Rdpc : la « justice » à double vitesse

Le parti est supposé incarner la moralisation, mais laisse prospérer en son sein la corruption et les détournements des deniers publics, tout en ayant la main lourde contre ceux des militants qui dénoncent

Peter Mafany Mussongue, président de la commission de discipline du parti

Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, parti au pouvoir, a exclu de ses rangs le professeur Pascal Charlemagne Messanga Nyamding, qui se réclame d’un militantisme assidu de 37 ans au moins. Ce qui est reproché à l’universitaire n’est pas clairement stipulé dans le document qui date du 20 avril 2022. Il est fait plutôt allusion à certains articles des statuts du parti, dont l’article 31 qui dit « Constitue une faute disciplinaire le fait par tout membre du parti de contrevenir aux objectifs du Parti défini à l’article 2 des présents statuts ou de refuser d’appliquer les décisions prises par ses organes.» Lesquels objectifs sont : « la recherche et la consolidation de l’unité, de l’intégration et de l’indépendance nationales, la promotion d’un système politique démocratique, le développement économique du Cameroun, la sauvegarde des libertés fondamentales inscrites dans la déclaration Universelle des droits de l’homme et dans la constitution de la République du Cameroun notamment l’égalité de tous devant la loi, la contribution à leur éducation civique et politique et à la promotion de leurs intérêts économiques et sociaux, la sauvegarde et la promotion des valeurs culturelles camerounaises notamment le bilinguisme, l’élaboration des orientations politiques et d’un programme d’action tendant à la recherche du bien-être de tous par le travail dans l’ordre, la paix et la démocratie, la recherche et la consolidation de l’Unité Africaine, la contribution à la libération totale de l’Afrique, la contribution à l’instauration d’un nouvel ordre mondial plus juste. »

On a gagné les élections, mais qu’est-ce qu’on en a fait, on a détruit le Cameroun disait-il. « Les 5 piliers du renouveau, je vous les donne : 1- rigueur. Où est la rigueur ? 2-Moralisation : avec les pilleurs à col blanc. 3-Justice sociale : vous pouvez dire qu’il y a la justice sociale au Cameroun aujourd’hui, alors que vous croyez que notre parti est solide, ils préparent l’après Biya.

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Messanga Nyamding serait donc allé à l’encontre de ces objectifs. L’homme est connu pour ses prises de position contre les prévaricateurs de la fortune publique, et soutient la thèse du complot scientifique qui explique que des stratagèmes sont mis en place et entretenus par les hommes proches du président de la république, avec pour objectif de saper ses actions, faire échec à sa politique, et le rendre impopulaire auprès des populations. Même si cela n’est pas dit, la goutte d’eau qui aurait exaspéré ses camarades, est sa sortie le 10 avril lors d’une émission télévisée, qui a déclenché sa convocation au conseil de discipline ad hoc du 13 avril dont le verdict a été son exclusion. On a gagné les élections, mais qu’est-ce qu’on en a fait, on a détruit le Cameroun disait-il. « Les 5 piliers du renouveau, je vous les donne : 1- rigueur. Où est la rigueur ? 2-Moralisation : avec les pilleurs à col blanc. 3-Justice sociale : vous pouvez dire qu’il y a la justice sociale au Cameroun aujourd’hui, alors que vous croyez que notre parti est solide, ils préparent l’après Biya. Les étudiants n’ont pas de bourse…regardez les compagnies, où est la Camair, le Fogape, le Fonader, le Crédit agricole, 37 ans après nous devons avoir honte 4- La démocratie. (ici le modérateur ne lui a pas permis de développer) 5- le rayonnement diplomatique : Allez voir nos ambassades aujourd’hui, c’est devenu des haut lieux où on vend des bâtons de manioc pour survivre…Les faux militants, qui ont occupé des grandes fonctions, c’est eux que nous militants du Rdpc devront poursuivre, on confond le bilan des voleurs au bilan du Rdpc » Ces déclarations auraient agacé les caciques du régime, ceux qui sont à l’opposé du progressisme biyaisme que défend Messanga Nyamding.

Mais pour un militant dont le crime est de crier haut et fort qu’il y a des camarades qui pillent les caisses de l’Etat, la commission de discipline est prompte à se mettre en place et statuer sur des affaires comme le « soutien aux enseignants en grève » ou « incitation de l’armée à la révolte. »

Délit de dénonciation ?  

Pascal Charlemagne Messanga Nyamding, victime de sa liberté de ton

Parlant de l’indiscipline, c’est-à-dire être auteur des actes contraires aux idéaux du parti, des anciens membres du gouvernement, des hauts militants du parti au pouvoir sont en prison, accusés ou condamnés pour détournement des fonds publics. Inoni Ephraïm, ancien Premier ministre, Edgard Alain Mebe’e Ngo, ancien ministre délégué chargé de la défense, Jean Marie Atangana Mebara, ancien secrétaire général à la présidence, Polycarpe Abah Abah ancien ministre des Finances, Urbain Olanguena Awono, ancien ministre de la Santé, Alphonse Siyam Siwe, ancien ministre des Mines, Marafa Hamidou Yaya, ancien secrétaire général à la présidence, Zacchaeus Mungwé Forjindam, ancien Directeur Général du Chantier naval et industriel du Cameroun, Roger Ntongo Onguéné, ancien directeur général des Aéroports du Cameroun, Gilles Roger Belinga, ancien directeur général de la Société immobilière du Cameroun, Emmanuel Gérard Ondo Ndong, ancien directeur général du Feicom, Mohammed Iya, ancien directeur général de la Sodecoton, et on peut en citer davantage. D’autres, après un séjour en prison, ont remboursé les sommes querellées, ont été libérés et ont repris une vie normale y compris dans le parti. C’est le cas de Haman Adama, ancienne ministre de l’Education de base. Détenue depuis janvier 2010 et accusée de détournement, a été libérée le 20 septembre 2013 après avoir remboursé la somme de 212,5 millions de francs cfa. Pour tous ces militants et bien d’autres, une commission de discipline ad hoc n’a jamais été mise sur pied pour les exclure du parti Rdpc pour indiscipline. Mais pour un militant dont le crime est de crier haut et fort qu’il y a des camarades qui pillent les caisses de l’Etat, la commission de discipline est prompte à se mettre en place et statuer sur des affaires comme le « soutien aux enseignants en grève » ou « incitation de l’armée à la révolte. »

Les animaux malades de la peste

L’affaire Messanga Nyamding ressemble au final, à tout point de vue à celle décrite par Jean de La Fontaine dans sa fable intitulée « les animaux malades de la peste. » Il y est question que chaque animal confesse ses péchés pour que le plus coupable soit puni et que l’on obtienne une guérison commune d’une peste qui n’épargne personne. Le lion qui confessa avoir dévoré les moutons inoffensifs, et même parfois le berger, fut déclaré saint et applaudi, de même que bien d’autres animaux. L’Ane vint à son tour et dit qu’il avait mangé une herbe parce qu’il avait faim. Et l’auteur de conclure : « A ces mots on cria haro sur le baudet. Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue, qu’il fallait dévouer ce maudit animal, ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal. Sa peccadille fut jugée un cas pendable. Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable ! Rien que la mort n’était capable d’expier son forfait : on le lui fit bien voir. Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

Roland TSAPI

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