Parlement : les élus toujours loins des préoccupations du peuple

Alors que les problèmes se multiplient et que la situation urge au Cameroun, les élus du peuple prennent leur temps même en session, en plus d’être oisif lors des intermèdes

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Depuis le 11 mars 2021, les députés de l’assemblée nationale du Cameroun et les sénateurs sont entrées en session, la première de l’année 2021. Comme toutes les premières sessions de l’année, elles étaient présidées par les Bureaux d’âge composés des plus âgés présents et des deux plus jeunes des députés ou sénateurs, le temps d’élire les présidents des deux chambres pour la session en cours. D’après l’article 15 alinéa 4 du règlement intérieur de l’assemblée nationale, « au début de la législature ou de la première session ordinaire de l’année législative de l’assemblée nationale, il est procédé avant toute délibération et sous réserve des dispositions de l’article 14 ci-dessus, à l’élection du bureau définitif. » Que ce soit à l’assemblée nationale ou au sénat, la séance d’ouverture du 11 mars a été marquée par les discours de ces doyens d’âge, à savoir Laurentine Koa Mfegue pour l’assemblée nationale et Fon Victor Mukete pour le sénat. Et puis, plus rien. Que sait-on de l’ordre du jour qui va occuper les élus du peuple pendant 30 jours à Yaoundé, pas grand-chose.

Tâtonnement à l’ouverture

Même ce point dominant, celui de l’élection des présidents des deux chambres n’a pas été abordé, et ne l’a pas été les deux jours suivants l’ouverture de la session. C’est dire que 6 jours après le début d’une nouvelle année législative, l’ancien bureau de l’assemblée nationale est toujours en place, comme le prévoit l’article 17 alinéa 9 du règlement intérieur « Toutefois, les membres du bureau définitif élus au cours de la session de plein droit restent en fonction jusqu’à l’élection du bureau définitif de l’assemblée nationale à l’ouverture de la première session ordinaire de l’année législative suivante. » Le non empressement des chambres basses et hautes du parlement à se doter d’un bureau, traduit bien le peu d’importance accordé au travail parlementaire par les élus eux-mêmes. Même dans les associations des quartiers, la première des choses lorsqu’elles se réunissent pour un nouvel exercice, c’est de s’assurer que le bureau chargé de conduire les travaux est en place et au complet. Et cela devrait être davantage une préoccupation pour ceux qui détiennent un mandat de toute la population. Surtout que comme le dit l’article 18 du règlement intérieur, « le bureau définitif a tous les pouvoirs pour présider les délibérations de l’assemblée nationale, ainsi que pour organiser tous ses services. Il représente l’assemblée nationale dans toutes les cérémonies publiques , de même que l’article 19 d’après lequel « le président de l’assemblée nationale préside le bureau définitif et la conférence des présidents. Il a la haute direction des débats en séance plénière. » On est alors tenté de croire que les députés ne savent pas ce qu’ils ont à faire, ou que pour le peu qu’ils savent qu’il y a à faire, rien ne presse.

Parlant donc de l’ordre du jour, il n’existe pas, et n’existera pas tant que les députés prendront tout leur temps comme c’est le cas au cours de cette session pour mettre le bureau en place, simplement parce que cet ordre du jour est fixé par la Conférence des présidents, suivant l’article 39 du règlement intérieur à son alinéa 1. Les alinéas 2 et 3 précisent : « la conférence des présidents comprend : les présidents des Groupes parlementaires, les présidents des commissions générales et les membres du bureau de l’assemblée nationale. Un membre du Gouvernement participe aux travaux de la conférence des présidents. Le président de l’assemblée nationale préside la conférence des présidents. » C’est dire que l’établissement d’un ordre du jour des travaux de l’assemblée nationale est tributaire de la mise sur pied du bureau, dont le président procède ensuite à la mise sur pied de toutes les commissions, desquelles dépend donc la suite des travaux.

Préoccupations

Pourtant, cette année particulièrement, le peuple camerounais attend que les élus du peuple jouent pleinement leur rôle de contre poids du gouvernement, dans un contexte où tout va dans tous les sens, les politiques gouvernementales manquant de cohérence. Les députés sont ceux qui dans ce cas, dans un sursaut d’orgueil pourraient permettre de redresser la barque. Où en est-on avec la pandémie du corona virus, depuis l’édiction des mesures barrières il y a un an, les mesures d’accompagnement pour le secteur économique, la gestion du fonds de solidarité, la réponse locale avec la mise sur pied des traitements à base de plantes naturelles, et les vaccins controversés ? Qu’en est-il de la crise anglophone qui saigne le pays à blanc de ses ressources financières et de ses fils et filles, que faire de la délinquance et de la violence qui vont grandissantes dans les établissements scolaires, où sont les cartes nationales d’identité, les infrastructures de la Coupe d’Afrique des nations 2019 vont-elles être achevées  un jour, qui gère le football au Cameroun pendant qu’on y est, le brasier de la falaise de Dschang où sont morts méconnaissables 55 Camerounais au moins à cause d’un camion transportant du carburant de contrebande, qui conduit l’enquête, quel est le niveau d’endettement du Cameroun à ce jour, et l’autoroute Yaoundé Douala, est-elle déjà achevée ? Autant de préoccupations que devraient adresser les députés et les sénateurs et en urgence, pour faire œuvre utile. Y pensent-ils seulement ? Il est grand temps que les députés pour une fois sortent des sentiers battus, bousculent les lignes politiques  et fassent tomber la chape infantilisante qui planent en permanence sur leurs têtes sous le nom de discipline du parti, pour jouer pleinement leur rôle. Lors de la clôture de dernière session de l’année législative, le président de l’assemblée nationale avait affirmé le  10 décembre 2020 que le gouvernement et le parlement doivent travailler ensemble car ils ont une responsabilité commune, le bien-être des populations et le développement harmonieux du Cameroun, un patrimoine commun, le Cameroun, et le même objectif : la paix, l’unité et le vivre ensemble. Ses propos traduisent ainsi à quel point le pouvoir législatif a été phagocyté ou est devenu dépendant de l’exécutif. Mais le guide des bonnes pratiques démocratiques rappelle que le parlement, c’est-à-dire l’assemblée nationale et le sénat réunis, est l’institution incarnant la volonté du peuple, celle qui réalise dans la pratique le gouvernement du peuple par le peuple. Un parlement est démocratique lorsqu’il remplit réellement ce rôle de médiateur et qu’il représente le peuple dans toute sa diversité, et non quand il applaudit au quotidien les projets de lois émanant du pouvoir, qu’il est supposé contrôler.

Roland TSAPI

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