NoSo: la raison simplifiée de la crise anglophone

La raison simplifiée de la guerre dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest n’a jamais été expliquée aux Camerounais, noyées plutôt dans les raisons d’intérêt. Mais elle ne va pas plus loin qu’une union qui n’a pas réussi

Pourquoi les gens meurent dans la crise anglophone ? Pourquoi il y a la crise dans ces deux régions du Cameroun ? Cette question semble anodine, mais est celle qu’un enfant de la classe du cours élémentaire 2eme année peut poser à son enseignant ou à son père. Aussi simple qu’elle paraît, elle sera aussi difficile à répondre. D’abord parce le Pouvoir en place n’a jamais voulu dire à la population quel était le véritable problème, au contraire des officines de manipulation dans les réseaux sociaux ont été mis en place pour inonder l’opinion avec l’idée selon laquelle il s’agissait d’un groupe d’agitateurs dont le but était déstabiliser le Cameroun. Ensuite parce que la Chambre des représentants, députés et sénateurs confondus, n’ont jamais fait une publication officielle à l’attention des populations qu’elle représente. Résultat, les populations camerounaises s’abreuvent à des sources différentes, les unes aussi partisanes que les autres. Chacun comprend finalement ce qu’il veut comprendre, ce qui par la suite conditionne ses réactions et ses attitudes, contribuant ainsi à envenimer les situations suite à des malentendus. Le philosophe René Descartes disait que « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée »,  sous-entendu que chacun pense en être si bien pourvu qu’il a raison de faire ce qu’il fait. En s’arrêtant à cela, on répondra simplement que les gens meurent dans la crise anglophone, parce que chacun pense avoir raison, les séparatistes comme le Pouvoir de Yaoundé. Mais on s’arrête généralement au premier bout de phrase du philosophe, chacun  pour se conforter dans ses positions, sauf qu’il avait continué sa réflexion  avec une leçon de modestie : « car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. »

Et l’anglophone s’est rendu compte que désormais pour balayer là où il habite, il doit aller demander le balai au francophone, pour creuser la route il doit aller supplier le francophone, et même quand il lui parle dans sa langue, le francophone dit qu’il ne comprend pas.

La raison simplifiée

Au-delà des raisons des uns et des autres, il y a la raison pour laquelle les gens meurent dans la crise anglophone. Cette raison qui devrait être expliquée aux Camerounais de sorte que l’élève du primaire puisse comprendre aisément. C’est que l’anglophone et le francophone habitaient dans une même maison avec deux chambres, chacun dans la sienne. La chambre du francophone était plus vaste mais l’anglophone ne s’y intéressait même pas. Chacun avait sa langue, sa source où il puisait de l’eau, son champ pour ramasser du bois ou cultiver, son balai pour nettoyer sa chambre, sa façon d’apprendre à lire, de régler ses problèmes, chacun avait son mode de vie en somme. Un jour, le francophone est venu dire à l’anglophone qu’ils cassent le mur qui les séparait pour vivre ensemble dans un espace plus vaste. L’anglophone ne voulait pas mais le francophone a insisté en lui promettant qu’ils vont signer un papier qui fixera les règles du vivre ensemble. Et Il a invité l’anglophone dans un coin de sa chambre, appelée Foumban pour la signature du papier. C’était en 1961, et ce contrat du vivre ensemble était appelé   la Constitution du 1er septembre 1961, qui a été modifiée et complétée le 10 novembre 1969 et le 4 mai 1970. Le contrat prévoyait par exemple que dans la maison, il y aura désormais un seul chef ou président, assisté d’un sous-chef ou vice-président  qui vient de l’autre chambre, mais que les deux prendraient les décisions ensemble. Le francophone est alors devenu le chef de toute la maison, l’anglophone le sous-chef, tout en sachant qu’un jour il pourra aussi être chef. Mais avec le temps, le francophone a supprimé le poste de sous-chef et est resté le seul qui décide de tout. Et l’anglophone s’est rendu compte que désormais pour balayer là où il habite, il doit aller demander le balai au francophone, pour creuser la route il doit aller supplier le francophone, et même quand il lui parle dans sa langue, le francophone dit qu’il ne comprend pas. L’anglophone a alors dit qu’il veut retourner dans sa chambre où il était avant et reprendre son mode de vie d’antan. Mais le francophone ne veut pas entendre cela, et c’est pour cela qu’il y a la lutte tous les jours, les gens meurent. Le francophone dit que c’est écrit dans un papier, la Constitution, que cette maison ne peut pas être divisée, et on ne peut pas changer cela.

Si la Constitution peut être modifiée pour supprimer la limitation des mandats présidentiels, au risque de faire des morts et des prisonniers, pourquoi ne le serait-elle pas pour revoir la forme de l’Etat en sauvant des vies au passage ?  Pourquoi les gens meurent dans la crise anglophone, cela vaut-il vraiment la peine ? Tous les tenants du pouvoir de Yaoundé devraient se poser cette question, dans le secret et le silence de leurs chambres.

Modifications de la Constitution, au gré des intérêts

Voilà simplifiée, l’histoire de la crise anglophone. On peut la schématiser autrement, par l’exemple d’un mariage. Il y  les fiançailles, la dot, la mairie, la salle de fête, et même la lune de miel. Mais il y a aussi les conciliabules entre amis, les conseils de familles, le tribunal et le divorce. Tout cela peut se faire sans bruit, dans le respect des uns et des autres. Mais quand un conjoint veut forcer l’autre à rester quand il ou elle ne veut plus le mariage, sous prétexte qu’il y a un acte de mariage, la casse n’est pas loin. Les dégâts latéraux et collatéraux aussi. Les militaires qui tombent tous les jours, les gendarmes assassinés dans leurs bosquets, des policiers et gardiens de prisons égorgés, des fonctionnaires enlevés et tués, des élèves massacrés dans des écoles, des villages rasés, des séparatistes tués et ceux qui sont en prison, c’est pour un retour à la case départ, c’est parce qu’un conjoint ne veut plus de l’union. Aujourd’hui le pouvoir de Yaoundé prétend que la forme de l’Etat est intangible, pourtant cette forme de l’Etat est bien le résultat d’une composition. La Constitution du Cameroun, depuis la Constitution fédérale du 1er septembre 1961, a déjà subi plusieurs modifications, chaque fois initiée pour satisfaire les appétits des tenants du pouvoir. En 2008 les manifestations de rue ont même été violemment réprimées pour une énième modification, qui faisait sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels. Si la Constitution peut être modifiée pour supprimer la limitation des mandats présidentiels, au risque de faire des morts et des prisonniers, pourquoi ne le serait-elle pas pour revoir la forme de l’Etat en sauvant des vies au passage ?  Pourquoi les gens meurent dans la crise anglophone, cela vaut-il vraiment la peine ? Tous les tenants du pouvoir de Yaoundé devraient se poser cette question, dans le secret et le silence de leurs chambres.

Roland TSAPI

2 Replies to “NoSo: la raison simplifiée de la crise anglophone”

  1. Thanks for the simplified explanation of how Cameroon got to now. Sadly, the story is even more dire than what you’ve described.

    The ‘Anglophones’ were given only two choices concerning that wall in the house: join ‘Francophones’ in Cameroun or join Nigeria.

    What the ‘Anglophones’ really wanted was to stay in their room. They liked their room. They had ruled themselves for centuries as a collection of neighbouring kingdoms and chiefdoms, and their Chiefs wanted to continue their independence.

    However, their colonial father, the British (United Kingdom), wanted the ‘Anglophones’ to join Nigeria at every cost. Supporting the British in their quest to join Nigeria was Dr. Endeley, the then-leader of the ‘Anglophones’ (who at that time were called ‘Southern Cameroons’).

    Regrettably, in January 1959, Dr. Endeley lost the Premiership election to John Ngu Foncha. Foncha had campaigned on a platform that promised full independence of Southern Cameroons in the short term, and eventual or gradual federation with the Republic of Cameroon. Therefore Foncha’s electoral win posed a serious threat to the British plan of integrating Southern Cameroons into Nigeria. In response, Dr. Endeley, supported by the British Colonial Government, ran to the to the United Nations and challenged Foncha’s authority and his plans for Southern Cameroons.

    Thus was born the idea of a plebiscite. Rather than allow Foncha work on the program that he had been voted into office to implement, he was thrown into a fight, and not just any fight: the plebiscite amounted to a second election on Foncha’s premiership. The plebiscite was essentially an override on Foncha’s vision for Southern Cameroons.

    Had you ever wondered why Southern Cameroons had a plebiscite, while French Cameroun – and so many other territories in Africa – didn’t have plebiscites?

    In March 1959, with the lobbying of the British at the United Nations, the Southern Cameroons delegation was asked to go back to its people and decide what 2 questions would be put to a vote in a plebiscite. Six months later when Endeley and Foncha returned to the United Nations, they still could not agree on ONLY 2 choices. Dr. Endeley and the British would not allow Foncha include ‘independence’ as a plebiscite option, arguing that Southern Cameroons was ‘too poor’ to be independent, and also fearing the Northern Cameroons would catch the independence fever. The British used its influence at the United Nations to pass a resolution in October 1959 that forced 2 options on Southern Cameroons: (1) join Cameroon, or (2) join Nigeria.

    Regarding the first federal constitution: regrettably, there was no ‘contract’ between Southern Cameroons and the Republic of Cameroun in the signing of the Federal Constitution on September 1, 1961. President Ahidjo unilaterally signed the new constitution without the written consent of Foncha or the Southern Cameroons House of Assembly.

    Fast forward to May 1972: President Ahidjo’s unilateral decision to dismantle the Federation by way of a referendum was the straw that broke the camel’s back. President Ahidjo sold the project to Cameroonians as the culmination or achievement of ‘unity’. And rather than ask just the ‘Anglophones’ who came into the federal union whether they wanted to dismantle the federation, President Ahidjo asked ALL Cameroonians. Naturally, 75% of Cameroon that nothing to lose voted for the dismantling of the federation, on the pretext that the Federation was expensive to run, and ‘Anglophone’ regions were ‘poor’.

    Back to house analogy: ‘Anglophones’ who used to have beds in their room, large windows with views to a lake, carpets on the floor, a refrigerator in the corner, lost all those privileges when that ‘wall’ was taken down.

    But why, one may ask? Why were the ‘Anglophones’ given less, and the ‘Francophones’ given more? As they say, it’s all about the economy. It’s about power. It’s about control of resources.

    The ‘Anglophone’ regions of Cameroon are in fact resource-rich. They hold over 85% of Cameroon’s oil reserves and a sizeable fraction of the country’s natural gas reserves. With their hilly terrain and abundant rainfall, ‘Anglophone’ regions hold immense untapped hydro power potential that could double’s Cameroon’s current capacity. They have tons of untapped minerals. They are a bread basket of the nation. The Cameroon Development Corporation, Cameroon’s largest single employer, is in the ‘Anglophone’ regions. It produces export-ready palm oil, bananas, peppers, and so much more, and employs over 20,000 people.

    Why couldn’t Cameroon just share these riches together, as one people, under one federation? Because ironically, the federation stood in the way of external interests, and served as protection for the way of life of the ‘Anglophones’. The federation protected ‘Anglophones’ right to manage their education, their internal government, their roads, their police force, their legal system, and most importantly, a part of their natural resources.

    The federation, a form of government that is not popular with ‘Francophone’ countries and governments (including France), stood in the way of President Ahidjo directly and unilaterally managing all these resources.

    But why did President Ahidjo want to control all those resources by himself by dismantling the Federation in May 1972? Why did he seek to replace the federation with a unitary central government? Because a unitary central government aligned with the interests – not Cameroon – but of colonial powers with whom the Republic of Cameroon had signed agreements giving them the right of first refusal in the development and allocation of Cameroon’s natural resources.

    https://www.youtube.com/watch?v=ku14m6rhgpo

  2. Belle illustration. Si elle pouvait permettre aux uns et aux autres de sortir de l’escalade pour s’engager résolument dans la voie du dialogue ?

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