Media : pour ou contre la société ?

Le rôle des médias est de plus en plus mitigé. Sans s’en rendre compte beaucoup se sont rangés du côté des gouvernements contre le peuple, dans la bataille du pouvoir

Le monde, l’Afrique, le Cameroun traversent des crises diverses. Lesquelles sont portées à la connaissance du public par les médias, qui de ce fait jouent un rôle important dans l’issue de ces crises. L’opinion n’est informée que par eux, et dans de nombreux cas, ils sont densément utilisés et deviennent rapidement ce que le journaliste et essayiste belge Michel Collon appelle « média mensonge. »Une manière de manipuler l’opinion qu’il a analysé dans la propagande de guerre, concept développé par l’historienne Anne Moreli. Pour faire la guerre contre un pays, explique Michel Collon, on ne va pas dire qu’on veut voler son pétrole, son gaz, ses richesses et contrôler une zone stratégique, on va dire qu’on vient pour la démocratie, pour protéger les minorités, émanciper les femmes, lutter contre le terrorisme qui est le prétexte parfait. Et s’il n’y a pas de terroristes quelque part, on en amène quelques-uns et le prétexte est tout trouvé. La propagande de guerre sa caractérise alors par cinq principes : 1-le fait de toujours cacher les intérêts économiques, 2- de cacher l’histoire c’est-à-dire le rôle que les puissances coloniales ont joués dans certaines régions pour diviser, régner et dresser les peuples les uns contre les autres et garder le contrôle, 3- démoniser l’adversaire c’est-à-dire présenter des images qui le montrent de préférence comme un monstre, un grand danger, 4-inverser l’agresseur et l’agressé, 5-monopoliser le débat. Cinq principes au total dans la propagande de guerre, dont le dernier est le plus important, monopoliser le débat, ce qui se fait à travers les médias.

” je ne veux pas dire par là que tous les journalistes sont pourris, je veux dire que le système des médias auquel nous sommes soumis, c’est un système qui comme le disait Herman et Chomsky dans le livre « fabriquer un consentement » fait en sorte que les médias ne sont pas là pour informer le public, mais pour lui faire accepter les décisions, les choix, les stratégies du gouvernement. »

Fabriquer un consentement

C’est à ce niveau qu’intervient alors le « média mensonge. » Dans les différentes crises qui secouent le Cameroun, dont la dernière est celle déclenchée par le mouvement « On a trop supporté » des enseignants du secondaire, ce principe est largement utilisé au quotidien. Une crise comme celle-là est semblable à une guerre, et quand il y a une guerre il y a au moins deux avis, et le spectateur devrait entendre les deux pour se faire une opinion, comme l’explique l’essayiste belge. Mais s’il ne dépendait que du gouvernement, l’opinion n’aurait qu’un avis venant de lui et devrait s’en contenter. Si c’est le rôle fondamental des médias d’Etat de ne donner que la position du gouvernement, le système du « média mensonge » travaille à trouver des médias alliés pour se perpétuer. Michel Collon explique : « je ne veux pas dire par là que tous les journalistes sont pourris, je veux dire que le système des médias auquel nous sommes soumis, c’est un système qui comme le disait Herman et Chomsky dans le livre « fabriquer un consentement » fait en sorte que les médias ne sont pas là pour informer le public, mais pour lui faire accepter les décisions, les choix, les stratégies du gouvernement. »

L’une des vielles missions des médias, c’est de faire la veille de la cité, voir le danger qui arrive de loin et prévenir. Et si un matin la cité se réveille complètement rongée par une gangrène, on peut logiquement se poser la question de savoir pourquoi les médias ne l’ont pas vue venir. Et même quand elle est déjà là, les média aident-il à la justifier ou à la soigner ?

Mission

Dans la dernière crise des enseignants au Cameroun, qui a ouvert les vannes pour d’autres revendications qui couvaient, certains membres du gouvernement ont tôt fait de parler de manipulation des grévistes ou des desseins inavoués, ce qui a davantage irrité les concernés et contribué à durcir le mouvement, les enseignants se sentant insultés. Mais dans le fond, la crise Ots et d’autres qui s’annoncent avec les préavis de grève, sont la résultante de la manipulation des médias depuis fort longtemps par ce gouvernement qui dénonce la manipulation. En dehors des médias d’Etat qui sont dans leur rôle de soigner l’image du gouvernement, comment les autres médias n’ont pas vu depuis si longtemps que les enseignants n’avaient que les 2/3 de leurs salaires, que les avancement étaient gelés ou se vendaient au plus offrant, que les décisions d’intégration étaient devenues des paquets de marchandises bien rangés sur les comptoirs des bureaux administratifs transformés en boutiques ? C’est simplement que sans le savoir, beaucoup font désormais partie du système « média mensonge », fabriqué et entretenu par le gouvernement, qui les manipule à souhait, notamment en détournant leur attention des vrais sujets par la création des événements écran ou paravents. L’interdiction d’une conférence de presse par un sous-préfet, le refus systématique de délivrer les récépissés de manifestation publique, la pose de la première pierre d’une structure qui ne verra jamais le jour, les multiples visites médiatisés d’un même chantier de construction d’un stade, l’inauguration d’un barrage hydroélectrique  qui montre des défaillances le lendemain, l’ouverture d’une autoroute inachevée reliant la ville à un aéroport et présentée comme un don du chef de l’Etat, l’inauguration d’un hôpital, la distribution des dons aux déplacés internes, les conférences de presse gouvernementales, les ateliers et séminaires à l’attention des médias ou non, sont autant d’événements paravents créés au fil du temps pour voiler la vue aux médias, les utiliser pour fabriquer le consentement de la population et donner l’impression que tout va bien. L’une des vielles missions des médias, c’est de faire la veille de la cité, voir le danger qui arrive de loin et prévenir. Et si un matin la cité se réveille complètement rongée par une gangrène, on peut logiquement se poser la question de savoir pourquoi les médias ne l’ont pas vue venir. Et même quand elle est déjà là, les média aident-il à la justifier ou à la soigner ?  Face aux différentes crises mondiales, continentales et nationales, les médias sont plus que jamais interpelés, leur responsabilité étant tout aussi engagée dans l’histoire. Ils doivent résolument choisir de faire partie du système média mensonge ou pas. Devant l’injustice le silence est coupable dit-on, et dans la vie quotidienne, quand un chien de garde baisse la garde, le bandit fait de lui un chien en cage et dévalise tranquillement dans la maison qu’il était supposé garder.

Roland TSAPI

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