Industrialisation : les projets des grandes (ir)réalisations

Pour des raisons inavouées, en tout cas qui n’ont rien à voir avec le développement économique et la résorption du chômage, des projets d’investissements sont bloqués au Cameroun, les promoteurs obligés de plier bagages   

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Le 20 avril 2017, il y trois ans, le gouvernement avait exposé 20 modèles de véhicules au Palais des sports à Yaoundé, à l’occasion du salon de l’automobile dénommé China Cameroun auto Show. Berlines, camionnettes, mini bus, 4X4, tracteurs et autres, tous flambants neufs et sortis tout droit du port de Douala, étaient au rendez-vous. Le gouvernement n’exposait pas seulement pour vendre comme les concessionnaires, mais pour faire une annonce : ces véhicules seront « bientôt » assemblés au Cameroun, plus précisément à Kribi, avait-on appris ce jour-là. La marque des véhicules devait être « Cameroon Auto », monté par l’entreprise « Cameroon Automobile Holding company .» D’après le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, l’usine de montage encore en construction, était le fruit d’un partenariat signé deux années auparavant entre le gouvernement camerounais et un privé chinois, partenaire logistique. L’exposition du 20 avril 2017 avait alors deux objectifs, vendre les première pièces et surtout recueillir des avis et préférences afin de peaufiner la politique commerciale de l’usine, qui projetait de mettre sur le marché un millier de véhicules par an pour le Cameroun et la sous-région Afrique centrale. Avec au passage, la création de 4620 emplois directs pour les Camerounais, sans parler des emplois indirectes  induites de l’implantation de l’usine.

Grandes réalisations et bluff permanent  

Ce projet faisait partie des grandes réalisations du renouveau. Six mois après cette exposition, les partenaires chinois étaient devant la presse le 13 octobre 2017 pour faire  la lumière sur ce projet qui s’enlisait déjà. On apprendra ainsi que le projet était né en 2012, au cours d’une audience accordée par le président Paul Biya au président du conseil d’administration de l’entreprise promotrice du projet, Lu Fuqing. L’accord avait été donné pour la mise sur pied de l’usine de production de véhicules dans le pays. Sauf que le gouvernement devait aider à trouver le site d’implantation de l’usine et accorder d’autres facilités fiscales et douanières pour accélérer la mise en place du projet. C’est ainsi qu’au sein du complexe industrialo portuaire de Kribi, un site avait été identifié et le démarrage annoncé pour 2015, reporté en 2016. Face aux lenteurs camerounaises, les promoteurs avaient décidé de faire un pas pour montrer leur détermination à aller jusqu’au bout avec ce projet. L’exposition du 20 avril 2017 rentrait donc dans ce cadre. Lors de la conférence de presse du 13 octobre 2017, le partenaire chinois expliquait : « les formalités liées à l’acquisition du site de Kribi ne sont pas toujours achevées. C’est dire que nous ne savons pas toujours quand nous allons commencer les assemblages. Alors que la Cameroon Automobile Holding a déjà investi 1,4 milliards de francs Cfa dans ce projet, notamment pour concevoir et fabriquer les prototypes exposés lors du salon,  mais aussi pour une étude du marché camerounais, sur la base de laquelle les 20 modèles exposés ont été retenus. » La période de janvier 2018 était alors annoncée pour la sortie des premières pièces de l’usine de Kribi, si le site était attribué, espérait-on au sortir de la conférence de presse. En rappel, le coût de l’investissement était de 92 milliards de francs Cfa.

Cameroun, cimetière des projets

Rendu en mai 2020, cela fait 8 ans que l’idée du projet dure, et toujours pas un seul véhicule sorti de cet usine sur une route camerounaise. Et des exemples sont légions, des projets morts nés au Cameroun, à chaque fois butés sur une administration obèse et lourde. En 2006, en préparant le lancement de la société «Le Bus», spécialisée dans le transport urbain de masse dans la capitale camerounaise, la firme américaine Transnational Automobile Group (Taug) avait déjà annoncé la construction d’une unité de montage de véhicules à Limbé, dans la région du Sud-Ouest. Mais, le projet n’a jamais vu le jour. La firme a même vendu par la suite ses actifs de la société Le bus  à un investisseur zimbabwéen. Dans le domaine du transport urbain toujours, l’idée du tramway hante le Cameroun depuis des années. En 2014, la société belge Préfarails, avait signé  un mémorandum d’entente avec le gouvernement camerounais pour la construction du tramway à Douala et Yaoundé. On n’en a plus entendu parler jusqu’à ce jour. Depuis novembre 2019, un autre projet de tramway est ressorti du chapeau, avec des acteurs différents. Célestine Ketcha-Courtès, la ministre de l’Habitat et du Développement urbain, avait alors reçu en audience une délégation conduite par le groupe Bombardier et son partenaire belgo-turc Iristone/ILCI, concessionnaire de cette infrastructure.

Il était question pour les différentes parties d’accélérer les procédures administratives et techniques en vue du démarrage imminent des travaux de construction d’une ligne pilote d’un linéaire de 18 km. On parlait d’une durée de travaux de 3 ans. Mais déjà en janvier 2019 toujours, le consortium indiquait que « les études d’insertion de la ligne, la solution énergétique autonome et les plans de financement éligibles aux fonds internationaux ont été réalisés et approuvés par les parties ». Il envisageait d’ailleurs un démarrage des travaux au premier semestre 2019. Et un an après rien ne pointe à l’horizon.

Dans un pays où le chômage est devenu endémique, on trouve encore les moyens de faire trainer éternellement les projets, de faire partir des investisseurs,  parfois juste pour une question foncière, pendant que certains pontes du régime accumulent pour eux seul des centaines d’hectare de terrain.

Roland TSAPI

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