Normes : l’habitat hors règle

Presque délaissé en dépit des nombreuses lois qui l’encadrent, le secteur de l’habitat patauge dans le désordre au Cameroun. La conséquence étant que les citoyens se retrouvent dans un milieu de vie à la limite indigne de l’humain parfois, avec des chambres d’habitation réduites à la plus petite surface et sans aération suffisante

L’Organisation internationale de normalisation (Iso), la Commission électrotechnique internationale (Cei) et l’Union internationale des télécommunications (Uit), ont institué une journée mondiale de la normalisation célébrée le 14 octobre de chaque année depuis 1970, dont le but est de marquer le travail d’élaboration des normes et leur importance. D’après ces organisations, sans norme internationale commune, établie et reconnue, pas d’échange possible, quel que soit le domaine : l’informatique, les technologies de l’information et des télécommunications ou le vaste domaine non-électronique qui inclut l’alimentaire, les services, l’énergie, les transports, le logement et bien d’autres. Au Cameroun, l’attention, là où elle existe, est souvent plus focalisée sur les produits alimentaires, à cause des dégâts sanitaires immédiats, mais un secteur comme celui de l’habitat qui concerne le milieu de vie même des populations fait l’objet de moins de préoccupations. Les normes établies au niveau national ne sont ni respectées par ceux qui construisent, ni suivies par l’autorité étatique. En conséquence, le Camerounais vit mal dans sa maison, qu’il soit propriétaire ou locataire. Plusieurs études dans le domaine, dont celles du ministère du Développement Urbain et de l’Habitat en 1990 et de Pettang en 1993, reprises par le média en ligne Agence presse Cameroun le 13 octobre 2020, font ressortir qu’au Cameroun les normes de construction sont de plus en plus abandonnées. D’après ces études, plus de 90% de logements à Yaoundé sont « auto construits », dont n’obéissent pas aux textes encadrant l’activité du bâtiment, à l’instar des avis techniques, les documents techniques unifiés, les règles de calcul et de dimensionnement des ouvrages, le code de construction et de l’habitation, les règlements de sécurité et incendie… Ainsi, 800 000 habitants de la capitale politique n’avaient pas recouru  aux experts en bâtiment. Des chiffres qui paraissaient par ailleurs minorés, puisque des études antérieures, comme le rapport Mouafo de 1986 et Nzemen de 1998 indiquaient que 1 200 000 habitants de Douala ont construit eux-mêmes leurs logements sous-entendu sans aucun respect des normes, soit plus de 80% de la population logée.

Un type de maison d’habitation

Ainsi, 800 000 habitants de la capitale politique n’avaient pas recouru aux experts en bâtiment. Des chiffres qui paraissaient par ailleurs minorés, puisque des études antérieures, comme le rapport Mouafo de 1986 et Nzemen de 1998 indiquaient que 1 200 000 habitants de Douala ont construit eux-mêmes leurs logements sous-entendu sans aucun respect des normes, soit plus de 80% de la population logée.

Débrouillardise

Pour respecter une norme, il faut déjà la connaître c’est-à-dire savoir qu’elle existe, être en mesure de la lire et la comprendre et enfin avoir les moyens de la faire respecter. C’est là le ventre mou du secteur de l’habitat au Cameroun, car selon Agence presse Cameroun cité plus haut, la grande majorité recourt à des « techniciens du quartier » ou à la main d’œuvre familiale qui a une maîtrise approximative des normes de construction, ce d’autant plus qu’ils s’installent dans les villes avec « les moyens de bord » et en dehors de toute réglementation. Ils se lancent dès lors dans des travaux de construction, sans avoir les moyens de leurs ambitions en confiant les chantiers à des acteurs qui maîtrisent à peine les règles de base. Les études ont d’ailleurs abouti à la conclusion que « l’ inexistence ou le laxisme d’un cadre normatif des produits et des activités entrant dans le secteur du bâtiment, le faible pouvoir d’achat des populations et surtout le peu de sensibilisation sur les questions de normes et de qualité ont ouvert des brèches aux  aventuriers, aussi bien au niveau local que des entreprises étrangères qui prennent le contrôle du secteur des constructions au Cameroun.» D’après les résultats d’une enquête menée sur différents chantiers à Douala et à Yaoundé, 40% des acteurs seulement peuvent justifier d’une technicité partielle, 56%, constitué des fouilleurs et des manœuvres n’ayant en général aucune qualification. Pour ces jeunes ouvriers âgés entre 20 et 30 ans, la formation s’acquiert essentiellement sur le tas. Dans l’ensemble, la main-d’œuvre du secteur informel dans le domaine du bâtiment et des travaux publics (Btp) est constituée de 21% d’illettrés, 53,3%  des anciens élèves du primaire et du secondaire qui ont abandonné les classes, et 13,5% de diplômés de l’enseignement technique. Ces  derniers sont peu nombreux mais ils assurent l’ossature technique de l’exécution des chantiers ainsi que la formation sur le tas des autres acteurs. Tout ceci est à l’origine de nombreux accidents observés sur les chantiers ou dans des bâtiments mal édifiés, la détérioration précoce des ouvrages, les multiples nuisances non prévues, et d’interminables procès aussi bien pour le « technicien » que pour le propriétaire.

Mais sur le terrain, des propriétaires implantent leurs maisons à la lisière de la rigole, et se moquent des croix de saint André marquées du reste avec complaisance sur le mur. La norme de l’habitat, de la maison d’habitation, du cadre de vie des populations est l’un des domaines qui devrait interpeller les politiques en cette semaine de la normalisation. Ils ne le savent peut être pas, mais dans des quartiers les populations vivent dans des cellules infectes et non aérés, abusivement appelés chambres.

Constructions anarchiques

Milieu de vie

Résultat des courses, 44,8% des maisons d’habitation sont implantées sur des sites à risque, les latrines extérieures sont les plus répandues, les pièces sont exiguës, avec des salons qui tiennent sur à peine 10 m²et des chambres de 3m² ; situation plus grave quand il s’agit des maisons à mettre en location. Dans la plupart des cas, ce sont en réalité des petites cellules que certains construisent pour les locataires. Malheureusement, la situation de non-respect des normes dans le domaine de l’habitat, relevée par des études il y a 40 ans, est allée s’empirant depuis lors, avec une poussée démographique non maîtrisée. Une panoplie de lois a été pourtant élaborée entre temps, comme la loi N° 2004-003 du 21 avril 2004 régissant l’urbanisme au Cameroun, qui dit par exemple à l’article 16 : « Sauf disposition contraire contenue dans les documents de planification urbaine, la façade principale donnant sur rue de toute nouvelle construction doit être implantée à une distance des limites parcellaires au moins égale à cinq (5) mètres. » Mais sur le terrain, des propriétaires implantent leurs maisons à la lisière de la rigole, et se moquent des croix de saint André marquées du reste avec complaisance sur le mur. La norme de l’habitat, de la maison d’habitation, du cadre de vie des populations est l’un des domaines qui devrait interpeller les politiques en cette semaine de la normalisation. Ils ne le savent peut être pas, mais dans des quartiers les populations vivent dans des cellules infectes et non aérés, abusivement appelés chambres.

Roland TSAPI

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