Nouvel an : au-delà des vœux et discours l’hypocrisie

Les messages de fin d’année expriment désormais tout le contraire de ce que l’on pense, l’égoïsme social ayant pris le dessus sur la chaleur humaine

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Les derniers jours de l’ancienne année, tout comme les premiers jours de la nouvelle, sont l’occasion pour chacun de sacrifier au rituel, celui d’adresser les vœux de bonheur et de succès aux proches, connus ou pas. Mais l’on se contente bien de faire tout cela à distance, sans aucune chaleur humaine, les nouvelles technologies offrants d’ailleurs mille possibilités. Au constat, loin d’être une occasion de resserrement de la solidarité humaine, l’expression des vœux de fin d’année et de la nouvelle donne davantage à voir de nos jours à quel point les relations sont devenues froides entre les hommes.

A une époque, les souhaits des vœux chez les enfants par exemple, étaient une occasion d’allier leur talent à de la politesse. Ils dessinaient des petits tableaux représentant diverses figures de personnages, de lieu ou d’objet, d’autres fabriquaient de petits objets artisanaux à la main, et le jour venu ou la veille ils se promenaient de maisons en maisons dans le voisinage ou chez la parenté éloignée, pour adresser les vœux avec quelque chose de concret. Les familles aussi, bien au courant de la pratique, apprêtaient la veille qui un paquet de bonbons ou de biscuits, qui des pièces de 10, 25 ou 50 francs à donner en récompense aux enfants qui passeraient le jour de Noël et de nouvel an.. Certains parents profitaient également pour envoyer les enfants donner un cadeau chez leur grand-mère ou grand père qu’ils ne connaissaient pas, et ces derniers profitaient pour détacher le bout d’un vieux foulard où ils gardaient leurs pièces d’argent, et offraient 5 ou 10 francs aux petits enfants avec toute la bénédiction. L’occasion étaient belle pour connaître quel est l’enfant de tel voisin, d’apprécier les talents des enfants, de resserrer les liens familiaux et de voisinage.

Relations humaines refroidies

Elle est désormais derrière nous cette époque. Aujourd’hui, les parents ferment les enfants à double tour dans la barrière ou dans la maison avec interdiction de mettre le pied dehors sous aucun prétexte. Si pour payer une dette morale le père ou la mère doit rendre visite à une relation familiale ou professionnelle, il emporte avec lui les enfants bien vissés sur le siège arrière de la voiture avec la ceinture de sécurité, les vitres montées, pas possible pour eux de voir et dire bonjour à un voisin. Pour le paquet de la grand-mère au village un transfert électronique d’argent règle tout, et en cas de nécessité, le poisson ou le pagne est envoyé sous forme d’un colis à l’agence de voyage, grand-mère doit envoyer quelqu’un lui retirer cela si elle ne peut pas faire le déplacement.

L’indifférence est également bien visible dans les réseaux sociaux aujourd’hui adoptés comme mode de communication par excellence. Même ici, très peu prennent la peine d’écrire un message personnel, qui traduise le sentiment réel. Ce sont des clichés et autres images préconçus qui sont partagés, sans que l’on ne croie à un seul mot du message. Quelques-uns qui conçoivent un message adresse le même à tout le monde, lui enlevant aussi le caractère personnalisé du moment où toutes les relations n’ont pas la même valeur, c’est finalement comme un produit commercial placé sur un marché. Il en est de même du message du président de la République à la nation à cette occasion, préenregistré comme toujours, gardant ainsi son caractère éloigné et distant, sans chaleur humaine. Des souhaits de vœux qui s’adressent à tout le monde mais à personne finalement, pour un peuple qui aurait souhaité voir leur président arriver dans un studio de télévision, s’installer avec naturel et s’adresser à lui en le regardant dans les yeux, de préférence sans lire un texte . 

Automate

Sans s’en rendre compte, tous répètent machinalement les mêmes mots chaque année : bonheur et prospérité, succès, santé et richesse. Et désormais il n’est plus difficile de faire la différence entre des souhaits de vœux sincères et hypocrites. Le ministre qui a passé l’année à torpiller les instructions du Premier ministre, est-il sincère quand il lui souhaite succès à son poste, le collaborateur du ministre qui ne rêve que d’occuper son fauteuil, est-il sérieux quand il adresse ses vœux de bonheur et longévité à ce dernier, le politique qui ne regarde la population sous un prisme autre que celui du bétail électoral, l’employé qui jalouse son collègue au bureau et est l’auteur de tous les coups bas pour le descendre, l’autre qui ne rate aucune occasion pour critiquer les méthodes de son patron et dénoncer son rythme de vie princier alors qu’il est payé en monnaie de singe, l’employeur qui cumulent 6 mois de salaires impayés pour des chefs de familles qui travaillent, le fonctionnaire qui a déjà usé son pantalon sur le même siège depuis des années en regardant ses promotionnaires évoluer, le prestataires de services qui attend le paiement de ses factures depuis deux ans, l’instituteur qui a gardé l’espoir d’être recruté jusqu’à 45 ans, âge limite d’entrée dans la fonction publique, le voisin qui n’adresse jamais la parole à quelqu’un dans son entourage, la femme ou l’homme qui ne cause pas avec son conjoint ou sa conjointe depuis des mois, le déplacé interne depuis 3 ans à cause d’une guerre odieuse dans sa région, tout ce monde est-il sincère en adressant les vœux  de prospérité à ceux qu’il tient secrètement dans le cœur comme responsables de sa mauvaise condition chacun à son niveau, ou tout en sachant que lui-même est responsable de la situation que vit l’autre ? Les souhaits de fin d’années se révèlent en définitive être l’expression de toute les hypocrisies, à défaut d’être des formalités dont la finalité n’est que d’entretenir une relation qui dans le fond ne tient plus que sur un fil. Chacun est seul dans son film, enfermé dans sa bulle, la société se complait dans les vœux creux qui au lieu de consolider le vivre ensemble, font plutôt la promotion du vivre séparé… ensemble.

Roland TSAPI

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