Ngarbuh, le gouvernement avoue le crime

Après avoir rejeté les rapports des Ong internationales et locales et traité de tous les noms d’oiseaux les organisations civiles et les médias, le Pouvoir de Yaoundé avoue finalement que l’armée régulière était  l’auteure  des massacres

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Pressions

Le 16 avril 2020, l’Organisation internationale Human Rights Watch publiait sur son site internet un article qui avait tout l’air d’une injonction à l’endroit du gouvernement Camerounais : « le gouvernement du Cameroun devrait rendre publiques les conclusions d’une enquête sur le massacre de 21 civils, dont 13 enfants et une femme enceinte, perpétré le 14 février 2020. » Le Directeur pour l’Afrique centrale de cette Ong Lewis Mudge, resté logique avec leurs déclarations depuis la survenue de ce drame, rappelait que « deux mois se sont écoulés depuis le massacre de Ngarbuh, un délai qui est emblématique de l’impunité dont jouissent les forces de sécurité camerounaises. Le gouvernement devrait immédiatement rendre publiques les conclusions de son enquête et faire traduire en justice les responsables. Bien qu’elle soit d’une importance capitale, la lutte contre la pandémie ne devrait pas empêcher de prendre des mesures concernant les principales préoccupations relatives aux droits humains et d’établir les responsabilités pour de graves abus de l’armée. En cette période de crise nationale, la transparence est d’autant plus précieuse et le gouvernement devrait montrer qu’il n’hésitera pas à tenir les militaires responsables de meurtres délibérés de civils pour comptables de leurs actes. »

Bataille autour des faits et des chiffres  

Dans un rapport datant du 25 février 2020 déjà, Human Rights Watch avait établi les circonstances dans lesquelles l’armée camerounaise et des membres armés d’ethnie peule avaient délibérément tué 21 civils à Ngarbuh, des attaques perpétrées en représailles contre les villageois, accusés de soutenir et d’abriter  des séparatistes armés. Suite à ces déclarations, la réaction du gouvernement avait été extrêmement violente. Il accusait l’Ong d’être derrière une cabale visant à déstabiliser les institutions de la république, saper le moral des troupes camerounaises très « professionnelles », et d’avoir même des appuis locaux au sein de la société civile et des médias. Les intimidations et des ultimatums ont été utilisés contre ceux taxés des ennemies de la république, qui osaient penser que l’armée camerounaise pouvait commettre une faute.

Le 1er mars 2020, au milieu de tous les démentis portés essentiellement  par trois départements ministériels dont celui Délégué à la présidence de la république chargé de la Défense, celui de la Communication et celui de l’Administration territoriale, une enquête avait tout de même été instruite par le président de la république pour faire davantage de lumière sur ce drame, avec un délai de 8 jours pour remettre la copie. La composition de la commission d’enquête n’avait pas été rendue publique, mais de toute évidence elle avait été mise en place et avait fait son travail dans les délais. Le 25 mars 2020 en effet, dans un communiqué de presse rendu public à l’issue de sa réunion mensuelle, la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés (CNDHL) avait révélé que son président Chemuta Divine Banda, avait participé à la commission d’enquête, dont les travaux étaient dirigés par le ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense. Les membres de la Commission émettaient alors le vœu  que les conclusions de l’enquête soient rendues publiques.

L’aveu

Ce vœu a été entendu le 21 avril 2020. , le rapport a été rendu public, avec 45 jours de retard, mais mieux vaut tard que jamais. Un rapport qui finalement présente des similitudes sur plusieurs points avec celui de l’Ong Human Rights Watch. Sur les auteurs des exactions, l’Ong accusait l’armée camerounaise d’avoir volontairement causé la mort des civils et incendié des maisons, le gouvernement avait prétendu que l’armée menait une opération de sécurisation et que le feu est parti accidentellement, à cause des quantités de carburant que les séparatistes gardaient frauduleusement. Mais Le rapport vient confirmer que les éléments des forces de défense ont volontairement mis le feu, pour essayer de masquer les massacres des enfants qu’ils venaient de perpétrer et biaiser les faits.

Le ministre de l’Administration territoriale Atanga Nji parlait de complot!

L’ong affirmait également que l’armée s’était associé les services d’un groupe ethnique dans sa dramatique expédition. Le rapport gouvernemental vient également le confirmer, en indiquant que « le détachement a quitté la base de Ntumbaw le 23 février 2020 à 22h avec un effectif de trois militaires et deux gendarmes. Au cours de leur progression le chef de détachement a pris l’initiative de se faire accompagner par 17 membres d’un comité de vigilance locale. » La différence des deux conclusions réside finalement dans le bilan. Le gouvernement dont les chiffres ont évolué, reconnait avoir fait 18 victimes, là où l’Ong parlait de 21, une différence de trois, ce qui veut dire que l’exagération dont parlait le gouvernement n’en était pas une. Le chef de l’Etat l’a reconnu lui-même d’après les conclusions de l’enquête, quand il réitère ses condoléances aux familles éprouvées, instruit l’exhumation des corps pour des tombes plus dignes, le recensement des ayants droits des victimes pour une indemnisation par l’État et le renforcement de la sécurité à Ngarbuh via la création d’une base militaire pour une meilleure protection des populations contre les rebelles séparatistes entre autres.
Au demeurant on devrait se féliciter de la publication de ce rapport, en espérant que ceux de beaucoup d’autres enquêtes ouvertes suivent, pour rétablir la confiance entre les gouvernants et un peuple qui ne demande rien d’autre que de la transparence. Parce qu’à bien y regarder, ceux qui complotent contre le pays ne sont pas ceux qui se battent tous les jours pour que la vérité éclate au grand jour, mais ceux qui utilisent les moyens de l’Etat mis à leur disposition pour cacher la vérité au peuple, ceux-là et ceux-là seulement, ont des agendas cachés sur le Cameroun.

Roland TSAPI

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