Grogne des enseignants : Nalova entre devoir et loyauté

La ministre de tutelle a donné l’impression de soutenir les grévistes ; mais en laissant croire qu’elle est impuissante. Restera-t-elle alors là à regarder faire, ou a-t-elle le courage de démissionner ?

Le ministre des Enseignements secondaires Nalova Lyonga. Dépassée !

Le ministre des Enseignements secondaires, Pauline Nalova Lyonga, au cours de la conférence de presse conjointe tenue à Yaoundé le 10 mars 2022 dans le cadre de la recherche des solutions aux revendications des enseignants, avait pris faits et causes pour ces derniers. « Parfois quand certaines personnes m’écoutent, ils peuvent penser que je suis une syndicaliste », disait-elle dans ses propos, avant de continuer dans un plaidoyer : « ce que les enseignants veulent est juste…ce qui est plus important c’est de l’argent. Qui ne veut pas de l’argent aujourd’hui ? Et combien gagnent les enseignants, pour que l’on attende qu’ils n’aient que les 2/3 ou le 1/3 de leurs salaires ? Non, c’est injuste. Et j’ai toujours posé une autre question, quel autre corps dans la fonction publique camerounaise gagne une partie de son salaire au lieu de la totalité ? Et je n’ai jamais eu la réponse adéquate. Ce sont seulement les enseignants. Pourquoi les enseignants devraient avoir une partie de leurs salaires pour 5 ans, 10 ans, aussi longtemps que cela. Je crois que le chef de l’Etat a fait une excellente chose pour nous aujourd’hui, comme à son habitude, surtout en ce qui concerne les jeunes, parce que ces enseignants enseignent à la jeunesse, et le Chef de l’Etat est conscient de cela. Moi je n’ai qu’un service d’utilisation, nous nous limitons à utiliser les enseignants, nous ne les reclassons pas, nous ne les payons pas. Mais le fait est que nous ne pouvons pas utiliser les personnels dans ce service quand ils sont mécontents, parce que leurs performances ne seront pas optimales, c’est pourquoi nous nous joignons à eux pour dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas, il faut que nous regardions cela. Mais ce que je vais leur dire, c’est que je ne crois pas que le gouvernement avait de mauvaises intentions, parce que quand cette affaire d’une partie du salaire est survenue, c’était essentiellement pour aider les enseignants, quand on a pensé que les enseignants ne pouvaient pas partir dans des coins reculées sans argent dans la poche. C’était une bonne idée avec l’intention de leur permettre d’avoir un peu d’argent quand ils commencent dans des zones éloignées. Mais le fait est que quand quelqu’un a une dette et paye une partie, il ne se souvient pas que l’autre partie doit être également payée. C’est ce qui est arrivé. Ils ont oublié que le reliquat des enseignants attendait d’être payé, et cela n’a pas été payé, je ne sais pas pourquoi. Donc les enseignants ont une raison juste, et le ministre des Enseignements secondaires a une juste raison de leur dire oui, soyez calme que l’on suive cette affaire comme nous pouvons… » Elle est allée plus loin pour expliquer qu’elle tenait des réunions hebdomadaires avec les syndicalistes qu’elle remerciait, rappelant que si l’on avait suivi ses méthodes, on en serait pas là aujourd’hui, à l’heure de la digitalisation. Elle montrait d’ailleurs une disquette dans laquelle elle disait avoir 155 559 décisions signées, mais qui ne sont pas de l’argent, que les méthodes du 18eme siècle ne pouvaient pas être utilisées au 21 eme siècle pour le traitement des dossiers. Pour elle, il fallait avoir un calendrier de paiement de ce que les enseignants réclament.

Certains départements ministériels semblent être les bêtes noires pour d’autres, des goulots d’étranglement comme ce que décriait le ministre des Enseignements secondaires Pauline Nalova Lyonga.

Panier à crabes

Cette sortie, au-delà d’être une véritable défense de la cause des enseignants, trahissait une fois de plus les incohérences structurelles du gouvernement camerounais. Malgré les incessants appels du président de la république Paul Biya, l’opération « craie morte » permet ainsi de comprendre que la solidarité gouvernementale est loin d’être une réalité. En 2019, après la nomination du gouvernement Dion Ngute le 4 janvier, Paul Biya avait présidé l’un des rares conseils ministériels le 16 janvier au palais présidentiel à Etoudi. S’inspirant des dysfonctionnements du dernier gouvernement Yang Philémon, caractérisé par les tensions, voire des insubordinations entre les membres, le président de la république  avait mis l’accent sur la cohésion dans l’action gouvernementale, en prescrivant selon les propos du Premier ministre Dion Nguté au sortir de là : « l’accélération du développement économique du Cameroun de manière à se rapprocher de l’émergence, et l’implémentation de programmes dédiés à la jeunesse. » 4 ans et deux mois après cette prescription, le gouvernement Dion Nguté n’a pas fait mieux, au contraire. Certains départements ministériels semblent être les bêtes noires pour d’autres, des goulots d’étranglement comme ce que décriait le ministre des Enseignements secondaires Pauline Nalova Lyonga. C’est un signe de détresse qu’elle lançait, en posant la question de savoir pourquoi seulement les enseignants devraient payer le prix des restrictions budgétaires, alors que les autres corps de métiers jouissaient de l’entièreté de leurs salaires combinés aux multiples avantages.

Mais comme un navire perdu aux larges d’un océan, le cri de détresse du ministre Nalova a peu de chance d’être entendu, non pas qu’elle  se soit trop éloignée des radars qui pourrait la repérer, comme pour le navire, mais à l’inverse parce qu’elle est plutôt étouffé dans un système dont la lourdeur empêche tout son émis d’être répercuté. Elle en est consciente, mais oserait-elle faire son devoir jusqu’au bout, en rendant son tablier pour témoigner de sa totale sympathie pour la cause des enseignants qui la regardent, avec une chance de décrisper l’atmosphère, ou va-t-elle malgré tout rester fidèle à celui à qui elle doit son ascension sociale, au risque de rentrer dans le même registre de l’hypocrisie politique ? Entre devoir et loyauté du ministre Nalova, se joue également le sort du mouvement « On a trop supporté » et l’opération  « craie morte »,

Roland TSAPI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code