Marche vers l’unité : le parti unique

La première étape de ce processus fut l’absorption de tous les partis politique des deux Etats fédérés, et la mise sur pied d’un seul

L’unité nationale dont le Cameroun fête la 50ème année le 20 mai  2022, fut l’aboutissement d’une longue marche dont nous retraçons le parcours à partir de ce jour, à la lumière des écrits historiques et particulièrement du livre intitulé L’Etat du Cameroun de Jean François Bayard. Après avoir réussi la fédération du Cameroun oriental avec le Cameroun occidental le 1er octobre 1961, l’idée de l’unification trottait déjà dans la tête d’Amadou Ahidjo, et la première étape devait être la fusion de tous les partis politiques en un seul. Et pour cela il fallait convaincre les leaders du Cameroun britannique d’abandonner leurs appareils politiques, qui leur avait permis d’expérimenter la véritable démocratie de l’autre côté du fleuve Mungo. François Bayard relève que de 1962 à 1966, la formation d’un parti unique n’avait guère progressé. Dans son désir de réaliser en priorité l’unanimité politique du Cameroun occidental et espérant peut-être éviter  la fusion avec l’Union camerounaise, le Kamerun national Democratic party Kndp, et particulièrement Ngom Jua et Ekhah-Nghaky ralentissait délibérément le rythme des négociations. En juin 1963, il dut toutefois abandonner son espoir essentiel, la constitution d’une alliance étroite entre les deux partis dominants qui conserveraient cependant leur autonomie et leur nom, et se résigner à accepter le principe de sa disparition. Il fut décidé au cours d’une rencontre que les deux partis fusionneraient en une nouvelle formation. Ahidjo avait fait une légère concession : il n’y aurait pas une simple absorption du Kndp par l’Union camerounaise comme cela s’était produit pour les partis du Cameroun francophone, l’Action nationale et le Front Populaire pour l’unité et la paix.

La création du parti unique, qui prendra le nom de l’Union nationale camerounaise (Unc) se ferait sous les auspices d’un comité directeur provisoire (Cdp), dont la composition exprimait le rapport de force et les partages d’influence révélés par la réunion du 11 juin : 22 représentants de l’Union camerounaise, 4 du Kndp, deux du Cnpc et deux du Cuc. Au total, les 3 partis du Cameroun anglophone étaient représentés par 8 membres alors que l’Union camerounaise seul en comptait presque 3 fois plus.

L’absorption

Ahidjo convoqua  le 11 juin 1966 les leaders des trois partis du Cameroun anglophone et les Premiers ministres des deux Etats fédérés. La rencontre reflétait la primauté de l’Union camerounaise et le recul du Kndp. Le parti de Ahidjo était en effet représenté par 8 membres, le Kndp par deux membres, le Cpnc et le Cuc par leurs présidents respectifs. Comme l’avait craint John Ngu Foncha et espéré Ahidjo, la division de la délégation occidentale avantageait l’Union camerounaise. La création du parti unique, qui prendra le nom de l’Union nationale camerounaise (Unc) se ferait sous les auspices d’un comité directeur provisoire (Cdp), dont la composition exprimait le rapport de force et les partages d’influence révélés par la réunion du 11 juin : 22 représentants de l’Union camerounaise, 4 du Kndp, deux du Cnpc et deux du Cuc. Au total, les 3 partis du Cameroun anglophone étaient représentés par 8 membres alors que l’Union camerounaise seul en comptait presque 3 fois plus. Chacun des 4 partis organisa d’abord la tenue de son congrès pour prononcer sa dissolution, et au début du mois de septembre 1966, naissait le parti unique, l’Union nationale camerounaise (Unc). La désignation des cadres du parti du côté du Cameroun occidental ne fut pas aisée, chaque leader des partis dissouts voulant légitimement être en pole position. Ahidjo dû effectuer un voyage à Buéa pour calmer le jeu, et au sortir des consultations, John Ngu Foncha recevait la vice-présidence du parti, Ekhah-Nghaky le poste de secrétaire politique adjoint, entre autres. Ahmadou Ahidjo naturellement gardait la tête du parti

Le président de la république fédérale entendait d’abord conquérir le Cameroun occidental par l’intermédiaire des hommes politiques locaux favorables à la centralisation.

Contrôle

Malgré le parti unique, le contrôle du Cameroun Occidental échappait encore à Ahidjo. La république fédérale du Cameroun était toujours comme une maison avec un salon et deux chambres. Si Ahidjo était au salon et contrôlait aussi ce qui se passait dans la chambre gauche, ce qui se faisait dans la chambre droite lui échappait totalement. Le Premier ministre anglophone ; Ngom Jua à l’époque, disposait d’une liberté d’action considérable, les structures, l’idéologie et les activités de l’Unc dans cette partie du pays étaient telles qu’on parlait encore de « système pluraliste unifié », que de véritable parti unique. L’autonomie, spécialement financière de l’aile ouest-camerounaise du parti était notable, ce qui n’était du goût d’Ahidjo. Faisant usage de son droit d’intervention dans les affaires partout dans le parti, en tant que président national, il allait favoriser les « fédéralistes » afin de parachever l’absorption de ce champ politique. Ce courant étant déjà surreprésenté dans le Comité directeur provisoire de l’Unc, l’élection au bureau politique de Effiom, un ancien du Cuc, lors du congrès de Garoua accentua cet déséquilibre. Les élections législatives de décembre 1967 permirent de parachever l’extinction complète de toute opposition interne. C’était la première consultation à candidature unique au Cameroun occidental, le résultat comptait donc moins que le choix du candidat investi par le parti, or la liste retenue faisait la part belle aux fédéralistes, qui ne trouvaient aucun inconvénient à l’union dans le fond. Au cours de ces élections, aucun problème particulier ne se posa au Cameroun oriental, le président de la république fédérale entendait d’abord conquérir le Cameroun occidental par l’intermédiaire des hommes politiques locaux favorables à la centralisation. Le Premier ministre  devant être désigné à l’issue des élections, Ahidjo, usant toujours de ses prérogatives de président du parti unique, pu sans grandes difficultés placer Salomon Tandem Muna à ce poste au Cameroun occidental au lendemain des consultations, au détriment de l’ancien Premier ministre Augustin Ngom Jua, éclaboussé par un scandale bancaire exhumé pour la cause, et accusé de pratiquer une politique tribaliste au moment où il était à la tête du Kndp dissout. Le nouvel homme, Tandem Muna, se mit à la tâche. Il intensifia immédiatement le processus d’unification et d’homogénéisation entre les deux Etats fédérés. Non seulement Ahidjo avait réussi à éteindre tous les partis politiques dans le Cameroun Occidental, mais en plus il venait d’y placer ses hommes dans les instances dirigeantes…La première marche vers l’unification venait d’être franchie…

source: François Bayard, L’Etat du Cameroun

A suivre

Roland TSAPI

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