Grogne des enseignants : le déni à peine voilé du gouvernement

Faisant semblant d’écouter les enseignants, le gouvernement refuse de prendre leurs revendications au sérieux et essaie de gagner du temps pour les avoir à l’usure

Le 27 février 2022, le Mouvement on a trop supporté (Ots) des enseignants du secondaire, a reconduit le mot d’ordre de grève baptisée « craie morte », lancée depuis le 21 février 2022. « A l’issue de trois réunions de crise, l’une tenue au ministère des Enseignements secondaires et deux autres à la Primature, nous n’observons aucune avancée notable, au contraire nous subissons des actes de menace et d’intimidation sur le terrain de la part de nos chefs hiérarchiques et des autorités administratives », indiquent les signataires du document, pour prendre acte de ce qu’en cela il est évident que le gouvernement affiche une volonté manifeste de ne pas apporter une solutions à ces revendications. En conséquence le mot d’ordre est reconduit jusqu’au 4 mars, et le sera encore jusqu’à satisfaction des revendications. Des revendications qui dans le fond se résument à l’application des textes régissant le corps et au respect des engagements des effets financiers induits. Les enseignants estiment à ce jour la somme d’argent qui devrait pouvoir couvrir leurs exigences à près de 180 milliards de francs cfa.

Le gouvernement qui en est conscient les a pourtant appelé à table, évitant les vraies interlocuteurs qui pour lui n’existent pas, parce ce qu’il ne lui a pas délivré un document officiel. On a connu la même situation au début de la crise anglophone, quand un Consortium s’était formé pour porter les revendications. Une première réunion avaient été tenue avec le gouvernement, avant que ce dernier se rétracte et méconnaisse l’existence du Consortium qui pour lui aussi n’existait pas légalement. 6 ans après, il n’a toujours pas trouvé d’interlocuteur.

Déni

Nalova Lyonga, Minesec

Un observateur de la scène socio-politique s’est exprimé ainsi au sujet de cet débrayage des enseignants : « Ça commence toujours comme ça. Au départ on a passé deux ans à s’accorder sur Crise anglophone et question anglophone, puis on est allé au grand dialogue national, deux ans après, on s’est encore retrouvé pour se demander à quel niveau on est. » Comme pour le début de la crise anglophone, le gouvernement est encore dans le déni, malgré les réunions tenues jusqu’ici, en réalité pour donner l’impression aux enseignants qu’ils sont écoutés. C’est pour cette raison que ces réunions n’ont donné rien de concret. En témoigne le communiqué signé le 22 février 2022, au lendemain de la grève, par le ministre des Enseignement secondaire à l’issue d’une réunion avec les représentants de 6 syndicats. Un extrait dit « au terme des échanges francs et fructueux, le ministre a informé les syndicats d’enseignants des mesures envisagées dans le cadre de la synergie gouvernementale pour la prise en charge progressive, par les administrations compétentes des tous les effets de droit des enseignants. Aussi, les syndicats d’enseignants ont demandé au gouvernement d’engager les administrations concernées à effectuer les diligences nécessaires à la satisfaction des préoccupations des enseignants.» De la rhétorique pure, qui a le mérite d’être abstraite. C’est dans cette même logique de déni que la réunion au ministère des enseignements secondaire s’est tenue avec les syndicats, qui dans le cas d’espèce n’avaient rien demandé. Le mot d’ordre «  craie morte » a été lancé par le mouvement Ots, qui a sciemment décidé de se passer des syndicats, lesquels ont prouvé leur inefficacité dans la durée, en n’obtenant aucun résultat depuis des décennies. Qu’un enseignant mette dix ans sans arrêté d’intégration dans un corps de métier qui compte au moins 6 syndicats, est preuve en effet que ces syndicats ne servent pas à grand-chose. Et c’est parce  des soupçons de collusion avec le pouvoir pèsent sur eux que le mouvement a décidé de faire sans eux. Le gouvernement qui en est conscient les a pourtant appelé à table, évitant les vraies interlocuteurs qui pour lui n’existent pas, parce ce qu’il ne lui a pas délivré un document officiel. On a connu la même situation au début de la crise anglophone, quand un Consortium s’était formé pour porter les revendications. Une première réunion avaient été tenue avec le gouvernement, avant que ce dernier se rétracte et méconnaisse l’existence du Consortium qui pour lui aussi n’existait pas légalement. 6 ans après, il n’a toujours pas trouvé d’interlocuteur.

Quand les 75 enseignants du lycée technique de Mbalmayo auraient été sanctionnés parce qu’ils ont réclamé leur droits, quel que soit la sanction, en quoi cela profiterait-il au proviseur ? Si dans le cas extrême ces enseignants étaient relevés de la fonction publique, le proviseur ira-t-il les remplacer dans les salles de classes, les salaires de ces derniers lui seront-ils reversés ?

Intimidation, mauvais rôle

Quel avenir pour les lycéens?

L’autre façade du déni des revendications des enseignants, ce sont les méthodes d’intimidation déclenchées en sourdine et mise en applications par les responsables d’établissement et les autorités administratives. Quelques exemples : le 23 février 2022, le proviseur du lycée technique de Mbalmayo envoyait une liste de 75 enseignants au ministre des enseignements secondaires pour demander leur sanction, au motif qu’ils obéissent au mot d’ordre de grève. Le chef d’établissement avait pris la peine de préciser la forme de la grève : 43 enseignants absents, 32 présents mais ne faisant pas cours. Au lycée technique de Bankim, un enseignant recevait une demande d’explication pour s’être assis dans la classe sans faire cours, en respect du mot d’ordre de grève, avec ampliation aux autorités administratives. Ces chefs d’établissements et autorités administratives qui s’adonnent à ces pratiques, savent dans leurs âmes et consciences que les enseignants sont dans leurs droits, mais ils prêtent main forte à l’oppression, ils donnent leur caution à l’injustice. Est-ce à dire qu’ils sont complices, ou simplement loyaux envers leurs bienfaiteurs hiérarchiques. Quand les 75 enseignants du lycée technique de Mbalmayo auraient été sanctionnés parce qu’ils ont réclamé leur droits, quel que soit la sanction, en quoi cela profiterait-il au proviseur ? Si dans le cas extrême ces enseignants étaient relevés de la fonction publique, le proviseur ira-t-il les remplacer dans les salles de classes, les salaires de ces derniers lui seront-ils reversés ? En réalité, ces bras séculiers qui intimident les enseignants ne savent pas qu’ils sont en train d’être utilisés pour la sale besogne, le mauvais rôle. Ils ne sont en rien bénéficiaires des magouilles qui ont été mis en place à divers niveaux du système et dont les conséquences sont le mauvais traitement des enseignants, ils ne savent pas où va l’argent frais des dossiers d’examen pour que les correcteurs ne soient pas payés. Au sommet on commet des gaffes et on leur demande de porter le chapeau en bas, en s’attirant la malédiction des milliers de familles de ces enseignants qui croupissent dans la misère. Dans divers évangiles de la bible, Jésus disait à ses disciples : le scandale  arrivera, mais malheur à celui par qui il arrive.

Roland TSAPI

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