Immigration : le déni permanent de soi

Illusionné par le bonheur outre-mer, les africains continuent à se convaincre qu’ils ne valent pas grand-chose, il subsiste encore en eux le complexe du colonisé

L’Afrique est une fois de plus secouée par les vagues d’immigrés qui trouvent la mort dans le désert du Sahara, en partance pour l’Europe. Une jeune camerounaise, Isabelle Mpouma âgée de 37 ans, fait malheureusement partie des victimes de cette traversée du désert en cette fin du mois de juillet 2021. Partie en laissant derrière elle un commerce, elle est morte dans des circonstances qu’elle seule et les autres aventuriers avec qui elle était pourraient décrire. Sur place sa famille est éplorée et se demande pourquoi cela leur arrive. Elle n’est pas la seule et ne sera sûrement pas la dernière. Une étude du Programme des Nations Unis pour le développement auprès de 1 970 migrants venus de 39 pays africains, arrivés de manière irrégulière et établis dans 13 pays européens. L’âge moyen des migrants est de 24 ans, sans écart majeur entre les hommes et les femmes ; 77% des personnes interrogées sont des hommes, et 23% des femmes. 71% sont célibataires et 66% d’entre eux sans enfants. Ils viennent majoritairement des zones urbaines (85%). 24% d’entre eux ont terminé le cycle primaire et 43% le cycle secondaire ; 6% ont suivi une formation professionnelle et 8% ont fait des études supérieures. 58% des migrants interrogés avaient un emploi et la majorité d’entre eux avaient un salaire compétitif. Contrairement aux idées reçues, tous les migrants en situation irrégulière n’étaient pas “pauvres” en Afrique. 

Comment peut-on laisser un atelier, un salon de coiffure ou tout autre métier qu’on exerçait au pays, pour volontairement aller se soumettre comme esclaves ailleurs ? Etre femme de chambre, ou plongeur dans un restaurant en Europe, est ce plus valorisant que d’être patron d’un petit commerce au Cameroun, qui peut par ailleurs grandir ?

Si les ressortissants d’autres pays ont souvent évoqué la guerre pour justifier le départ, au Cameroun, le prétexte est toujours les conditions de vie difficiles, la pauvreté et la misère. Ce qui n’est pas faux dans une certaine mesure, mais à bien y regarder, le gouvernement n’est pas toujours le responsable de ces aventures, la réalité c’est que l’Africain, le Camerounais continue de vivre dans le déni de lui-même, en croyant que le bonheur ne peut venir que d’ailleurs. Parlant de la pauvreté d’abord, il est évident que ceux qui se lancent en aventure ne peuvent pas, au moment où ils partent, prétendre qu’ils sont pauvres. Il faut un minimum d’un millions de francs cfa pour se lancer, parfois moins c’est selon, mais sur le parcours le supplément doit être envoyé par la famille. Au bas mot, au moment où ils sont récupérés par les gardes-côtes en Europe, ils ont dépensé au moins 2 millions de francs cfa. Et quelqu’un qui peut mobiliser deux millions dans sa famille ne peut pas se dire pauvre. Que ne peut-on en effet réaliser comme projet au Cameroun avec cet argent ? Et si cet argent était utilisé pour se payer une formation sérieuse, avec l’optique de s’installer soi-même et créer un emploi !

Dignité

Que vont faire les jeunes en Europe ? Il est connu qu’une fois arrivés en terre supposée promise, ce n’est pas le miel qui coule partout comme dans les prévisions de la bible. Ce sont les basses besognes qui les attendent, pour ceux qui ont de la chance : éboueur, employé d’une morgue, femme ou garçon de  chambre pour les plus  chanceux, plongeur, employés pour les cueillettes. D’après l’étude du Pnud, « une fois arrivés en Europe, les aspirations des migrants se heurtent à des législations qui leur interdisent de travailler s’ils n’ont pas de papiers. Néanmoins, ils sont nombreux à trouver des emplois dans des professions peu qualifiées. Cela indique un potentiel humain et de main-d’œuvre sous-utilisé. Malgré les politiques répressives, ils persistent à vouloir trouver une solution pour ne pas repartir sans rien au pays. » Ici se pose la question de la dignité de l’homme africain. Comment peut-on laisser un atelier, un salon de coiffure ou tout autre métier qu’on exerçait au pays, pour volontairement aller se soumettre comme esclaves ailleurs ? Etre femme de chambre, ou plongeur dans un restaurant en Europe, est ce plus valorisant que d’être patron d’un petit commerce au Cameroun, qui peut par ailleurs grandir ? A une époque de l’histoire, les Africains étaient achetés comme de la marchandise, trainés de forces en Europe où ils travaillaient dans des champs et comme domestiques, réduits à des travaux dégradants. A la faveur des révolutions et des batailles, la pratique a été officiellement abolie, mais c’est comme si l’Africain était resté esclave dans sa tête, et aujourd’hui il prend la mer et le désert seul pour aller se livrer comme esclave. Par le passé il était embarqué gratuitement, aujourd’hui il paye de l’argent pour aller s’asservir.

Se revaloriser

Il est indéniable que certains arrivent à s’en sortir si on peut le dire ainsi, ils réussissent à économiser de l’argent dans ces petits travaux, et reviennent au pays avec des conteneurs de marchandises. Mais là encore ce n’est qu’une illusion de réussite. Parce qu’en regardant le contenu de ces conteneurs, on constate bien qu’il est constitué de tout ce que l’Europe n’en voulait plus, soit parce que c’est périmé, soit parce que c’est dépassé par la technologie, soit simplement parce que c’était déjà déposé à la poubelle. De manière schématisé, on a au bout du cercle, un homme ou une femme qui a abandonné tout au pays, a pris le risque par mer et par désert pour se retrouver en Europe, où il vit caché parce que n’ayant pas de papiers, travaille au noir, obligé parfois d’épouser une vielle blanche pour l’homme  ou accoucher un enfant avec un vieux blanc pour la femme, dans l’espoir de régulariser sa situation, et un jour revenir au pays avec la poubelle ramassée en bordure de route et dans les garages, bien rangé dans un conteneurs. Peut-on appeler cela réussite au fond ? Quand l’Africain a ainsi bradé sa dignité ?

A la faveur des révolutions et des batailles, la pratique a été officiellement abolie, mais c’est comme si l’Africain était resté esclave dans sa tête, et aujourd’hui il prend la mer et le désert seul pour aller se livrer comme esclave. Par le passé il était embarqué gratuitement, aujourd’hui il paye de l’argent pour aller s’asservir.

L’Afrique est un continent béni, l’Africain est un homme à part entière, doté même de qualité intellectuelle largement supérieur à celui des autres races. Le monde a été révolutionné par les inventions des Noirs, comme Lewis Howard Latimer à qui on doit l’autonomie de l’ampoule électrique, Garrett A. Morgan inventeur du masque à gaz, ce qui a permis le sauvetage de dizaines de milliers de personnes pendant la première Guerre mondiale et également l’inventeur du premier feu tricolore électrique automatique, ou Marc Regis Hannah inventeur du graphisme 3D et le fondateur de la SGI (Silicons Graphics Incorporated) pour ne citer que ces quelques-uns. Ces inventeurs ont été cachés ou ignorés juste pour affirmer la suprématie d’autres races sur le Noir. Mais les jeunes générations doivent rejeter ces fausses doctrines, refuser de continuer à se livrer en esclaves et s’assumer, comme l’ont fait les Martin Luther King ou Rasa Park

Roland TSAPI

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