qui achètent et lui revendent, ce qui augmente les coûts. Et il arrive qu’il soit endetté auprès de ces intermédiaires. Il ne peut les payer, il ne peut avoir de plantain, et il ne peut pas utiliser ce qu’il produit. Tout cela tombe des sens. Même la grand-mère qualifiée de plus illettrée aurait déjà trouvé où on vend la poêle qui peut faire frire ses plantains, à défaut d’en fabriquer elle-même. Il devient de plus en plus absurde que le Cameroun produise le pétrole et ne soit pas en mesure de le transformer pour le mettre à la disposition des populations, comme le bon sens l’exige. Un tableau tarifaire publié par le président du Réseau national des consommateurs, Francis Eyala, montre que le litre de carburant coûte 278, 61 francs cfa au Nigéria, contre 630 francs cfa au Cameroun, soit une différence de 351 francs cfa. Les deux pays voisins explorent et exploitent les mêmes puits de pétrole, chacun de son côté. Comment les gouvernants arrivent-t-ils à trouver des mots pour expliquer au pays que la Société nationale de raffinage créée depuis 1973, soit 50 ans en 2023, n’est pas toujours en mesure de transformer le brut camerounais en produits consommables, pour soulager les populations, favoriser la création des richesses et booster le développement du pays.

Le pétrole est signe de richesse pour tous les pays, ceux qui n’en ont pas se battent et créent même les guerres pour l’avoir, pour une exploitation judicieuse. Le Qatar, sans être un pays de football, a organisé une coupe du monde de football, juste pour exhiber aux yeux du monde ce qu’il a fait de son pétrole, le développement. Sous le nez du Cameroun, la Guinée équatoriale qui quémandait à manger au Cameroun jadis, s’est transformée en un paradis pour les Camerounais, qu’elle expulse désormais comme des malpropres, ayant mis à profit son pétrole en exploitation depuis 1993, il y 30 ans. Le Cameroun quant à lui, sombre dans les dettes et la misère, étant assis sur du pétrole. Les pénuries à répétition sont simplement le signe annonciateur de l’augmentation du prix à la pompe. Mais au stade où on en est, même une augmentation des prix ne garantit pas la disponibilité du produit en permanence. Une petite fille, dans toute sa naïveté, proposa un jour à son père qui éprouvait des difficultés à lui acheter le lait chaque matin, d’acheter une fois la vache, comme cela on aura plus besoin d’acheter le lait, il suffira de traire l’animal. La vache dans le cas d’espèce, c’est la Sonara, elle existe même déjà, il suffit de la mettre à jour. Cela ne coûtera sans doute pas les 700 milliards de subventions que le gouvernement dit avoir consenti en 2022 pour maintenir le prix du carburant à la pompe. Et même si c’était le cas, cela permettrait de paver le chemin, pour des lendemains meilleurs…

Roland TSAPI

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