Institutions : l’honneur en péril

Le sens de l’honneur est un caractère en principe partagé par les personnalités publiques à travers le monde, et en politique plus qu’avec de rigueur, au regard de l’incarnation de la morale publique. Au Cameroun les personnalités semble avoir banalisé ce sens de l’honneur, et au quotidien ils sont trainés dans la boue de l’opinion sa se soucier outre mesure.

Boris Johnson, ancien Pm Britannique

En grande Bretagne, le premier ministre Boris Johnson a démissionné le 7 juillet 2022. Un article de la British broadcasting corporation datant du même jour revient sur les raisons qui ont entraîné la chute de celui qui en 2019 a conduit le parti conservateur à une victoire écrasante, qui lui a conféré le poste de Premier ministre. 5 raisons sont ainsi évoquées par la Bbc. 1- L’affaire Chris Pincher, un député du parti de Boris Johnson, qui s’est rendu le 29 juin dans un club privé de Londres. Selon ses propres termes, il a “bu beaucoup trop” et “s’est mis dans l’embarras”. Il a été accusé d’avoir peloté deux hommes, ce qui a conduit à une vague d’allégations, certaines remontant à des années. Sauf que Boris Johnson, parfaitement au courant que ce dernier traînait déjà des casseroles, l’avait nommé chef de file adjoint des conservateurs. 2- Le partygate : En avril 2022, le Premier ministre a été condamné à une amende pour avoir enfreint les règles de confinement, après avoir assisté à un rassemblement le jour de son anniversaire en juin 2020. Il s’est également excusé d’être allé à une soirée baptisée « apportez votre propre alcool » dans le jardin du Downing Street lors du premier confinement. 3-Le coût de la vie et une hausse des impôts. L’inflation a fortement augmenté en 2022 pour atteindre 9,1 %, avec une hausse des prix du pétrole et du prix des denrées alimentaires. Même comme de nombreuses raisons échappaient au contrôle de Boris Johnson, comme l’opération militaire russe en Ukraine, la responsabilité lui était entièrement imputée, car il aurait dû anticiper et empêcher que les populations ne souffrent. 4- La suspension d’Owen Paterson. En octobre 2021, un comité de la Chambre des communes a recommandé une suspension de 30 jours pour le député conservateur de l’époque, Owen Paterson. Le comité a déclaré qu’il avait enfreint les règles du lobbying, pour essayer de profiter aux entreprises qui l’avaient payé. Mais les conservateurs – menés par le Premier ministre – ont voté pour suspendre sa suspension et ont mis en place un nouveau comité pour examiner la manière dont les enquêtes étaient menées. Après un tollé, Owen Paterson a fini par démissionner et Boris Johnson a admis plus tard qu’il avait “accidenté la voiture” dans sa gestion de l’affaire. Mais ce soutien à un homme en disgrâce avait également été bien pris en compte dans l’opinion. 5, le manque de concentration et d’idées. Boris Johnson avait remporté sa majorité en 2019 grâce à une politique claire et facile à suivre – Get Brexit Done (Réussir le Brexit). Mais depuis lors, estiment ses détracteurs, il y a un manque de concentration et d’idées à Downing Street. Son ex-conseiller devenu critique en chef, Dominic Cummings, l’a accusé à plusieurs reprises d’être un caddie incontrôlable, virant d’un poste à l’autre. D’autres ont remis en question la philosophie du Premier ministre – ou, en fait, s’il en avait une. En juin, le député conservateur et ancien ministre Jeremy Hunt a accusé Boris Johnson de manquer “d’intégrité, de compétence et de vision”. En fin de compte, le Premier ministre a déclaré qu’il ne subirait pas de “transformation psychologique”, et a rendu son tablier. En résumé, le Premier ministre britannique Boris Johnson, en poste depuis le 24 juillet 2029, soit pendant trois ans, a remis son tablier le 7 juillet 2022 pour ce qui serait appelé au Cameroun des broutilles. A savoir que l’un de ses ministres est accusé d’avoir trop bu dans un bar, que lui-même a organisé une fête pendant le confinement, que le coût de la vie est devenu trop cher, qu’un député de son parti a usé de sa position pour profiter des avantages financiers auprès de certaines entreprises, enfin que lui-même est critiqué pour manque d’idées pour sortir le pays de la crise

Une personnalité comme le SgPr, délégataire d’une signature permanente du Président de la république, devrait avoir les moyens d’empêcher que certaines choses n’arrivent qui ternisse son image et par-delà discrédite le pouvoir, mais quand elles arrivent quand même, elle devrait en tirer toutes les conséquences.

La « peau de canard » camerounaise

Ferdinand Ngog Ngoh, accablée de tout côté

Au Cameroun, il n’est pas Premier ministre, mais il est le Secrétaire général de la présidence de la république. Il n’a pas été élu, mais il bénéficie d’une délégation permanente du président de la république, qui lui permet de signer en lieu et place de ce dernier, jouant ainsi le rôle du chef suprême de l’Etat. Le Cameroun étant sans le dire, parvenu à un régime à la Grande Bretagne, où le roi règne mais ne gouverne pas, cette responsabilité étant déléguée. Au Cameroun, cette personnalité à laquelle la gestion du pouvoir a été déléguée, le Secrétaire général à la présidence de la république Ferdinand Ngon Ngoh, n’est pas seulement citée dans les scandales- Covidgate, Cangate, le pays ne connaît pas seulement la hausse des prix des denrées, y compris la pénurie, mais il en est arrivé au point d’être recherché par la justice, selon les nombreuses informations persistantes sur l’émission d’un mandat d’amener par le Tribunal criminel spécial en son encontre. Ce après avoir en vain attendu des réponses aux questions des enquêteurs, et après qu’il ait manqué de se présenter à une convocation physique des mêmes enquêteurs. Une  personnalité comme le SgPr, délégataire d’une signature permanente du Président de la république, devrait avoir les moyens d’empêcher que certaines choses n’arrivent qui ternisse son image et par-delà discrédite le pouvoir, mais quand elles arrivent quand même, elle devrait en tirer toutes les conséquences. Quand un pays perd l’honneur à partir du sommet, que lui reste-t-il ? Ailleurs, dans certains pays, les hommes publics, même au plus profond du vice et du cynisme, se débrouillent encore à préserver la morale publique, et démissionnent de leurs fonctions dès qu’une rumeur de scandale liés aux bonnes mœurs circulent sur leurs personnes. Et quand la justice commence à s’intéresser à eux, ils rendent leurs tabliers pour se mettre à la disposition de celle-ci et aider à rétablir la vérité. Il est vrai qu’un ministre de la république, Jean de Dieu Momo déclarait que démissionner est une affaire des blancs, trahissant ainsi la culture de la « peau de canard » qui est en vogue dans le système, mais il n’en demeure pas moins vrai aussi, ce que disait l’artiste humoriste Dave K Moktoï, de manière visionnaire, avec humour certes mais très au sérieux : « Il faut savoir quitter les choses, avant que les choses ne vous quittent. » C’est une question d’honneur, que rappelle le refrain de l’hymne nationale « Chère patrie, terre chérie, Tu es notre seul et vrai bonheur, notre joie et notre vie, A toi l’amour et le grand honneur ! »

Roland TSAPI

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