Jeunesse : exposée aux mauvais exemples

La célébration de la jeunesse sera marquée cette année par des slogans, alors que dans la vie pratique des agissements quotidiens contribuent à décourager cette même jeunesse

La 56eme édition de la fête de la jeunesse au Cameroun s’est officiellement ouverte la 31 janvier 2022, après le point de presse du ministre Mounouna Foutsou de la Jeunesse et de l’Education civique tenue le 27 janvier à Yaoundé, au cours de laquelle il a dévoilé le thème et les articulations. « Jeunesse et participation volontaire aux grands défis du Cameroun » est l’idée guide. Le 02 février 2022 se tiendra à Kousseri, un forum intergénérationnel sur la paix et le vivre ensemble dans la vallée du Logone qui discutera du : « Dialogue social et intergénérationnel, garant de la cohabitation pacifique et du vivre ensemble harmonieux entre les communautés », et un carrefour du vivre ensemble, avec des interventions des autorités traditionnelles, religieuses et des experts du domaine, afin de sensibiliser les communautés sur le vivre ensemble harmonieux et de prévenir les éventuels conflits récurrents dans cette zone. Le lancement officiel du Programme National d’Education Civique par le Réarmement Moral, Civique et Entrepreneurial (PRONEC-REAMORCE), pour sa part, aura lieu le 03 février 2022 à Logone Birni. Ce document, récemment validé en 2021 par toutes les parties prenantes, est un instrument pédagogique d’éducation civique, morale et entrepreneuriale adapté et répondant aux besoins actuels de toutes les couches de la population. Il propose des réponses appropriées aux actes inciviques actuels observés dans les structures scolaires, universitaires, extrascolaires et dans les milieux socio-professionnels, afin de parvenir à la « République Exemplaire » voulue par le président Paul Biya, peut-on lire dans les textes explicatifs.

Certains jeunes ont dû céder leurs places aux privilégiés de la liste venue d’en haut. Est-ce à ces jeunes retirés des rangs, qu’on viendra par la suite tenir le discours du vivre ensemble ? Il ne passera pas, car ils ont une autre expérience, celle de l’exclusion.

Discours contre pratique

Mounouna Foutsou, Minjec

Dans l’ensemble, les activités prévues et les sujets à débattre au cours des rencontres sont pavées de bonnes intentions. Comme chaque année d’ailleurs. A la différence que les gouvernants, qui sont à la manœuvre pour la construction de la république exemplaire de Paul Biya, oublient toujours que la jeunesse copie plus qu’elle n’obéit, elle s’inspire plus des agissements des aînés que de leurs discours. Qu’est-ce que le gouvernement et les tenants du pouvoir ont en effet donné à voir à la jeunesse les derniers jours précédant cette édition de la fête qui leur est dédiée? La 33eme édition de la Coupe d’Afrique des nations de football, organisée sur le sol camerounais du 9 janvier au 6 février aurait pu être prétexte pour captiver positivement l’attention de la jeunesse, avec des actes exemplaires. Il y en a certainement eu, mais entachés par d’autres plus frappants et plus médiatisés, que la jeunesse retiendra plus vite que les discours sur le réarmement moral et le vivre ensemble. Elle a appris à l’occasion de cette Coupe d’Afrique, que le gouvernement camerounais a débloqué des caisses de l’Etat des millions de francs Cfa pour payer des billets d’avion en classe affaire à des femmes habitant en France pour faire la promotion de l’évènement. Au frais de l’Etat, elles étaient logées à l’hôtel Mont Fébé à Yaoundé, d’où elles multipliaient des vidéos distribuées sur les réseaux sociaux, faisant la promotion soit de l’immoralité, soit de la haine tribale, le tout couronné par un outrage clair au chef de l’Etat. Sans doute excédé par les attitudes de ces dernières qui multipliaient les ratés, le gouvernement les a remis nuitamment dans un avion pour les ramener en France. La jeunesse, qui n’a raté aucun épisode de cette série à la camerounaise avec le scénario écrit directement dans le bureau attenant à celui du président de la République, a bien compris qu’elle est moquée.  Cette jeunesse, à laquelle il suffisait de donner le 10eme de cet argent dilapidé, un ordinateur et une connexion internet, pour qu’elle fasse la vraie promotion de la Coupe d’Afrique des nations. Elle en est capable, elle a la volonté, mais pas les moyens. Toujours dans le sillage de cette Coupe d’Afrique des nations, la jeunesse avait été sollicitée pour le volontariat dans les stades. Certains ont eu la chance d’être retenus à l’issue des sélections.  Pour le comité local d’organisation de la ville de Bafoussam, 200 jeunes avaient été retenus et suivaient des entrainements depuis deux jours, qu’une liste des vrais retenus est venue de Yaoundé. Certains jeunes ont dû céder leurs places aux privilégiés de la liste venue d’en haut. Est-ce à ces jeunes retirés des rangs, qu’on viendra par la suite tenir le discours du vivre ensemble ? Il ne passera pas, car ils ont une autre expérience, celle de l’exclusion.

Montrez-leur qu’un serviteur de l’Etat peut faire son travail dignement, ne pas confondre les caisses de l’Etat avec ses revenus, c’est cela aussi qu’elle retiendra. Ne leur dites plus « faites ce que je dis, pas ce que je fais », car elle fera exactement le contraire, c’est-à-dire ce que vous faites, et non pas ce que vous dites. « Prêcher par l’exemple » est un dicton aussi vieux que le monde

Prêcher par l’exemple

L’une des méthodes les plus efficaces en pédagogie, est le learning by doing, l’apprentissage par la pratique. Et il est établi qu’environ 90% de ce que l’homme garde comme connaissance, qui forge sa personnalité et influence son attitude dans la vie, est acquis par la pratique, 10% par la théorie. Il est même établi que certains experts de certains domaines ne le sont devenus que par la pratique, ils n’ont jamais fait la théorie. Ils ont appris en regardant les autres faire, en exerçant au quotidien et pendant des années. La formation de la jeunesse camerounaise ne saurait déroger à la règle. Former la jeunesse pour une république exemplaire, c’est avoir des attitudes exemplaires, parce que ce sont ces attitudes et ces comportements qu’elle copie. Montrez leur qu’au lieu de s’appliquer aux études pour devenir entrepreneur demain, elle peut s’adonner à des vulgarités dans les réseaux sociaux et bénéficier de l’attention de l’Etat qui paye des billets d’avion et le séjour dans les hôtels huppés, c’est cela qu’elle retiendra. Montrez-leur qu’un serviteur de l’Etat peut faire son travail dignement, ne pas confondre les caisses de l’Etat avec ses revenus, c’est cela aussi qu’elle retiendra. Ne leur dites plus « faites ce que je dis, pas ce que je fais », car elle fera exactement le contraire, c’est-à-dire ce que vous faites, et non pas ce que vous dites. « Prêcher par l’exemple » est un dicton aussi vieux que le monde

Roland TSAPI 

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