Grand dialogue : timide avancée 3 ans après

3 ans après la tenue du Grand dialogue national, les recommandations faites sont timidement suivies, et surtout l’objectif ultime qui était la résorption de la crise anglophone, reste lointain.

4 octobre 2019, 4 octobre 2022. Trois ans qu’il s’est tenu à Yaoundé le Grand dialogue national dont le principal objectif était de trouver une solution à la crise anglophone qui s’enlisait. A la clôture de la rencontre, l’opinion avait été informée des recommandations faites par les 8 commissions constituées lors des travaux, lesquelles devaient être soumises à l’appréciation du président de la république pour approbation et mise en œuvre. Pour rappel, les 8 commissions incluaient celle du bilinguisme, diversité culturelle et cohésion sociale, du système éducatif, du système judiciaire, du retour des réfugiés et des déplacés internes, de la reconstruction et développement des zones touchées par la crise, du désarmement, démobilisation et réintégration des ex-combattants, du rôle de la diaspora dans la crise et contribution de celle-ci au développement du Cameroun et enfin de la décentralisation et développement local.

Dion Ngute, Pm

Les recommandations de la commission 7, celle du rôle de la diaspora dans la crise étaient les suivantes : réformer le Code de la nationalité pour l’adoption de la double nationalité ou des nationalités multiples, adopter le principe de la représentation de la diaspora aux niveaux parlementaire et gouvernemental (un ministère dédié à la diaspora), créer un haut Conseil de la diaspora dans les pays d’accueil avec des dirigeants élus, désigner une équipe chargée de prendre langue avec les membres radicalisés de notre diaspora et créer une agence transnationale d’investissement et de développement pour la diaspora. L’idée étant pour ces recommandations, d’atténuer l’implication supposée de la diaspora dans la crise, soupçonnée d’être la principale source de financement des opérations sur le terrain, en réaction à la mauvaise gouvernance à l’origine de leur départ du pays. De même, la commission 8, en charge de de la décentralisation et développement local, avait recommandé d’accorder aux régions du Nord-ouest et du Sud-ouest un statut spécial, de mettre effectivement en place les régions dans les meilleurs délais, supprimer la disposition relative à la nomination des délégués du gouvernement, de réduire substantiellement les prérogatives de l’autorité de tutelle, d’appliquer effectivement l’article 23 alinéa 2 de la loi portant orientation de la décentralisation qui stipule que la loi de finances fixe , sur proposition du gouvernement, la fraction des recettes de l’Etat affectée à la dotation générale de la décentralisation., entre autres

L’instauration des régions n’a été que l’aménagement de nouvelles salles de banquet apprêtées pour les amis politiques, qui depuis leur entrée en fonction, ont pour principale activité la tenue des sessions des conseils pour émarger les frais. L’élection du maire de la ville s’est révélée être un leurre, du moment que le candidat est resté celui choisi par la hiérarchie du parti, la même qui nommait précédemment le délégué du gouvernement

Mis en œuvre

6 mois après la fin des travaux, le 23 mars 2020, le président de la république signait le décret 2020/123 portant création, organisation et fonctionnement du Comité de suivi de la mise en œuvre des recommandations du Grand dialogue national, présidé par le Premier ministre, qui devait se réunir au moins une fois par semestre et en cas de besoin. Dans l’intervalle entre la fin du grand dialogue et la création de ce  comité de suivi, la loi portant Code générale des collectivités territoriales décentralisées a été voté à l’Assemblée nationale et promulguée le 24 décembre 2019, avec pour principale innovation l’accord du statut spécial aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest avec création d’une fonction de Public independant conciliator, l’élection désormais du maire de la ville au lieu de la nomination d’un délégué du gouvernement dans les capitales métropolitaines érigées en communautés urbaines. Le 6 décembre 2020 se tenaient également l’élection des Conseillers régionaux, 24 ans après la constitution de 1996 qui les institue.

Si l’on admet que tout cela avait pour objectif ultime de mettre un terme à la crise anglophone et ramener les mécontents dans la maison, il saute à l’œil, 3 ans après, que le Grand Dialogue est loin d’avoir atteint cet objectif. L’armée reste déployée dans les régions anglophones où les armes crépitent toujours, les assassinats se poursuivent, les attentats à la bombe fleurissent, les kidnappings se moquent de plus en plus de Dieu dont les hommes sont devenus les principales cibles, les incendies des structures gouvernementales n’ont pas cessé, les villes mortes imposées par les sécessionnistes restent en vigueur. Les publics independant conciliators se rongent les pouces, la reconstruction piétine désespérément, les déplacés internes restent disséminés sur le territoire et se contentent de temps en temps des dons de pitance de la part des politiciens qui en ont fait un fonds de commerce. L’instauration des régions n’a été que l’aménagement de nouvelles salles de banquet apprêtées pour les amis politiques, qui depuis leur entrée en fonction, ont pour principale activité la tenue des sessions des conseils pour émarger les frais. L’élection du maire de la ville s’est révélée être un leurre, du moment que le candidat est resté celui choisi par la hiérarchie du parti, la même qui nommait précédemment le délégué du gouvernement. L’allègement de la tutelle administrative sur les collectivités territoriales décentralisée n’a pas prospéré. Aucune recommandation de la commission 7 n’a été prise en compte, notamment la réforme du Code de la nationalité pour l’adoption de la double nationalité ou des nationalités multiples. Quant au comité de suivi des recommandations du Grand dialogue, sur les 6 sessions statutaires depuis la création, elle a tenu à 4e le 4 août 2022, au cours de laquelle le premier ministre a déclaré : « la situation n’est pas encore absolument saine, c’est un chemin difficile nous le savons, mais nous voyons déjà la lumière au bout du tunnel. » Le bout du tunnel, Paul Biya l’avait déjà vu et annoncé en novembre 2005 il y 17 ans, c’était au sujet de l’endettement du Cameroun, mais depuis lors il s’est éloigné ! Pour la crise anglophone et le Grand dialogue national, l’histoire semble se répéter.  

Roland TSAPI

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