Préfectorale : le no man’s land « Wouri » qui attend le nouveau préfet

Le département qui a reçu son nouveau patron le 18 octobre 2019 est à proie à un désordre indescriptible, le mépris de la loi étant aussi le lot quotidien

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Benjamin Mboutou, nommé à la tête de du département du Wouri  le 7 octobre 2019, a été installé dans ses fonctions le 18 octobre 2019 à Douala  par le gouverneur de la région du Littoral Samuel Dieudonné  Ivaha Diboua. Le rituel est généralement le même. Remerciements du préfet sortant pour le travail abattu, recommandations à l’entrant, suivi de la phrase traditionnelle « prenez le commandement », puis séance de travail.

Benjamin Mboutou, patron du département du Wouri depuis le 7 octobre 2019

Missions…

Ce que le nouveau préfet a à faire, il ne le connait que trop bien, parce que tout est consigné dans le décret n° 2008/377 du 12 novembre 2008, fixant les attributions des chefs de circonscriptions administratives et portant organisation et fonctionnement de leurs services. A l’article 37 ont lit que le préfet est investi, pour le compte du gouvernement, d’une mission permanente et générale d’information et de coordination en matière sécuritaire, économique, sociale et culturelle à l’échelon du département.  A ce titre,  il représente l’Etat dans tous les actes de la vie civile et en justice,  il veille au maintien de l’ordre, à l’exécution des lois et des règlements ainsi qu’à l’exécution des plans et programme de développement,  il procède aux arbitrages nécessaires à la préservation de la paix sociale et au bon fonctionnement des services déconcentrés de l’Etat dans le département, il s’assure, le cas échéant de l’effectivité de la continuité du service public dans les administrations et organismes placés sous son contrôle. (2) Il remplit en outre toute autre attribution  ou missions qui lui sont confiées par les autorités compétentes. 

…et devoirs

Déjà il faut dire que le nouveau préfet ne devra pas « prendre le commandement » au sens littéral du mot, qui implique une relation verticale entre lui qui donne des ordres à exécuter, et les administrés qui reçoivent des ordres et doivent les exécuter sans rechigner, parce que là c’est le schéma colonial. Il doit plutôt adopter et intégrer la notion de management moderne, qui implique une relation horizontale entre lui et les populations, favorise les échanges de points de vue pour une décision concertée qui prenne en compte tous les avis.

Cela n’enlève rien à la fermeté dont il devra faire preuve, parce que le département du Wouri a besoin d’une main plus que ferme pour mettre un terme au désordre généralisé devenu presque l’Adn de cette unité administrative, faisant d’elle un département hors la loi.

Le 6eme arrondissement abandonné

Manoka, un potentiel touristique abandonné

L’on mettrait des mois voire des années à dénicher les cas de non-respect de la loi, mais quelques cas au moins peuvent être relevés. Monsieur le préfet devra déjà savoir que le département du Wouri compte six arrondissements, et le 6eme, à savoir Manoka est presqu’abandonné dans la brousse. Les autorités de cet arrondissement ont déserté et passent le plus clair de leurs séjours  principalement à Douala à la recherche des meilleures conditions de vie. Du fait qu’il se trouve sur une île, il est coupé des autres arrondissements et les habitants risquent leurs vies au quotidien dans des embarcations de fortune pour rallier Douala qui est le seul pôle d’approvisionnement en denrée de premières nécessité, il n’y a aucun moyen de transport maritime digne de ce nom qui fait la navette. Pourtant la position géographique de cet arrondissement pouvait en faire une destination de rêve pour les touristes, et favoriser son développement optimal. Les Camerounais rêvent d’aller passer les vacances sur les Iles Caïmans, qui n’ont rien à envier à l’ile de Manoka, simplement parce qu’elles ont été mis en valeur.

Les cinq autres comme des jungles

Dans les autres arrondissements, et à la Communauté urbaine où résident maires et sous-préfets, le désordre a fait son nid, le non-respect de la loi aussi. Sur le babillard d’aucune commune ne sont  affichées les dernières délibérations du conseil municipal, comme exigé par la loi. Aucun maire ne s’en préoccupe, et aucun citoyen d’une commune ne peut savoir ce qui a été décidé dans sa commune pour un exercice budgétaire, il ne peut savoir quels sont les projets en exécution, en attente ou en élaboration, il doit se contenter de voir les routes se dégrader chaque jour qui passe sans réaction aucune. En violation de la loi sur les jeux de hasard, la ville de Douala est inondée par des machines de jeu installées dans les carrefours, les débit de boissons et les boutiques, qui absorbent toutes les pièces de monnaie, au vu et au sus des sous-préfets des différents arrondissements. En conséquence il n’y a plus de monnaie dans la ville. Les débits de boissons s’empilent les uns sur les autres, forment désormais les clôtures et même les portails des établissements universitaires, scolaires et sanitaires, s’installent en toute impunité dans les stations-services, se moquant de toute réglementation en matière d’espacement et d’hygiène. En conséquence la ville est devenue une vaste toilette publique.

une route dans la ville de Douala (Kotto): On essaie de contenir la dégradation comme on peut

Les voies urbaines ne circulent pas à cause des vendeurs ambulants installés sur les trottoirs, des commerçants installées sur les chaussées qui traversent les marchés. Sur cette question, soit les communes et la Communauté urbaine sont complices soit elles sont impuissantes. Le carburant se vend à nouveau en bordure des routes. Les motos taxis dictent leurs lois, les gares routières sont bien installées au cœur de la ville malgré de multiples interdictions des autres préfets, les camions pas différents des cercueils ambulants, sans feu de signalisation jonchent les routes, tombent en pannent et contribuent à l’étouffement de la circulation, après avoir traversé des contrôles routiers des gendarmes. Bref, le département du Wouri que prend Benjamin Mboutou n’est même plus seulement une jungle, c’est un no mans land.

Au cours de l’installation d’un sous-préfet de l’arrondissement de Douala Veme il y a quelques années en arrière, le maire de l’époque Françoise Foning (paix à son âme), avait souhaité la bienvenue au nouveau chef de terre en lui rappelant que Douala glisse même en saison sèche. Il n’y a rien de plus vrai encore en 2019, et le nouveau préfet doit simplement laisser la tenue de commandement et arborer une simple tenue de manager,  il doit se sentir mal à l’aise dans la tenue de commandement, en se rappelant ces mots de Léon Gontra Damas, le poète guyanais cofondateur du mouvement de la négritude avec Léopold Sedar Senghor, qui disait en 1937 parlant de la tenue que leur imposait le colon: « J’ai l’impression d’être ridicule dans leurs souliers, dans leurs smoking, dans leur plastron, dans leur faux-col, dans leur monocle, dans leur melon, j’ai l’impression d’être ridicule dans leurs salons, dans leurs manières, dans leurs courbettes, dans leurs multiples besoins de singeries

Roland TSAPI

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