Gouvernement : la nécessaire réforme préalable

Au-delà du changement d’hommes au Cameroun, la structure gouvernementale elle-même devrait être repensée pour répondre aux attentes

Paul Biya et les membres du gouvernement

Dans notre éditorial du 4 avril 2022, nous parlions du gouvernement du 4 janvier 2019, conduit par Joseph Dion Nguté, lequel gouvernement est arrivé à bout de souffle, cumulant des scandales et des échecs dans divers domaines. Comme le rappelle le Professeur Alphonse Bernard Amougou Mbarga aussi, « la réalisation et surtout la non réalisation de certaines actions devrait conduire à s’interroger sur les capacités opérationnelles des membres du gouvernement et envisager dès lors son remaniement. Dans le Cameroun de l’après 04 janvier 2019, certains cas méritent lecture et interrogation. » L’enseignant de sciences politiques revient sur certains faits qui collent à la peau de ce gouvernement comme le nez sur le visage, témoignant de l’échec, et donc de l’impopularité d’une équipe que rien ne justifie plus le maintien en poste. Allusion est faite d’abord aux chantiers routiers. Il rappelle que « sur la base du Document de Stratégie de la Croissance et de l’Emploi, le Cameroun s’est engagé à améliorer son parc routier. Force est de constater que de nombreux chantiers sont inachevés et constituent des gouffres financiers. L’autoroute Yaoundé-Douala, la pénétrante Est de la ville de Douala, la route Kribi-Ebolowa. Et pourtant les mêmes personnes, à tous les niveaux, assument les mêmes responsabilités. Ensuite la gestion de la pandémie du Covid19. Dans un rapport publié par la chambre des comptes et abondamment relayé dans les médias, la gestion des fonds alloués à la pandémie s’est avérée pratiquement désastreuse à plusieurs échelons du gouvernement. Le bilan humain, moins catastrophique que les prédictions de l’Organisation mondiale de la santé  ne saurait masquer les atermoiements de cette gestion. En effet, il est apparu que les acteurs en charge de ce dossier ont fait des manquements graves au point où en-dehors des questions purement financières et budgétaires, la recherche scientifique n’a pu tirer profit de cette situation. Et pourtant même les moments de pénibilité sont des occasions de remise en cause et d’apprentissage, de dépassement de soi et de repositionnement stratégique pour les individus, les sociétés et les États.

L’autoroute Yaoundé-Douala, la pénétrante Est de la ville de Douala, la route Kribi-Ebolowa. Et pourtant les mêmes personnes, à tous les niveaux, assument les mêmes responsabilités.

Enfin dans les points retenus par le professeur Amougou, il y a le  bilan de la 33ème édition de la coupe d’Afrique des Nations. Pour lui, « au terme d’une compétition au succès éclatant sur le plan sportif, festif et populaire, force est de constater que le Cameroun est passé par moult péripéties pour en arriver là…Si la compétition s’est déroulée dans des stades aux normes et standards internationaux (CAF FIFA CIO), il faut toutefois reconnaître que plusieurs chantiers demeurent inachevés. Ainsi les complexes de Japoma à Douala et Olembe à Yaoundé n’ont pas encore été officiellement réceptionnés. Il va de même des voiries de certaines villes qui sont à l’arrêt. Il y a lieu de penser que la fin de la CAN sonne la fin desdits chantiers. Le gouvernement n’a plus de pression pour justifier leur reprise ou leur achèvement. » Ces trois faits saillants justifient donc à suffire, dans une logique de dynamisme et de recherche de l’efficacité, la constitution d’une nouvelle équipe gouvernementale.

En définitive, un nouveau gouvernement ne devra plus être l’occasion pour certains de dire « c’est mon tour » et traiter de fous ceux qui suggèrent la démission en cas d’échec, mais il devra être conçu pour ceux qui auront compris quels sont les intérêts nationaux qui s’imbriquent dans les enjeux internationaux. Le peuple a faim, les Camerounais ont assez souffert pour qu’un remaniement soit un simple changement d’acteurs, qui viendront jouer les mêmes scènes.

L’indispensable réforme

Un conseil ministériel Dion Ngute

Mais il ne s’agit pas là de changer une chemise par une autre. Au regard des crises socio-politiques et économiques actuelles, un gouvernement en 2022 au Cameroun devrait être précédé par une refonte entière de la structure, pour se donner les chances de coller à la réalité et répondre aux besoins. A ce sujet, le Professeur Amougou fait une brève comparaison institutionnelle, tout en relevant que la dynamique de la décentralisation introduit un double niveau de décision, le niveau central et le niveau local. Cette réalité vaut également pour les États fédéraux. Quelques exemples : les Etats-Unis, un Etat fédéral de 300 millions d’habitants, a 15 membres du gouvernement. L’Allemagne, un  État fédéral de 90 millions d’habitants, a 18 membres du gouvernement, la France, un Etat régionalisé de 65 millions d’habitants, a 21 membres du gouvernement. Le Cameroun, un Etat unitaire décentralisé de 30 millions d’habitants, a 65 membres du gouvernement. » Soit 4 fois le nombre des membres du gouvernement des Etats Unis, avec 10 fois moins de nombres d’habitants. Et on peut ajouter à ce nombre « la multitude des agences officielles, des entreprises publiques et parapubliques. » Au regard de ces faits, la suppression de certains ministères devient une impérieuse nécessité. « La réforme du gouvernement préalable à tout remaniement du gouvernement suppose que certains ministères issus de l’organisation de décembre 2011 doivent disparaître. Cette nouvelle organisation permettrait de faciliter le TC-TR-TM (Transfert de Compétences, Transfert de Ressources, Transfert de Moyens). Une telle réalité s’oblige à la mise en place de la fonction publique locale », dit le politologue. Conscient que cette analyse n’est pas bonne à entendre pour les tenants des portefeuilles ministériels et leurs annexes, il rassure qu’une porte de sortie est offerte dans le cadre de la décentralisation : « La réforme de la structure du gouvernement n’implique pas seulement la perte de quelques postes ministériels pour tous ceux qui y aspirent. Cela implique également la disparition de plusieurs postes de secrétaires généraux, conseillers techniques, directeurs et autres cadres de l’administration centrale…Dans cette perspective, la mise en place de l’administration locale permettrait de transférer avec des dynamiques nouvelles tout ce personnel et tous ces hauts cadres au service de la territorialité. De manière globale, c’est la question de la gouvernance et des attendus de cette gouvernance qui doit conduire à un remaniement/réaménagement du gouvernement. » En définitive, un nouveau gouvernement ne devra plus être l’occasion pour certains de dire « c’est mon tour » et traiter de fous ceux qui suggèrent la démission en cas d’échec, mais il devra être conçu pour ceux qui auront compris quels sont les intérêts nationaux qui s’imbriquent dans les enjeux internationaux. Le peuple a faim, les Camerounais ont assez souffert pour qu’un remaniement soit un simple changement d’acteurs, qui viendront jouer les mêmes scènes.

Roland TSAPI

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