Jif 2022 : l’enseignante, condensée des droits violés de la femme

Clochardisée tout comme ses collègues hommes, elle est au Cameroun le symbole de la femme sans droits, l’Etat étant devenu un bourreau

La 37eme édition de la journée internationale de la femme se célèbre ce 08 mars 2022, sous le thème « égalité des sexes aujourd’hui pour un avenir durable » retenu par l’Organisation des nations Unis. Il faut se rappeler que cette journée a été instituée en mémoire de la lutte pour le respect de la femme en tant qu’être humain dans l’ensemble, et comme sexe vulnérable dont certains droits sont déniés, bafoués, faisant d’elle une victime. L’édition 2022 se célèbre au Cameroun au moment où la femme enseignante crie sa douleur d’être maltraitée dans l’exercice de ses fonctions. Depuis le 21 février 2022 en effet, elle est au premier plan dans les revendications de son corps de métier, transformée par l’Etat en un corps de la souffrance. Au tout début de cette crise, on a entendu la femme enseignante dire haut et fort ce qu’elle endure en silence dans ce métier supposé être noble et respectueux. Parce qu’elle est enseignante, elle est devenue la risée des tenanciers des boutiques dans les quartiers, où au fil des mois elle est endettée parce que mal traitée par son employeur qui est l’Etat. Cet État, aujourd’hui tenu par des dirigeants qui ont leur priorité ailleurs, et qui ont laissé l’éducation s’enfoncer dans les profondeurs abyssales de la médiocrité. Ces dirigeants qui ne mesurent toujours pas l’ampleur de la douleur qu’ils infligent aux femmes, les premières touchées quand les enfants ne vont pas à l’école, où y vont pour ne rien faire.

Le ministre Nalova Lyonga, en se taisant devant l’injustice que subissent les femmes enseignantes en particulier et les enseignants en général, se rend complice, et ce ne sont pas des morceaux de tissus de pagne distribués à quelques-unes à cette occasion de la journée internationale de la femme ; qui va absoudre ces crimes. Quand la solidarité gouvernementale prime sur le bien-être des populations, on a plus à faire à un gouvernement pour le peuple, mais contre le peuple.

Pauline Nalova Lyionga, dépassée?

Le droit à l’intégrité morale des femmes est ainsi piétiné au quotidien, et dans le cas d’espèce, dans un département ministériel tenue par une femme Nalova Lyonga. A moins qu’elle-même ne soit en train de subir le martyr au sein du gouvernement, il n’est pas compréhensible que le sens maternel n’ait pas pris le dessus en elle, pour qu’elle veille à ce que les enseignantes touchent leur pitance après avoir corrigé les examens depuis juin 2021 au lendemain des délibérations. Et même si elle subissait le martyr, ne serait-ce pas l’occasion pour elle de se lever comme Rosa Parks, cette femme noire, qui en 1955, dans une Amérique déchirée par la ségrégation raciale, refuse de céder sa place dans un bus à un passager blanc à Montgomery dans l’Etat d’Alabama. Arrêtée par la police et condamnée à une amende, elle fait appel et son jugement est devenu le déclic d’un mouvement national de défense des droits civiques. Le ministre Nalova Lyonga, en se taisant devant l’injustice que subissent les femmes enseignantes en particulier et les enseignants en général, se rend complice, et ce ne sont pas des morceaux de tissus de pagne distribués à quelques-unes à cette occasion de la journée internationale de la femme ; qui va absoudre ces crimes. Quand la solidarité gouvernementale prime sur le bien-être des populations, on a plus à faire à un gouvernement pour le peuple, mais contre le peuple.

Et pour cela, vaut mieux rester une femme. Et jouer de ses qualités de femmes sans tenter de singer l’homme qui lui-même à maille à partir avec les défis sociaux de notre temps auxquels il est confronté. Ne dit-on pas que la femme est l’avenir de l’homme? » Et pour parvenir à relever ces défis, la femme, disons la femme enseignante puisqu’elle symbolise dans ce contexte la lutte, doit déjà bénéficier de l’Etat qui l’emploi, du minimum de considération, d’un traitement non dégradant et inhumain, comme l’indique la Constitution

Défis

Des enseignantes lors d’une manifestation. Porter le pagne suffit-il?

Pourtant, comme le dit Gaëlle Moudio Ndedi, le contexte de notre temps est particulièrement trouble. Et la femme camerounaise prise au carrefour de traditions contradictoires et de cultures diverses doit garder la tête froide, se montrer résilience et combative, au vu des défis qui l’attendent. D’après la journaliste de la Crtv, « Fini le temps où elle pouvait naïvement se reposer sur l’empathie et la galanterie masculine dont le je-ne-sais-quoi de paternalisme dérange. La femme camerounaise de 2022 doit gagner son autonomie financière et intellectuelle. Se faire sa propre idée des choses, construire son chemin, et avoir les moyens de sa politique. Dans ce commerce égalitaire qui s’installe dans la société, la femme ne peut plus se permettre de venir les poches et la tête vide. “Je ne sais pas”, et “faisons comme tu veux” ne sont plus des réponses acceptables. Elle doit être une force de proposition sûre. La femme camerounaise doit également se mettre résolument en lice pour diriger. A même qualification et parcours les femmes nombreuses et compétentes au bas de la pyramide, deviennent introuvables au fur et à mesure qu’on grimpe. Il en est ainsi dans la structure professionnelle aussi bien que dans la structure politique. Des bastions comme la préfectorale ont été pris, mais de nombreux autres comme le gouvernorat restent imprenables. La femme doit encore conquérir le respect. Le respect de ses compétences pour être rémunérée au même titre que l’homme pour le même service, le respect de sa personne pour ne plus être harcelée, insultée, violentée, violée par le premier venu. Et ce souvent sans réelles conséquences pour le bourreau. Un bourreau qui est donc libre et à qui il est loisible de recommencer à  l’envie. Confrontée à une société où elle se retrouve de plus en plus en monoparentalité, la femme doit pouvoir se mettre en mode dépassement de fonction pour être une maman à plein temps, et suppléer le papa déficient, ou absentéiste. Ce qui suppose, prendre soin des enfants, payer les factures, donner la tendresse, mais aussi imposer le respect et l’autorité. Une femme plus que jamais donc multitâche. Un autre défi de la femme aujourd’hui et non des moindres, c’est de trouver le temps et la force pour prendre soin d’elle-même. De son corps, de son esprit,  et surtout de sa santé mentale mise à rude épreuve par tous les autres défis qui se dressent sur son chemin. Et pour cela, vaut mieux rester une femme. Et jouer de ses qualités de femmes sans tenter de singer l’homme qui lui-même à maille à partir avec les défis sociaux de notre temps auxquels il est confronté. Ne dit-on pas que la femme est l’avenir de l’homme? »  Et pour parvenir à relever ces défis, la femme, disons la femme enseignante puisqu’elle symbolise dans ce contexte la lutte, doit déjà bénéficier de l’Etat qui l’emploi, du minimum de considération, d’un traitement non dégradant et inhumain, comme l’indique la Constitution 

Roland TSAPI  

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