Les pages de l’histoire : la traque du maquis…

En 1956, Pierre Messmer arrive au Cameroun, avec la ferme intention d’en finir avec l’Union des populations du Cameroun

Nous ne vivons pas seulement à notre époque. Nous portons toute notre histoire avec nous », disait Jostein Gaarder. L’évolution du monde impose que chaque peuple connaisse son passé, de quoi il a été fait pour mieux comprendre le présent, afin de savoir comment s’y prendre pour l’avenir. Le Cameroun, qui est assez difficile à comprendre de nos jours, a également eu un passé assez compliqué, qu’il importe de connaître, même par bribes. Feuilleter les pages de l’histoire devient donc un exercice impératif. Mongo Beti, dans son livre La France contre l’Afrique nous permet d’avoir une idée de ce qui se passait encore en 1956, 4 ans avant ce qui a été appelé l’indépendance. Le Cameroun oriental, comme beaucoup de pays africains, était à ce moment considéré comme un arrondissement de la France. Comme de nos jours le président de la république nomme un sous-préfet pour aller administrer un arrondissement dans lequel lui-même n’a jamais mis pied, les présidents français à cette époque nommaient les administrateurs appelés « Hauts commissaires » pour aller gérer les colonies, y compris le Cameroun oriental que l’Organisation des nations Unis lui avait demandé de regarder, après la défaite de l’Allemagne, seul pays ayant colonisé le Cameroun. Le 17 avril 1956 donc, Pierre Messmer arrive au Cameroun oriental comme Haut-commissaire en remplacement de Roland Pré dont les 17 mois d’administration  (du 2 décembre 1954 au 17 avril 1956) se sont soldés notamment par la recrudescence des violences et l’interdiction de l’Union des populations du Cameroun.

L’opération prévue est non seulement risquée mais illégale puisqu’elle doit se passer en territoire étranger. Mais le haut-commissaire donne son autorisation. Une nuit de juin 1957, un commando franchit la frontière et détruit le siège de l’Upc. Seul regret de Delauney, le principal chef indépendantiste en exil, Félix Moumié, est absent et échappe donc à la mort

Traquer les maquis

Pierre Messmer

Dans le livre de Mongo Beti, le chapitre consacré au Cameroun est intitulé « silence on tue », et à la page 58 ont lit : « Roland Pré est en effet parti : incarnant la répression, il lui était difficile de rester plus longtemps au Cameroun. L’homme qui lui succède est Pierre Messmer, futur ministre des Armées du général de Gaulle. Ce haut fonctionnaire, un ancien de l’École nationale de la France d’outre-mer, a une longue expérience des territoires coloniaux. Discipliné, rigoureux, il a été choisi par le socialiste Gaston Defferre, alors ministre de la France d’outre-mer…Certes, Messmer a été envoyé au Cameroun pour appliquer la politique libérale de Gaston Defferre, une politique qui, à terme, doit conduire à l’indépendance après une période d’autonomie interne. Mais le haut-commissaire n’est pas arrivé tout seul. Il est accompagné par un homme à poigne, Maurice Delauney, à qui il va confier le commandement de la région sud-ouest, là où existent des maquis indépendantistes. Disposant d’une vingtaine de pelotons de gendarmerie et d’un bataillon d’infanterie de marine, ce fonctionnaire est bien décidé à remettre de l’ordre dans la région. Avec le soutien total du haut-commissaire… il fit ce qu’il avait à faire. Entre temps, le haut-commissaire s’est adjoint les services d’un spécialiste de la guerre antirévolutionnaire : Daniel Doustin qui sera plus tard directeur de la DST, le contre-espionnage français. Ce policier, directement rattaché au haut-commissaire, est envoyé au sud du Cameroun pour épauler Delauney et en finir avec les maquis UPC. Quitte à recourir à des méthodes peu orthodoxes. Delauney, le premier, donne l’exemple : sachant parfaitement que les dirigeants les plus durs du mouvement indépendantiste ont trouvé refuge au Cameroun britannique et coordonnent l’action des maquis à l’abri de la frontière, il décide d’organiser une opération commando pour les déloger et si possible se débarrasser définitivement d’eux. L’opération prévue est non seulement risquée mais illégale puisqu’elle doit se passer en territoire étranger. Mais le haut-commissaire donne son autorisation. Une nuit de juin 1957, un commando franchit la frontière et détruit le siège de l’Upc. Seul regret de Delauney, le principal chef indépendantiste en exil, Félix Moumié, est absent et échappe donc à la mort.

L’opération militaire elle-même doit se dérouler en deux temps. Il s’agit d’abord d’obliger les populations à se regrouper dans des villages situés le long des grandes voies de communication afin de mieux les surveiller et les éloigner des maquis. Ensuite, après avoir procédé au quadrillage de la région, les maquis de l’UPC seront réduits par la force. Avec une priorité, même si ce n’est écrit nulle part, l’élimination physique de Ruben Um Nyobé…

Um Nyobé, mort ou mort

Delauney Maurice

Mongo Beti reprend ici les propos de Maurice Delauney lui-même dans le livre Un ambassadeur raconte de Robert Laffont publié en 1986 : « J’avisai le haut-commissaire de mon intention. Il approuva. Mais il me précisa que, si j’échouais, et surtout s’il se produisait quelques bavures, il ne pourrait en aucun cas me couvrir. C’était normal… Mais j’étais décidé à prendre le risque de mener à bien une opération qui se révéla hautement bénéfique. Il était en effet particulièrement tentant d’essayer de détruire un canoë situé à notre porte, d’où venaient le ravitaillement en armes et en munitions, et toutes les consignes et instructions distillées aux maquisards pour réaliser leurs actes de terrorisme. Par une belle nuit donc, quelques hommes décidés et sûrs, Français barbouillés au charbon et Camerounais, tous volontaires, arrivèrent à Bamenda, pénétrèrent au siège de l’Upc, incendièrent l’ensemble des bâtiments et mirent définitivement hors d’état de nuire quelques-uns des principaux responsables du parti. » Toutefois, continue Mongo Beti, cette action spectaculaire ne met pas fin aux activités du parti indépendantiste. Dans son maquis, Um Nyobé continue d’agir …Ses hommes multiplient les coups de force. Messmer, Delauney et Doustin décident de mettre fin à cette agitation. En décembre 1957, l’administration coloniale annonce la création de ce que l’on nomme pudiquement la « zone de pacification du Cameroun ». L’opération militaire elle-même doit se dérouler en deux temps. Il s’agit d’abord d’obliger les populations à se regrouper dans des villages situés le long des grandes voies de communication afin de mieux les surveiller et les éloigner des maquis. Ensuite, après avoir procédé au quadrillage de la région, les maquis de l’UPC seront réduits par la force. Avec une priorité, même si ce n’est écrit nulle part, l’élimination physique de Ruben Um Nyobé…

Roland TSAPI  

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