Grogne des enseignants : la logique du pourrissement ?

Les mesures promises par le gouvernement ont tout l’air d’un piège pour faire traîner les choses, en laissant de côté le décret d’application de leur statut, à l’instar d’autres décrets d’application qui attendent depuis plus de 20 ans

25 jours déjà que dure l’opération « craie morte » lancée par les enseignants du secondaire le 21 février 2022, avec le mouvement On a trop supporté (OTS), qui consiste pour les enseignants à être présents dans les campus scolaires, mais ne pas dispenser les cours, en protestation contre le mauvais traitement qui leur est réservé par le gouvernement. 25 jours au total, soit 19 jours ouvrés que les élèves se tournent les pouces dans les salles de classe au Cameroun. 25 jours également que le gouvernement tente de jouer au chat et à la souris avec les grévistes, qui restent constants sur une revendication principale : l’application du décret n° 2000/359 du 05 décembre 2000 portant statut particulier des fonctionnaires des corps de l’Education nationale, signé il y a 22 ans, et qui avait été vicié comme il est de coutume pour des lois votées pour contenter les populations, par des  clauses bloquantes disséminées dans le décret. Exemple de l’article 61 qui institue les primes à son alinéa 1, mais l’alinéa 2 précise : « les montants des primes ci-dessus énumérées et les modalités de leur attribution sont fixés par un texte particulier. »  De même pour l’article 62 : (1) Les fonctionnaires des corps de l’Education Nationale justifiant de quinze (15) années au moins de service effectif, peuvent prétendre à l’attribution de palmes académiques. (2) – Les modalités d’attribution des distinctions honorifiques prévues à l’alinéa 1 ci-dessus sont fixées par un texte particulier ». Et déjà l’article 5.- (1) dispose que l’échelonnement indiciaire de chacun des cadres des corps visés à l’article 2 ci-dessus est fixé par un texte particulier.

Une affaire similaire à celle de la décentralisation, introduite dans la constitution de 1996, mais qui a attendu 23 ans pour que la loi 2019/024 du 24 décembre 2019, portant Code général des Collectivités territoriales décentralisée soit adoptée à l’Assemblée nationale et promulguée par le président de la république.

Le texte particulier

Atanga Nji (Minat) et Grégoire Owona (Mints): la logique du pourrissement

D’après les plus anciens, ce décret avait été signé à la suite déjà de nombreuses plaintes du corps enseignant, et augurait d’une nouvelle ère pour ces derniers. Mais depuis lors ils attendent le ou les fameux décrets d’application. 22 ans après, il n’est pas signé, et ce n’est pas faute pour les enseignants de l’avoir rappelé, par courrier ou à travers des manifestations. A chaque fois ils ont du se calmer après des réunions comme celles qui sont convoquées dans divers ministères depuis le début de l’opération « craie morte », réunions au cours desquelles les promesses ont toujours été faites, après avoir flatté leurs égos avec les expressions comme « vos revendications sont légitimes », « le gouvernement va prendre des mesures ». Une fois rentrés dans les classes, les dossiers étaient tout de suite remis dans les tiroirs-cimetières des bureaux ministériels, et priorité donné à autre chose. Une affaire similaire à celle de la décentralisation, introduite dans la constitution de 1996, mais qui a attendu 23 ans pour que la loi 2019/024 du 24 décembre 2019, portant Code général des Collectivités territoriales décentralisée soit adoptée à l’Assemblée nationale et promulguée par le président de la république. Entre temps il a fallu que les sécessionnistes prennent les armes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest pour réclamer la liberté de s’autogérer et se développer, à défaut de la mise en œuvre de la décentralisation qui aurait conféré plus d’autonomie de développement aux régions, et aurait sans doute anéanti toutes velléités d’indépendance.

L’habitude de l’inertie

Un autre décret d’application qui attend depuis 26 ans déjà, c’est celui de l’article 66 de cette même constitution de 1996, qui dispose : « Le Président de la République, le Premier Ministre, les membres du Gouvernement et assimilés, le Président et les membres du Bureau de l’Assemblée Nationale, le Président et les membres du Bureau du Sénat, les Députés, les Sénateurs, tout détenteur d’un mandat électif, les Secrétaires généraux des ministères et Assimilés, les Directeurs des administrations centrales, les directeurs généraux des entreprises publiques et parapubliques, les Magistrats, les personnels des administrations chargé de l’assiette, du recouvrement et du maniement des recettes publiques, tout gestionnaire de crédits et des biens publics, doivent faire une déclaration de leurs biens et avoirs au début et à la fin de leur mandat ou de leur fonction. Une loi détermine les autres catégories de personnes assujetties aux dispositions du présent article et en précise les modalités d’application. » Pendant que le décret d’application attend, des milliards s’envolent tous les jours des caisses de l’Etat, emportés par les prévaricateurs pour lesquels une voie de sortie a même été aménagée entre temps avec la loi portant création du Tribunal criminel spécial, qui offre la possibilité d’échapper à toute peine en remboursant le corps du délit. Cette disposition constitutionnelle aurait pourtant été appliquée, que sans doute la trésorerie de l’Etat serait moins tendue d’années en années, qu’on n’aurait pas eu à retenir le tiers des salaires des enseignants chaque mois, qu’on n’aurait pas eu à appliquer les précautions budgétaires pour empêcher de payer même les corrections des copies d’examen, alors que les frais d’examen ne connaissent aucun retard pour les parents d’élèves, si oui ils sont frappés de pénalités.

Dans les faits, la situation est à tel point frustrante ici, qu’il n’est pas rare qu’un élève sorte d’un lycée et y revienne 5 ans plus tard comme supérieur hiérarchique de ses enseignants. Les réseaux ne prennent même plus la peine de le nommer loin de la région où il a fait le lycée, il est renvoyé dans le même établissement, où ses enseignants deviennent ses subalternes. Autant d’injustices que le gouvernement, au lieu de sortir de ses laboratoires les variant « républicains » de l’OTS, devrait réparer, pour ressusciter la craie  

Effet boomerang

Les enseignants plus que jamais déterminés

Ces exemples de décrets d’applications attendus, et bien d’autres, sont connus des enseignants, et constituent des arguments que le gouvernement leur a donnés au fil du temps pour ne plus croire en ses promesses. Pas étonnant alors qu’ils restent catégoriques sur les revendications, malgré les mesures proposées jusqu’ici par le gouvernement, qu’ils qualifient d’ailleurs de « mesuretes » Surtout qu’en plus des considérations financières, le corps des enseignants connait une frustration suicidaire, liée à la non application de l’article 69 du décret de 2000, qui dispose que « la nomination des fonctionnaires des corps de l’Education Nationale à des fonctions de responsabilité administrative s’effectue dans le respect du profil de carrière qui tient compte du grade, des qualifications supplémentaires, de l’ancienneté, des notes administratives et pédagogiques, des fonctions de responsabilité déjà occupées. » Dans les faits, la situation est à tel point frustrante ici, qu’il n’est pas rare qu’un élève sorte d’un lycée et y revienne 5 ans plus tard comme supérieur hiérarchique de ses enseignants. Les réseaux ne prennent même plus la peine de le nommer loin de la région où il a fait le lycée, il est renvoyé dans le même établissement, où ses enseignants deviennent ses subalternes. Autant d’injustices que le gouvernement, au lieu de sortir de ses laboratoires les variant « républicains » de l’OTS, devrait réparer, pour ressusciter la craie.

Roland TSAPI

One Reply to “Grogne des enseignants : la logique du pourrissement ?”

  1. Nous voulons la revalorisation de l’enseignant au Cameroun à travers la mise en application du nouvel statut particulier. Un point

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