Paludisme : et si on valorisait la recherche locale ?

Le Cameroun dépense près de 135 milliards de francs cfa par an dans la lutte contre cette maladie, sans la faire reculer. La recherche locale financée à presque rien pourrait pourtant faire de meilleurs résultats

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Le monde entier a célébré le 25 avril 2021 la 14eme Journée mondiale de lutte contre le paludisme, qui est l’occasion de souligner la nécessité d’investissements continus et d’un engagement politique durable en faveur de la prévention du paludisme et de la lutte contre cette maladie. Cette maladie qui en 2020, a fait 4123 morts au Cameroun, bien loin des 937 morts du Coronavirus de mars 2020 à avril 2021. D’après le rapport 2019 de l’organisation mondiale de la Santé, toute la population camerounaise est à risque, et en 2018, les décès déclarés liés au paludisme étaient de 3 256 et les décès estimés de 11 192. Comme pour dire que le paludisme tue 3 fois  plus que le nombre connu en dehors des institutions sanitaires. Pour venir à bout de cette maladie, il existe au Cameroun plusieurs programmes, parmi lesquels celui de la distribution  des moustiquaires imprégnées d’insecticides de longue durée d’action (MILDA). La deuxième campagne nationale de distribution gratuite d’environ 12 350 000 moustiquaires  a débuté au 2eme semestre 2015 et va s’achever en mai 2016. La 3eme campagne a eu lieu du 13 au 17 juin 2019, et ne concernait plus cette fois le territoire national, mais uniquement les régions de l’Est, du Sud, de l’Ouest et 13 districts de santé de la région du Littoral. Dans l’ensemble, selon MEVA’A ABOMO Dominique, dans un article intitulé « le fardeau de la lutte contre le paludisme urbain au Cameroun : état des lieux, contraintes et perspectives », publié dans le Canadian journal of tropical geography, « la prévention contre le paludisme est davantage promue avec l’exonération des taxes et droits de douane sur les moustiquaires et insecticides. Plus de 60 millions de Moustiquaires Imprégnées de Longue Durée d’Action (MILDA) ont été distribuées de 2002 à 2015 avec des pics tels que 9 000 000 en 2009, 8 115 879 en 2011 et 12 600 000 en 2014. De janvier à juin 2015, 12,2 millions de moustiquaires MILDA ont été distribuées aux populations. De 2007 à 2009, les pouvoirs publics ont approvisionné les formations sanitaires de 9,5 milliards de doses de médicaments antipaludiques subventionnés et plus de 55 milliards de FCFA ont été alloués à la lutte contre le paludisme. » Financièrement, l’ardoise est lourde. L’article indique qu’entre 1980 et 1995, le Cameroun aurait perdu à cause du paludisme, environ 2 mille 295 milliards de francs cfaet quele rapport des comptes nationaux de la santé précisait qu’« En 2011, la dépense pour le paludisme est estimée à 134,4 milliards de FCFA soit 28,6% de la dépense courante de Santé. 28,8% des dépenses liées au paludisme étaient financées par les transferts issus des revenus nationaux de l’administration publique, 19,8% par les transferts directs étrangers et la plus grande part soit 48,2% par les autres revenus nationaux (ménages, entreprises, ONGs nationales.) En 2013, la représentante de l’OMS affirmait que l’investissement fait au Cameroun dans le cadre de la lutte contre le paludisme s’est multiplié par 20 de 2000 à 2012. En résumé, le Cameroun mettrait un minimum de 135 milliards de pour prévenir et soigner le paludisme chaque année, de l’argent en grande partie dépensé à l’extérieur.

une démonstration de l’utilisation du Milda

Progrès locaux

Au Cameroun pourtant, une chercheuse doctorante à l’université de Douala, Agnes Antoinette Ntoumba a mis au point depuis 7 ans un insecticide 100 % bio pour combattre les larves des moustiques, responsables de la transmission de la maladie. Des insecticides développés à base  de plantes locales, plus précisément à partir de nanoparticules d’argent extraites des feuilles de goyave, de moringa, de citron ou de citronnelle. Elle a déjà été récompensée en 2020 par le prix Jeunes Talents  d’Afrique subsaharienne l’Oréal-Unesco pour les femmes et la science, et fait désormais le sujet de plusieurs reportages dans les médias internationaux. Sauf qu’avec cette solution qui pourrait permettre d’atténuer sérieusement la maladie, elle reste confrontée à la non reconnaissance des solutions locales qu’on note dans tous les domaines. Dans une interview accordée au journal jeune Afrique et publiée le 14 décembre 2020, elle affirmait : « C’est dans un labo et sur le terrain, en faisant de la recherche, que je me sens bien. Mon seul regret, c’est que la recherche ne soit pas valorisée dans mon pays, le Cameroun, et que les laboratoires ne soient pas équipés. Je n’ai pas besoin d’aller en Europe pour faire de la recherche. C’est ici que les choses doivent avancer. »  La chercheuse expliquait encore dans un reportage sur la chaîne de télévision France 24 le 25 avril 2021, que si l’on répand son produit dans une zone on va réduire considérablement les moustiques, et par voie de conséquence le paludisme. Mais il faudra d’abord une production à grande échelle. Et elle expliquait déjà que les conditions de recherches à l’université sont déjà peu encourageantes : « les défis sont énormes, les laboratoires ne sont pas parfois sélectionnés, parfois on a de la peine à être sélectionnés. »

Besoin de financement

la chercheuse qui promet de révolutionner la lutte contre la paludisme

Dans ses recherches, Agnes Antoinette a été inspirée et encouragée par d’autres chercheuses qui l’ont précédée. Le journal jeune Afrique cite par exemple Rose Gana Fomban Leke, 73 ans aujourd’hui, professeur émérite d’immunologie et de parasitologie à l’Université de Yaoundé, fondatrice du Higher Women Consortium, destiné à faire du mentorat et à accompagner les jeunes chercheuses, et Dora Mbanya, directrice du Centre national de transfusion à Yaoundé, elle aussi membre du consortium. Elle ambitionne  en plus de produire une capsule, type comprimé effervescent, à dissoudre dans l’eau, et son rêve serait« que ses recherches soient reprises dans un projet plus vaste pour aider le Cameroun dans sa lutte contre le paludisme et contre d’autres maladies induites par les moustiques. » Si sur les 135 milliards de francs cfa que le Cameroun dépense sur le paludisme chaque année, seulement un milliard était mis à la disposition de la chercheuse, sans doute révolutionnerait-elle la recherche en matière de l’éradication de cette maladie. Ne vaut-il pas la peine d’essayer ?

Roland TSAPI

One Reply to “Paludisme : et si on valorisait la recherche locale ?”

  1. Roland, malheureusement ce gouvernement ne pense pas, ils dépensent.
    Ce gouvernement ne l’accompagnera jamais dans sa recherche tant et aussi longtemps que ça ne leur rapportera pas d’espèces sonnantes et trébuchantes.
    En plus que gagnerait les firmes pharmaceutique qui comptent justement sur ces dirigeants moribond africain pour vivre.

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