Noël : le piège africain en Afrique

La célébration de la fête de noël, avec beaucoup d’entrain en Afrique, se fait également au détriment des cultures et traditions locales. Noël est en effet la tradition du peuple juif noyée dans une fête païenne de Rome au 3e siècle, mais qui, à la faveur du christianisme, s’est imposée dans le monde et en Afrique, où l’idée est de faire disparaître les coutumes locales.  

Le temps d’une célébration, les Camerounais ont un peu oublié les souffrances quotidiennes. Normal, car comme l’expliquent les sociologues, on pourrait définir la fête comme un événement vécu par la communauté comme un moment de vie intense en rupture complète avec la vie quotidienne. Elle interrompt la monotonie de la vie journalière, elle vient justifier la banalité d’une vie tissée d’obligations. Dans cette particularité de rupture des normes du groupe, les études distinguent  deux types de fêtes. Les premières sont les fêtes de l’ordre, qui suivent un double conformisme avec une répétition dans le  temps et la rigidité du déroulement de la fête. Les secondes sont les fêtes du désordre. Dans ce cas, la fête est un véritable renversement des mœurs et des règles en vigueur dans la communauté. Au moment de la fête, l’ordre premier de la communauté est remplacé par un ordre inverse et temporaire. Selon ce point de vue, la fête a une fonction purificatrice et sert à régénérer périodiquement la société. Le philosophe Sigmond Freud a développé cette thèse dans son ouvrage «Totem et tabou», soutenant que la fête est un excès permis, une violation solennelle d’une prohibition. Elle permet à l’individu, et plus largement à la communauté de libérer les pulsions que la société contrôle fortement en temps ordinaire, une période de licence pendant laquelle les règles de la vie normale sont temporairement inversées.

Conservation

Au-delà de la rupture avec la monotonie, les sociologues attribuent à la fête plusieurs fonctions, dont une première est celle de favoriser la cohésion et l’homogénéité du corps social, une deuxième est le renforcement symbolique du sentiment d’appartenance à un groupe. Une troisième fonction est politique, marquée par la récupération. C’est ainsi que les fêtes chrétiennes se sont substituées à des fêtes païennes ou religieuses antérieures, sans en renier le mythe de base, mais en chargeant celui-ci de significations nouvelles. Pour ce qui est de la fête de Noël par exemple, dans l’antiquité, les traditions païennes se sont révélées très tenaces face à la percée de la religion chrétienne, en particulier dans les campagnes. A une époque de son histoire, située au 3e siècle après Jésus christ, ne parvenant pas à arracher les racines du paganisme, l’Eglise chrétienne résolut de fixer ses fêtes aux dates des célébrations païennes en espérant ainsi faire accepter plus facilement la nouvelle religion. La date du 25 décembre fut fixée vers l’année 300 par Rome, afin de christianiser les rites issus de la culture populaire. Les traces du paganisme subsistent toujours, et c’est ainsi que noël présente encore deux visages : il y’a le noël chrétien qui célèbre la naissance de Jésus Christ, et il y’a le noël populaire incarné par le Père Noël et toutes les transgressions des normes qui l’accompagnent. Mais, derrière Noël et toutes les fêtes chrétiennes, se cache surtout une idée de conservation d’une culture qui tient à se transmettre de génération en génération

A la faveur de cette fête de Noël, des jours supplémentaires de d’arrêt de travail sont même décrétés par les Etats, alors qu’aucune fête traditionnelle locale ne peut bénéficier de tant de largesses. Il est dès lors évident que l’ascendance du christianisme sur les religions africaines ne fait aucun doute, et la menace de les faire disparaître persiste.

Piège

Le masque Batcham, l’un des symbôles de la culture africaine

C’est ici que se trouve le piège dans lequel l’Afrique s’est laissé prendre. Cet effort pour perpétuer la tradition chrétienne se fait au détriment des traditions africaines. Si ailleurs certains pays se battent pour garder leurs fêtes traditionnelles à eux, comme les carnavals au Brésil, d’autres pays par contre en Afrique n’ont aucune fête nationale dont le rôle est de perpétuer une tradition. Au Cameroun par exemple, les efforts communautaires dans ce sens existent, mais restent submergés. Le fils Sawa, jeune ou adulte, connaît et accorde plus d’importance à Noël qu’au Ngondo, le fils Bamendjou se fait prier pour avoir une oreille attentive au festival culturel Shepang, là où toute l’attention est captivée par la tradition juive incarnée dans le fête de Noël. A la faveur de cette fête de Noël, des jours supplémentaires de d’arrêt de travail sont même décrétés par les Etats, alors qu’aucune fête traditionnelle locale ne peut bénéficier de tant de largesses. Il est dès lors évident que l’ascendance du christianisme sur les religions africaines ne fait aucun doute, et la menace de les faire disparaître persiste. Dans une interview accordée à un magazine de son pays en mars 2019, le vietnamien Lê Hông Ly, membre du Conseil national du patrimoine culturel, relevait l’importance des fêtes traditionnelles pour un peuple. Elles lui permettent de trouver un équilibre dans leur vie spirituelle. Assister à ces manifestations, dit-il, est une manière de se ressourcer, se relaxer et offre l’occasion de prier pour que la Nouvelle Année soit la plus merveilleuse possible. C’est aussi le moment d’échanges de vœux. Comme c’est le cas lors du festival Ngondo, quand un message est délivré pour l’année à venir. D’après Lê Hong Ly, grâce à ces rendez-vous rituels, les identités culturelles des différentes communautés ethniques du pays sont préservées. Ces événements, caractérisés par des rassemblements, des banquets communs, des démonstrations de chants, de danses et de jeux populaires, ancrent le sentiment d’appartenance à une communauté, un village et une région. Fondamentalement, ces fêtes contribuent à la cohésion sociale. De même, en participant à ces événements, les communautés peuvent mieux appréhender l’histoire de leur pays. Autrefois, c’était grâce aux transmissions orales et aux représentations théâtrales, durant ces fêtes traditionnelles, que les analphabètes pouvaient apprendre la vie et le rôle des personnages historiques. Cette fonction de commémoration renforce le patriotisme, ajoutant ainsi un aspect éducatif à ces pratiques populaires. On ne peut pas en dire autant pour la fameuse fête de noël, au lendemain de laquelle plusieurs familles font souvent le bilan des dégâts.

Roland TSAPI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *