Pouvoir : c’était un 03 novembre

Le destin de la 2eme république s’est certainement joué ce mercredi il y a 39 ans, et le principal acteur des tractations avait certainement à cœur un Cameroun meilleur pour l’avenir, même si ses espoirs ont été déçus

C’était un 3 novembre, il y a 39 ce 3 novembre 2021. Le destin du Cameroun se jouait dans un avion qui ramenait l’ancien président de la république au Cameroun. Ce jour-là, le folklore habituel qui attendait souvent le retour du chef de l’Etat au bas de la passerelle et tout le long du trajet avait été éliminé, la discrétion avait voulu que seul le cercle très fermé autour du pouvoir sache qu’Ahmadou Ahidjo rentrait d’un voyage en France, et surtout pourquoi il rentrait secrètement. Bref coup d’œil en arrière, et l’on apprend avec François Soudan de jeune Afrique que 5 mois plus tôt,  l’idée était déjà arrêtée : « en juillet 1982, la décision de démissionner est prise. Reste à en échafauder l’extraordinaire scénario qui aura Germaine pour unique témoin. Pendant trois mois, Ahidjo jouera au malade alors même qu’il va mieux. Le seul argument, pense-t-il, qui puisse laisser sans réplique son entourage tétanisé à l’idée de sa démission est l’évocation d’une maladie grave. Peu à peu, les épisodes de lassitude alternent avec les crises de dépression, le tout parfaitement joué, si ce n’est totalement simulé. » D’autres sources indiquent qu’à deux reprises les derniers quinze jours, lors d’une cérémonie officielle et d’un conseil des ministres, l’ancien président avait paru ” las et fatigué “. Il éprouvait notamment de ” sérieuses difficultés d’élocution ” en s’adressant, le 21 octobre, aux membres du conseil de l’enseignement supérieur. De source officielle, on se bornait à indiquer que des ” problèmes de santé sont vraisemblablement à l’origine de sa décision “. Toujours est-il qu’après cette période de vraie ou fausse maladie c’est selon, il se rend en France le 28 octobre. Le lendemain 29 octobre il rencontre Guy Penne, le monsieur Afrique de l’Elysée occupé à cette époque par François Mitterrand. D’après le journal Le Monde, au cours du repas que les deux hommes prennent ensemble, Ahidjo avale une dizaine de pilules et se dit surmené, au bout du rouleau. Personne ne sait de quoi ils parlent, mais le fait que Guy Penne sorte de l’entretien un peu bouleversé traduit le caractère peu commun de la discussion et sans doute, la gravité du sujet évoqué. Le journal en ligne camer.be relate : « À Paris, des sources généralement bien informées croient savoir que M. Ahidjo, qui n’est âgé que de cinquante-huit ans, souffrirait de diabète et d’un ulcère à l’estomac. On se refuse à spéculer sur les rumeurs selon lesquelles la situation intérieure – notamment des pressions convergentes de fonctionnaires, d’hommes d’affaires et de militaires. – aurait joué dans sa démission. On estime généralement que M. Ahidjo n’eût pas toléré de telles pressions. Il aurait pris sa décision lors du séjour qu’il a effectué à Grasse du 28 octobre au 3 novembre »

C’est dans le secret de ces murs que tout s’est joué définitivement, c’est là que l’ex président a dû résister à toutes les tentations de rester, à tous les efforts de son épouse pour le dissuader d’abord, ensuite pour orienter ses choix pour un successeur.

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Ahidjo passe en effet 5 jours sur place après la rencontre avec Guy Penne, et le 3 novembre, il rentre secrètement à Yaoundé. Au bas de la passerelle, le protocole est réduit au strict minimum, le secrétaire général à la présidence de la République, Samuel Eboua, et le Premier ministre, Paul Biya, sont les seuls autorisés à venir l’accueillir. Il se retire ensuite au Palais d’Etoudi flambant neuf, où il avait aménagé juste quelques temps avant. C’est dans le secret de ces murs que tout s’est joué définitivement, c’est là que l’ex président a dû résister à toutes les tentations de rester, à tous les efforts de son épouse pour le dissuader d’abord, ensuite pour orienter ses choix pour un successeur. Les bases constitutionnelles avaient été posées avant, et Ahidjo veut faire vite. Quelques heures plus tard, il convoque le Premier ministre Paul Biya et l’informe de sa décision de lui passer la main. Je veux votre réponse dans une heure, précise-t-il. « Paul Biya prend congé, puis revient. C’est oui », raconte François Soudan. C’était le 3 novembre, il y a 39 ans.

Le 3 novembre 1982 était également un mercredi, comme  le 3 novembre 2021. Beaucoup de Camerounais n’étaient pas encore nés, bon nombre de vivants n’avaient pas encore conscience de ce qui se passait dans les couloirs du Palais, encore moins que ce qui se passait influencerait leur avenir dans un sens comme dans l’autre. Tout au moins, ils avaient espoir, avec déjà 22 ans de règne du précédent, que le nouveau président qui arriverait un jour serait porteur des gages d’un avenir meilleur. Ils ne savaient pas encore que ce nouveau président était déjà désigné, et que leur espoir avait déjà une réponse.  C’était le 3 novembre 1982….ce n’était qu’un espoir,

Les choses s’accélèrent dès lors. Il fallait mettre les autres membres du cercle fermé dans la confidence. Dans le livre « une décennie avec Ahidjo », Samuel Eboua raconte qu’il fut informé le lendemain au cours d’un entretien avec Ahidjo, « Pour moi, il s’agit d’une audience de routine, comme c’est le cas tous les matins… Je trouve le président visiblement fatigué. C’est alors qu’il me révèle ce qu’il a dû méditer, ruminer pendant des mois, voire des années. J’ai décidé de démissionner, me dit alors le président Ahidjo. En effet, depuis un certain temps, je constate que je ne suis plus à même d’assumer pleinement mes fonctions à la tête de l’Etat. Mes nerfs sont à bout, et mes médecins m’ont prescrit un repos complet d’un an. J’ai donc vu Biya. Je lui ai dit que vous avez servi avec dévouement l’Etat, et qu’il est souhaitable que vous continuiez à le faire. Il vous proposera donc soit le ministère du Travail et de la Prévoyance sociale, soit le département de l’Agriculture avec le rang de ministre d’Etat. Toutefois, au cas où vous ne désireriez pas faire partie du   gouvernement, vous pourriez aller à la Société nationale d’investissement (Sni) en qualité de président directeur général ». La suite des événements du 4 novembre ne sera déterminée que par ce qui s’est passé le 3 novembre. Après que Paul Biya ait reçu l’information et confirmé qu’il allait prendre les rênes, nul doute que les attitudes et les comportements ont été modifiés de manière radicale, dans le camp de celui qui devait succéder comme dans le camp de ceux qui devaient céder la place. Le 3 novembre 1982 était également un mercredi, comme  le 3 novembre 2021. Beaucoup de Camerounais n’étaient pas encore nés, bon nombre de vivants n’avaient pas encore conscience de ce qui se passait dans les couloirs du Palais, encore moins que ce qui se passait influencerait leur avenir dans un sens comme dans l’autre. Tout au moins, ils avaient espoir, avec déjà 22 ans de règne du précédent, que le nouveau président qui arriverait un jour serait porteur des gages d’un avenir meilleur. Ils ne savaient pas encore que ce nouveau président était déjà désigné, et que leur espoir avait déjà une réponse.  C’était le 3 novembre 1982….ce n’était qu’un espoir,

Roland TSAPI

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