Insécurité urbaine : l’effet boomerang

L’insécurité dans les villes camerounaises, qui se manifeste de manière sporadique par des incursions des « microbes » ou par le phénomène de retour, en plus des agressions classiques, est entretenue par les autorités locales qui ferment les yeux sur des indices et élément porteur de violence. Ce qui arrive souvent n’est dès lors qu’un juste retour.

Une scène d’insécurité urbaine

La ville de Douala est traversée depuis le 12 décembre 2022 par une vague de violence, avec pour principaux acteurs des jeunes. Dans un communiqué daté de ce jour, le directeur de l’hôpital Laquintinie informe l’opinion nationale et internationale qu’un « groupe de jeunes individus identifiés comme ceux du quartier Makéa dans le 2ème arrondissement ont fait irruption dans une violence indescriptible dans l’enceinte de l’hôpital emportant à leur passage la dépouille d’un des leurs décédé suite à une altercation avec les forces de maintien de l’ordre.» Le lendemain 13 décembre, le phénomène des « microbes » a pris le relais, une forme d’agression publique menée par une horde de jeunes équipés d’armes blanches, qui se déplacent dans une zone ciblée et opèrent avec violence. Plusieurs quartiers de la ville et lieux de commerce ont été tenus en respect par leur présence réelle ou supposée, toujours est-il que connaissant leur mode opératoire, les populations ses sont rangées à la simple rumeur. La ville de Douala fait ainsi face une fois de plus à l’insécurité urbaine, qui n’est à bien y voir qu’un juste retour, un effet boomerang, car le lit de l’insécurité est dressé depuis longtemps et chaque jour bien aménagé par les diverses autorités publiques. Toutes les conditions sont en effet réunies à Douala comme dans toutes les villes du Cameroun pour l’insécurité, qui interpellent d’abord les forces de maintien de l’ordre, ensuite les autorités administratives et enfin les autorités municipales.

De même, tous les kiosques installés le long des trottoirs, les petites boutiques du quartier et même les ambulants, vendent du whisky en sachet, malgré l’arrêté conjoint d’interdiction de vente signé des ministres de la Santé publique, du Commerce et celui de l’Industrie en septembre 2014, qui donnait aux producteurs locaux 24 mois pour se conformer à cette règlementation et épuiser leurs stocks.

Responsabilité

Ce n’est plus un secret, que la ville est en proie à la prolifération des drogues, dont font partie l’alcool et le cannabis, par exemple, qui sont des substances appelées « psychoactives ». Une fois absorbées dans l’organisme, ces substances modifient une ou plusieurs fonctions du corps et du système nerveux central, et procure surtout un sentiment d’invincibilité et de supériorité. Les jeunes auteurs des violences sont le plus souvent sous les effets de ces substances. Les forces de maintien de l’ordre qui détiennent le renseignement sont généralement au courant de l’existence des fiefs où se vendent et se consomment les drogues. Sous les échangeurs en ville, sous les ponts, dans des débits de boissons spécialisés, et autres, mais elles sont soupçonnées plutôt de les entretenir et de fermer l’œil. Elles font des patrouilles nocturnes, au cours desquelles au lieu de veiller à la fermeture des débits de boisson, procèderaient plutôt à une taxation en règle.  Les détenteurs des débits de boisson connaissent d’ailleurs leurs tarifs en fonction de la position et de la fréquentation. L’entente délictueuse entre les deux parties a ainsi rendu caduque le décret n° 90/1483 du 9 novembre 1990 fixant les conditions et les modalités d’exploitation des débits de boissons, qui détermine les horaires d’ouverture et de fermeture des débits de boisson de 6h à 21h pour les ventes à emporter et de 6h à 00h pour les ventes à consommer sur place.

Une maison abandonnée, où se préparent souvent les actes de violence

D’autres activités préparatoires à la violence urbaine, ce sont les jeux de hasard à ciel ouvert. Les autorités administratives les tolèrent aussi, ils ferment les yeux sur des machines de jeux servant par ailleurs de collecte des pièces de monnaie, qui sont installées dans les carrefours et fonctionnent de jour comme de nuit au vu et au su de tous. Le sous-préfet de Douala Veme par exemple, sorti de son bureau de jour ou de sa maison de résidence de nuit, ne fait pas 200 mètres de distance pour rallier le lieu-dit carrefour Kotto, où pullulent les machines de jeux autour desquelles sont agglutinés des jeunes. De même, tous les kiosques installés le long des trottoirs, les petites boutiques du quartier et même les ambulants, vendent du whisky en sachet, malgré l’arrêté conjoint d’interdiction de vente signé des ministres de la Santé publique, du Commerce et celui de l’Industrie en septembre 2014, qui donnait aux producteurs locaux 24 mois pour se conformer à cette règlementation et épuiser leurs stocks. Depuis septembre 2016, officiellement au Cameroun on ne vend pas cette substance. L’autorité administrative le sait, et laisse faire. Quant à l’autorité municipale, elle entretien les refuges où se font les préparations dangereuses. Les chantiers abandonnées qui constituent des cachettes, l’insalubrité générale dans les villes, la broussaille qui parsèment les rues et les quartiers, l’absence d’éclairage public etc…

Et dans tous les pays, la règle reste la même : comme on fait son nid, on se couche. Si les gouvernants préparent le lit de l’insécurité en laissant prospérer tous les facteurs qui y conduisent, ils devront s’attendre, qu’elle éclate au visage un jour où l’autre. La poussée démographique ne leur facilitant pas la tâche, les dirigeants ne peuvent éternellement passer le temps à courir après les évènements, sur lesquels une simple conscience professionnelle aurait permis d’anticiper.

Menace

La problématique de l’insécurité urbaine n’est pas propre au Cameroun, celle de la délinquance non plus.  Les villes les plus huppées du monde ont leur côté sale qu’on appelle les bidonvilles, désignés comme les foyers de l’insécurité, et il existe des bidonvilles devenus célèbres dans la vente et la consommation des drogues et autres substances incitant à la violence. Le quartier Harlem dans l’Etat de New-York aux Etats Unis en est un exemple. Et le phénomène de « bidonvillisation » touche tous les continents, des plus développés comme l’Europe à ceux en voie de développement comme l’Afrique ou l’Asie. Selon les estimations du Programme des Nations unies pour les établissements humains (Pnueh, également appelé Onu-Habitat), d’ici à 2030, la population des bidonvilles est susceptible d’atteindre les deux milliards d’habitants. L’afflux des populations rurales vers les villes – entre autres facteurs – entraînant en effet, une croissance rapide et parfois mal maîtrisée des zones urbaines, engendrant la construction de quartiers entiers d’habitations improvisées. Aussi, la problématique liée aux logements précaires, déjà cruciale, le sera plus encore au cours du 21e siècle. Et dans tous les pays, la règle reste la même : comme on fait son nid, on se couche. Si les gouvernants préparent le lit de l’insécurité en laissant prospérer tous les facteurs qui y conduisent, ils devront s’attendre, qu’elle éclate au visage un jour où l’autre. La poussée démographique ne leur facilitant pas la tâche, les dirigeants ne peuvent éternellement passer le temps à courir après les évènements, sur lesquels une simple conscience professionnelle aurait permis d’anticiper.

Roland TSAPI

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