Inondations : les pouvoirs publics pas toujours préparés

Bien qu’informés de ce que le pays va connaître des violentes précipitations et en excès, les gouvernants ne semblent pas prêts à faire face, abandonnant les populations à elles-mêmes. L’image que projette le pays en matière de gestion des catastrophes est dès lors pitoyable

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La ville de Douala s’est trouvée noyée le vendredi 21 août 2020, inondée à la suite d’une averse commencée tôt aux environs de 3h, et qui à l’aube donnait l’impression de n’avoir pas dit son dernier mot. Lentement, les pieds, les roues des voitures, les fondations des maisons, les premières fenêtres, les ponts, tout s’est retrouvée couvert.  Rien d’étonnant pour les géographes pour qui la ville est située à moins d’un mètre du niveau de la mer, et donc il suffit qu’il ait une légère montée des eaux pour que cela arrive. D’ailleurs, certains quartiers connaissent régulièrement ce qui est appelée la marée haute. Généralement en fin d’après-midi l’eau de la mer se retrouve dans les habitations trop proches de la rive.

C’était prévu…

Rien d’étonnant non plus pour les météorologues, qui avaient déjà prédit de fortes averses sur la côte et même à l’intérieur du pays. Dans le bulletin saisonnier des prévisions publié en juillet 2020, l’Observatoire national des changements climatiques (Onacc), indiquait que les averses annoncées pourraient dépasser les 300 millimètres de précipitations pour cette saison pluvieuse, en précisant que le Cameroun connaitra un taux excédentaire de précipitations entre juin et août 2020. Le document prévoyait des cumuls excédentaires des quantités de précipitations dans certaines localités, et des cumuls du nombre de jours de pluies dans d’autres. Tout l’Extrême-Nord par exemple est menacé. Dans le Nord, les populations de la Bénoué et du Mayo Rey devraient s’attendre à d’énormes précipitations. Pareil pour les populations des départements du Mfoundi, Nyong et Mfoumou, Haute Sanaga, Lékié, Nyong et Kéllé, Nyong et So’o, dans le Centre. Situation similaire  dans le département du Noun à l’Ouest, du Ndian, de la Manyu, de la Meme dans la région du Nord-Ouest, du Kupe Manenguba, du Fako, et du Lebialem, dans la région du Sud-Ouest, de même que dans le Moungo, la Sanaga-Maritime, le Nkam et le Wouri, dans le Littoral. Comme conséquence, des cas de glissements de terrain ou d’écoulements de boue sont annoncés dans les départements du Lebialem, du Noun, du Ndé, de la Mifi, du Mfoundi, et du Moungo.

Rien d’étonnant enfin pour les environnementalistes, ce qui est arrivé à Douala. D’après Pierre Chekem, expert consultant, Douala est une ville côtière proche de la mer, et les relations humaines ici avec la mangrove sont malheureusement conflictuelles. D’après lui, l’homme coupe trop la mangrove, dont le rôle naturel est de ralentir les marées et protéger la terre ferme des montées des eaux. Sans ce frein naturel donc, l’eau de la mer envahi plus facilement la côte dès qu’elle reçoit plus d’eau des averses, comme cela a été le cas ce vendredi. Ajouté à cela, la largeur et la profondeur des drains construits dans la ville de Douala ne favorisent pas un écoulement fluide des eaux quand le volume est important, tout cela appuyé par le comportement citoyen qui manque à la ville. La conscience environnementale des citoyens de la ville de Douala étant faible, les populations confondent les drains et les bacs à ordures.

…mais pas pris au sérieux

Ce qui est donc arrivé était prévisible, même comme les autorités de la ville se sont montrées aussi surprises par la situation que les populations qui refusent désormais d’accorder de l’importance à leur vie, par leurs attitudes. Toutes les alertes lancées bien avant avaient pour but de permettre aux gouvernants de prendre des mesures préventives, ou tout au moins se mettre prêt à intervenir. Dès la survenance des inondations du 21 août 2020, la ville a eu droit à une réunion ad hoc présidée par le gouverneur de la région, au cours de laquelle on a parlé. Le lendemain, les élus locaux se sont promené dans les quartiers les plus touchés, ils ont aussi parlé aux habitants. Tout cela pour faire bonne figure. Mais lors des inondations, les populations étaient abandonnées à elles-mêmes. Elles se sont débrouillées seules pour sauver ce qui pouvait l’être de leurs effets, pour se sauver soi-même, en nageant dans des eaux dégoutantes à la simple vue. On les a vues dans des pirogues de fortune faites de vielles carcasses de réfrigérateurs, derrière des camions entassées comme du bétail pour traverser les eaux qui avaient fait leur nid sur les chaussées, on était plutôt dans une situation de sauve qui peut.

On n’a pas vu un hélicoptère survoler la ville et les quartiers ne serait-ce que pour avoir une réelle appréciation de la situation, à défaut d’aider les populations prises dans le piège des eaux à s’en sortir. Il est évident que la mal gouvernance caractéristique de l’Etat camerounais ne lui a jamais permis d’être prêt à parer à aucune éventualité, mais même dans ce cas une petite volonté aurait suffi pour qu’il ne soit pas aussi absent lors des événements malheureux. Les experts en gestion des catastrophes préconisent d’abord une nécessaire amélioration de la sensibilisation des populations.

Anticiper

Les gouvernants sont informés depuis des mois de ce que le pays va connaître de fortes averses. Le minimum aurait été  de sensibiliser les potentielles victimes, puisqu’on sait que cela va arriver, en les incitant à modifier les comportements et surtout en les associant à la prévention. Les premiers gestes à adopter lors de l’inondation, les attitudes prioritaires, les numéros courts à appeler. Il en est de même pour la gestion de l’après inondation, à quel moment faut-il ou pas brancher un appareil électroménager, quel comportement avoir vis-à-vis de l’électricité. Et au sortir de là, si les pouvoirs publics sont impuissants lors de l’avènement des inondations, comment gèrent-ils la suite ? Les victimes restent vulnérables, et à défaut de leur apporter un soutien matériel et financier, ils peuvent au moins assurer leur prise en charge psychologique, car il n’est pas exclu que des idées noires traversent l’esprit de certaines personnes qui ont vu tous leurs investissements balayés en une journée pas les eaux, à domicile et au lieu du commerce. En tout état de cause, les inondations du 21 août n’étaient qu’un signal, le pire reste à venir si l’on s’en tient aux prévisions de l’Observatoire national des changements climatiques, et il n’est donc pas tard pour la protection civile et le gouvernement dans l’ensemble de prendre la mesure de la situation, et pour une fois jouer son rôle d’Etat protecteur, que de laisser les choses s’empirer pour par la suite multiplier les réunions et les descentes sur le terrain, sans actes concrets

Roland TSAPI

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