Jeunesse : Paul Biya et l’emploi jeune

Les jeunes sont toujours à la recherche du travail, le président de la république leur fait des promesses d’emploi

« Mes chers jeunes compatriotes, je ne saurais terminer ce message sans vous redire combien vos problèmes me tiennent à cœur, et ma détermination ainsi que celle du Gouvernement à y apporter des solutions. Car, votre avenir en dépend et partant, celui de la Nation tout entière. » Telle est la fin du discours du président Paul Biya à la jeunesse en 2022. Et l’un des plus sérieux problèmes des jeunes au Cameroun, c’est l’absence de travail, donc l’oisiveté qui les expose à tous les fléaux observés. A ce sujet, il n’est pas superflu de rappeler cette citation de Voltaire : « le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin ». À ce sujet, le président a rassuré la jeunesse que « Grâce à une bonne maîtrise de notre économie, il a continué la mise en place du Plan Triennal Spécial-Jeunes, qui a permis le financement de 8430 projets, 119 clusters économiques, 132 villages pionniers de seconde génération ainsi que la création de près de 22.000 emplois directsDans quels secteurs autant d’emplois ont-ils pu être créés, le chef de l’Etat ne précise pas, et il faut ici faire la différence entre les emplois créés et les recrutements dans la fonction publique, le parapublique ou dans le privé. Le chef de l’Etat précise cependant que « toujours en matière d’emplois, d’énormes efforts sont consentis chaque année pour en créer et permettre ainsi aux jeunes d’intégrer le monde du travail. C’est ainsi que, grâce à la politique de promotion de l’emploi des jeunes, inscrite dans le Plan d’Action Prioritaire à l’horizon 2030. Il est prévu la création de 600.000 emplois par an, avec l’implication des Collectivités Territoriales Décentralisées. »

des jeunes à la recherches du travail

Déjà, s’il est prévu la création de 600 000 emplois par an dans le plan d’action prioritaire, cela veut dire que le gouvernement doit encore 578 000 emplois aux jeunes pour l’année écoulée, si l’on déduit les 22 000 annoncés comme effectifs. Surtout que la création de ces 600 000 emplois annuel, comme il le dit devraient se faire avec l’implication des Collectivités territoriales décentralisées, à savoir les communes et les régions. Et on sait que les régions par exemple sont mises en place depuis bientôt deux ans, et ont même bénéficié pour l’année 2021 de 3 milliards de francs Cfa chacune, pour le fonctionnement. Le président de la république promet que « ces actions vont s’intensifier avec la mise en place du Conseil National de l’Emploi, qui est appelé à apporter des solutions nouvelles, visant à inverser la courbe du chômage et à améliorer la productivité de nos entreprises. » A raison, car la situation est bien plus alarmante qu’il ne le fait croire. Selon l’Institut national de la statistique du Cameroun, le taux de chôme a augmenté de 6,1 % en 2021 par rapport à l’année 2020. On parle ici d’augmentation de 6,1%, c’est-à-dire que ce chiffre s’est ajouté à celui déjà existant, qui a été aggravé en 2020 par la survenance du corona virus, à l’origine selon l’Observatoire national de l’emploi et de la formation professionnelle (Onefop), du licenciement de 11 270 employés par les entreprises. En 2021 précise l’Ins, le taux de sous-emploi global est de 65%, en baisse de 4 points par rapport à 2020.

La jeunesse a besoin du travail, et pas de l’emploi. Beaucoup de jeunes camerounais, peut-être même un peu plus que le chiffre avancé dans les discours, sont employés, mais très peu travaillent. Travailler dans le sens défini par l’Organisation international du travail, pour laquelle cette notion résume les aspirations de tout travailleur à exercer un travail productif et convenablement rémunéré, assorti de conditions de sécurité sur le lieu de travail et d’une protection sociale pour sa famille.

Travail et emploi

En plus de ce gap pour ce qui est de la situation de la jeunesse, cette dernière est complètement perdue quand elle entend les chiffres avancés, et se demande parfois dans quel pays cela se passe. En réalité une confusion est volontairement entretenue dans les esprits entre les termes emploi et travail. La jeunesse a besoin du travail, et pas de l’emploi. Beaucoup de jeunes camerounais, peut-être même un peu plus que le chiffre avancé dans les discours, sont employés, mais très peu travaillent. Travailler dans le sens défini par l’Organisation international du travail, pour laquelle cette notion résume les aspirations de tout travailleur à exercer un travail productif et convenablement rémunéré, assorti de conditions de sécurité sur le lieu de travail et d’une protection sociale pour sa famille. Elle suppose une égalité de chances et de traitement pour les femmes et les hommes. La Constitution du Cameroun prévoit aussi que toute personne a droit à un travail décent, en mesure de lui permettre de faire vivre sa famille. Ce qui n’a rien à voir avec l’emploi, dans la réalité. La Coupe d’Afrique des nations a créé beaucoup d’emplois, mais a donné du travail à très peu. Les entreprises commises pour la réalisation de bon nombre de marchés dans ce cadre, ont recrutés des milliers de jeunes camerounais, mais pour des tâches précises et des durées déterminées. Encore que même là, ces chantiers ont été en permanence secoués par des mouvements d’humeur de ces employés qui réclamaient le minimum, accusant parfois l’administration du travail de complaisance et d’intelligence avec les employeurs de fortunes. Ils sont nombreux des jeunes camerounais, qui sortent de chez eux chaque jour soit disant pour aller au travail, tout en étant tenaillés par l’angoisse et l’incertitude, ayant vu d’autres collègues partir sur un coup de tête, chassés comme des chiens du lieu du travail. D’autres arrivent même parfois et s’entendent dire par le vigile que le patron a donné instruction de ne pas les laisser entrer.

Promesses

Les jeunes ont besoin du travail, pas de l’emploi. D’autres ont besoin d’un peu de justice et d’équité pour se lancer dans les affaires ou monter des start-up sans être harcelés par le fisc ou contraints de « bien parler » dans les bureaux administratifs pour faire avancer tel dossier ou obtenir tel agrément. Ces problèmes, les jeunes les rencontrent depuis l’aube des temps, avec une aggravation depuis l’ère du renouveau. En 2022, l’homme du renouveau, après 39 ans de règne, redit à la jeunesse combien ses problèmes le « tiennent à cœur », et sa détermination ainsi  que celle du Gouvernement à y apporter des solutions. Cette promesse vaut-elle mieux que celles des années précédentes ? En attendant, on ne doit pas perdre de vue que le discours du chef de l’Etat rentre dans le cadre de ses actions d’homme politique, et que les promesses politiques n’engagent que ceux qui les reçoivent, et y croient.

Roland TSAPI

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