Législatives et municipales 2013 : le renouvellement de tous les problèmes

Les conseillers et les députés élus en 1993 sont-ils porteurs des malédictions ? Tout porte à le croire, tant le renouvellement pose de problèmes. La pression est pourtant forte de l’intérieur comme de l’extérieur

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Trois diplomates, un président.  C’est ainsi qu’on peut décrire la dernière image montrée par les agents de communication du Palais de l’Unité à Yaoundé. Le 27 novembre 2019 en effet, le président Paul Biya a reçu la visite de trois fonctionnaires internationaux à la fois.  Le Président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, la Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo, et la Secrétaire Générale du Commonwealth, Patricia Scotland.

Les informations officielles font état de ce que l’objectif  de la visite était de s’informer sur l’évolution de la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et sur la mise en œuvre des recommandations du Grand dialogue national organisé du 30 septembre au 4 octobre 2019. Cette version des faits est relayée par le site internet de la présidence de la république. D’après cette interface de communication, les trois diplomates ont eu un entretien d’une heure 15 minutes avec Paul Biya, et  globalement, il ressort de leurs impressions données à la presse au sortir du Palais,  que le Cameroun peut compter sur le soutien constant et l’accompagnement de l’Union africaine, de la Francophonie et du Commonwealth, dans ses efforts de résolution définitive de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Organisme de pression

Une question est de savoir quelles sont ces trois organisations dont les représentants sont arrivés au Cameroun ? L’union Africaine, anciennement appelée organisation de l’Unité africaine (Oua), c’est l’organisation continentale qui réunit à ce jour  55 pays africains, et qui veille entre autre à ce qu’il y ait de la paix dans tous les pays, en s’assurant que ces pays respectent les principes et les institutions démocratiques . Le Commonwealth of nation ou en français la communauté des nations, est une organisation intergouvernementale créée par la Grande Bretagne qui réunis 53 Etats, presque tous des anciens territoires britanniques. Elle fait la promotion d’une série de valeurs commune à ses membres comme l’égalité, la non-discrimination, la démocratie et la primauté du droit. L’organisation internationale de la francophonie quant à elle, est une instance créée par la France qui met ensemble les pays ayant en commun la langue française. En plus de faire la publicité de cette langue, elle est également fortement attachée à la paix, la démocratie et les droits de l’Homme.

Le dénominateur commun de ces trois organisations est donc la promotion de la paix, des valeurs démocratiques et le respect des droits de l’homme. Et l’autre question est : que font-ils ensemble au Cameroun ? Il faut déjà remarquer que schématiquement, ces trois organisations représentent la France, la Grande Bretagne et l’Afrique. Comme indiqué par les sources officielles,  ils sont venus « s’informer sur l’évolution de la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et sur la mise en œuvre des recommandations du Grand dialogue national»

Election et Code électoral

Mais tout le monde sait que la France, l’Angleterre et l’Union Africaine n’ont pas besoin de se déplacer pour Yaoundé pour avoir des informations sur la situation de la crise anglophone, car disposant des représentations assez introduites sur le territoire camerounais pour être au courant de la situation en temps et en heure. La vraie raison de la visite, ce n’est autre  chose que les élections locales annoncées pour février 2020. Ces organisations sont en effet inquiètes quant à l’issue de ces élections organisées dans des conditions actuelles.

En juillet 2019 l’on se rappelle, le Parlement Européen, dont sont membres la France et l’Angleterre, avait pris une résolution commune particulièrement dure sur le Cameroun. Outre la condamnation des violations flagrantes des droits de l’homme et des libertés politiques,  la résolution dans son point 9, exhortait le régime Camerounais à bâtir une véritable démocratie représentative et vivante, lui demandait à cette fin de convoquer tous les acteurs politiques pour procéder à une révision consensuelle du système électoral, afin d’en faire un processus libre, transparent et crédible. Demandait que cette révision soit effectuée avant toute nouvelle élection, afin de promouvoir la paix et d’éviter les crises postélectorales, invitait l’Union européenne à intensifier son assistance technique en faveur du Cameroun pour soutenir ses efforts de renforcement des procédures électorales dans le sens de la démocratie. 

Subtile pression

Si au Cameroun on a la mémoire courte, eux n’oublient pas et restent constant dans leurs démarches. Et ils sont venus simplement rappeler au président Paul Biya que cette résolution tient toujours, parce que le système électoral n’a pas encore été amélioré. Il n’est d’ailleurs pas anodin de remarquer qu’après avoir été reçu par le président de la république, la délégation a également rencontré Maurice Kamto et Joshua Osih, tous candidats à la dernière élection présidentielle. Il n’est pas non plus anodin de remarquer que cette délégation est arrivée au Cameroun trois jours après l’annonce faite par Maurice Kamto de ne pas prendre part à ces élections, de noter qu’après son arrivée, Cabral Libii a fait une sortie pour annoncer le retrait éventuel de son parti, si un délai supplémentaire n’était pas accordé  pour le parachèvement des dossiers de candidature. La sortie de Joshua Osih pour annoncer aussi que le Sdf prendra ses responsabilités si d’ici février 2020 la paix n’est pas revenue dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, rentre dans cette logique de pression désormais exercée tant de l’extérieur que de l’intérieur sur le pouvoir de Yaoundé par rapport à ces élections. Même si tous les autres acteurs politiques n’évoquent pas les mêmes raisons pour demander l’annulation des élections, il est constant que le cadre légal qui les encadre et les conditions sécuritaires sont loin de faire l’unanimité.

Les trois diplomates du Palais de l’Unité,  les menaces réelles  et éventuelles de boycott vont-ils faire plier le régime ? la question reste posée, mais en attendant il est permis de constater que le renouvellement des conseillers municipaux et des députés élus en 2013 est devenu un véritable casse-tête chinois pour le président Paul Biya. Après deux prorogations de leurs mandats, l’organisation de l’élection s’avère toujours être une patate chaude, et aucun gang ne semble aider à la tenir.

Roland TSAPI

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