Grandes infrastructures : la Can comme elle va

Sous la menace et la pression extérieures, le gouvernement fait apporte des améliorations. Qu’en sera. Signe que tout sera abandonné en l’absence de la pression extérieure

Foule au stade, pour une gestion optimale

La commission d’organisation de la confédération africaine de football a décidé à l’unanimité de lever la suspension imposée au stade Olembé et d’autoriser l’une des demi-finales de la Coupe des nations ainsi que le match de la finale à se dérouler dans ce stade » Ce message diffusée depuis la 30 janvier au soir sur les plateformes digitales du média d’Etat Crtv, fait suite à la publication 2 jours plus tôt, le 28 janvier 2022, par le ministre des Sports et de l’Education physique, président du comité local d’organisation de la Can, du rapport de l’incident qui a coûté la vie à 8 personnes et fait de nombreux blessés à l’entrée de ce stade le 24 janvier. L’incident avait été à l’origine de la suspension des matches qui y étaient prévus par le président de la Confédération Patrice Montsépé, et la reprise des matches de la Can 2021 était conditionnée par la production d’un rapport par la commission locale d’organisation. 4 jours auraient suffi pour la production du rapport, précédée par une forte campagne médiatique dans laquelle le même ministre faisait un mea culpa sur ce qui s’est passé. En résumé, selon le rapport, face à la pression des personnes désireuses d’assister au match des 8eme de finale opposant ce jour le Cameroun au Comores « les éléments de sécurité en faction ont procédé de manière imprudente à l’ouverture de l’entrée Sud du stade, occasionnant ainsi une grande bousculade qui a abouti au décès tragique de 8 personnes. Il est également apparu que le nombre d’agents de sécurité en poste était insuffisant et que la coordination entre les forces de sécurité présentes aurait pu être améliorée. » Le rapport est assorti des mesures prévues pour éviter que cela n’arrive encore, parmi lesquelles la suspension de la distribution des billets gratuits lors des matches disputés par le Cameroun, l’interdiction de la vente des billets aux abords des stades les jours de matches, une exploitation plus judicieuse des accès au stade et une information plus efficace du public sur les horaires, les voies et la conduite à tenir. Le rapport est produit en attendant les résultats de l’enquête prescrite par le chef de l’Etat au regard de ces « dysfonctionnements », et qui permettrait de « déterminer les causes exactes de cet incident mortel, d’établir les responsabilités y afférentes et de proposer les mesures permettant d’éviter une telle tragédie à l’avenir »

La prompte réaction du gouvernement quant à la suspension du stade Olembé,  sous la pression de la Caf, laisse croire que s’il y avait derrière le Cameroun une institution internationale qui suspendait l’usage de certaines infrastructures pour exiger  enquêtes, réparations et mesures drastiques, bien des choses devraient être améliorées dans ce pays.

Bien de soi…

Ainsi va la Can camerounaise. Ce rapport de l’incident, avec ses recommandations n’est en fait ni plus ni moins le document déjà exigé le 17 novembre 2021 par le Secrétaire général de la Caf, qui menaçait de suspendre ce même stade si au 30 novembre il ne lui était pas proposé un plan, avec entre autres ces termes : « vous assurer que la clôture du périmètre extérieur sera installée avant le 10 décembre, constituer une équipe responsable de la gestion du stade et nous présenter l’organigramme. » Pour des raisons plus politiques que sportives, la compétition avait été ouverte dans le même stade sans que ces exigences soient satisfaites, il a fallu 8 morts pour que ce plan de gestion sorte. Une attitude fort regrettable, au moment où l’Afrique se bat pour sortir la tête de l’eau et exiger plus de considération. Depuis que l’organisation de la Coupe des nations a été confiée au Cameroun en 2014, le gouvernement a déjà apporté mille et une preuves au monde entier que l’Africain n’entend que le langage du bâton. Il a fallu que le stade Olembé soit suspendu, pour que le ministre songe à un véritable plan de gestion du stade. Si en 4 jours un plan aussi étoffé a dû être établi, pourquoi des mois avant l’ouverture de la compétition il ne pouvait pas déjà être disponible, alors que des simulations étaient par ailleurs faites pour en principe permettre de faire des projections et peaufiner un plan de gestion qui allie anticipation sur les risques et prise en charge efficace en cas d’incident ? La prompte réaction du gouvernement quant à la suspension du stade Olembé,  sous la pression de la Caf, laisse croire que s’il y avait derrière le Cameroun une institution internationale qui suspendait l’usage de certaines infrastructures pour exiger  enquêtes, réparations et mesures drastiques, bien des choses devraient être améliorées dans ce pays.

La réaction du gouvernement Camerounais serait-elle donc juste pour satisfaire les exigences de la Caf, et une fois la compétition finie on abandonne l’infrastructure dans la brousse en poussant un ouf de soulagement, ou s’inscrit-elle dans une logique d’achèvement définitif des projets engagés pour cette Can pour une exploitation optimale au-delà de la compétition ?

…sous la menace

On pense à la route qui relie les deux capitales du Cameroun Yaoundé et Douala, l’axe dit « lourd » que l’on a fini par baptiser l’axe de la mort, qui n’a d’ailleurs jamais été réceptionné, tout comme le Stade Olembé, et qui a déjà réclamé un nombre incalculable de vies humaines. On pense à la route Dschang Melong dans la région de l’Ouest, en passant par la falaise de Dschang, devenue un véritable cimetière. Que dire du chemin de fer camerounais dont tous les experts disent être obsolète, jusqu’au simple écartement des rails. Le drame d’Eséka aurait sonné le glas. On se rappelle aussi le  barrage hydroélectrique de Mekim dans la région du Sud dont le simple test de mise en eau début juillet 2017, avait provoqué l’inondation des villages aux alentours, détruisant routes et habitations, faisant des sans-abris et des sinistrés qu’il fallait dédommager, pour ne citer que ces quelques exemples. Comme il n’y avait aucune instance internationale pour sévir, le gouvernement Camerounais ne pouvait pas, de soi, se faire violence pour qu’on sorte du définitivement provisoire avec ces infrastructures.  Et la crainte qu’on soit dans le même schéma est d’autant plus fondée que dans la cadre de la Can 2021, deux stades ont été suspendus, Olembé à Yaoundé et Japoma à Douala, mais le rapport du ministre président du comité local d’organisation de la Can ne fait allusion qu’au cas d’Olembé. Rien n’est dit sur des mesures prises pour remettre le stade de Japoma en état, tant que l’essentiel de l’aspect politique du jeu est préservé avec la reprise des matches à Olembé. La réaction du gouvernement Camerounais serait-elle donc juste pour satisfaire les exigences de la Caf, et une fois la compétition finie on abandonne l’infrastructure dans la brousse en poussant un ouf de soulagement, ou s’inscrit-elle dans une logique d’achèvement définitif des projets engagés pour cette Can pour une exploitation optimale au-delà de la compétition ? Le doute reste permis.

Roland TSAPI

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