Gouvernance : l’honneur en berne

Des personnalités publiques impliquées dans les scandales, donnent leurs démissions pour se mettre à la disposition de la justice dans certains pays où l’éthique et l’honneur font partie des habitudes. Un exemple récent de trois personnalités au Liberia le confirme, mais au Cameroun les personnalités au centre des scandales restent de marbre.

Le 12 septembre 2022, le président libérien George Weah a accepté la démission de trois hauts responsables accusés par l’administration américaine de corruption et de détournements présumés. L’information a été annoncée  dans deux communiqués distincts publiés sur la page facebook officielle de la présidence de la république libérienne. Georges Weah avait déjà suspendu les concernés 15 jours auparavant, mais les partis politiques de l’opposition et la société civile avaient jugé cette réaction molle, par rapport à la gravité des faits reprochés à ces hauts responsables de la république. Il s’agit de Nathaniel McGill, ancien ministre des Affaires présidentielles et directeur de cabinet du président. Il a été  sanctionné par le Trésor américain qui l’accuse d’avoir « soudoyé des chefs d’entreprise, reçu des pots-de-vin de potentiels investisseurs » et « accepté des dessous-de-table pour avoir amené des contrats à des compagnies dans lesquelles il a des intérêts ». De plus, il s’est aussi « approprié des biens publics à son profit personnel », et a « fait appel à des seigneurs de guerre pour menacer ses adversaires politiques », selon l’accusation. L’autre responsable est Bill Twehway, chef de l’Autorité portuaire nationale. Il est accusé d’avoir « orchestré le détournement de 1,5 million de dollars vers un compte privé ». Le 3eme démissionnaire est Sayma Syrenius Cephus, procureur général, accusé d’avoir « développé des relations proches avec des suspects dans des enquêtes criminelles », et d’avoir « reçu des pots-de-vin en échange desquels il faisait classer des dossiers relatifs notamment au blanchiment d’argent ». Deux des accusés, le directeur de cabinet présidentiel M. McGill et le procureur général Cephus ont adressé des courriers séparés au chef de l’Etat dans lequel ils tentaient de nier toutes les accusations qui pèsent sur eux, sans que rien ne change.

Geoges Weah, président du Liberia

Dans le monde politique, des affaires ou les institutions publiques dont la gestion est saine et où règne le sens de l’honneur, la démission est la formule élégante pour écarter ceux qui ternissent l’image par leurs agissements, ou qui sont impliqués dans des affaires qui portent atteinte à la morale républicaine. Au lieu du limogeage qui jetterait plus du discrédit sur les personnes en cause, la hiérarchie leur demande d’écrire leurs lettres de démission, ce qui rendra leur départ moins humiliant, mais le fin mot de l’histoire et que ces personnes quitte la barque pour ne pas servir de mauvais exemple. Ce qui est donc présenté publiquement comme la démission du directeur du cabinet présidentiel, du chef de l’autorité portuaire et du procureur général est en réalité un limogeage habillé, qui indique que le président de la république a pris ses responsabilités, deux semaines seulement après la mise en accusation de ses collaborateurs. Ces derniers feront désormais face à la justice, répondront des faits qui leur sont reprochés, lesquels faits ne peuvent être pris à la légère, venant de l’administration américaine.

Le gouvernement camerounais est jusqu’ici resté de marbre, et l’opinion a au mieux, eu droit en date du 30 mai 2022, à un communiqué de la Snh dans lequel le directeur général Adolphe Moudiki déclare n’être « ni de loin, ni de près associée à de telles pratiques, strictement interdites  par son règlement intérieur. » Le pays devrait s’inspirer de ce qui s’est passé au Liberia, mais la rengaine est bien connue : le Cameroun n’a de leçons à prendre de personne. Tant pis pour la bonne gouvernance, tant pis pour l’éthique, tant pis pour l’honneur…

Honte camerounaise

Paul Biya, président du Cameroun

La Libéria est un pays d’Afrique, tout comme le Cameroun, et les deux pays ont en commun d’avoir fait de la lutte contre la corruption une priorité, dans le cadre de la bonne gouvernance et de la promotion des bonnes mœurs. Sauf que des accusations similaires à celles qui ont lieu au Libéria n’ont pas produit les mêmes effets au Cameroun. Le 21 juin 2022, la filiale britannique du géant du négoce  Glencore a officiellement plaidé coupable de sept chefs d’accusation de corruption dans le cadre d’opérations pétrolières au Cameroun, en Guinée équatoriale, en Côte d’Ivoire, au Nigeria et au Soudan du Sud. Au Cameroun particulièrement, la multinationale spécialisée dans les mines et le négoce de produits pétroliers, coté à Londres, a avoué lors de l’enquête menée depuis 2019 par le bureau d’enquête criminelles britannique le Serious Fraud Office (SFO), avoir versé aux hauts cadres de  de la Société nationale des hydrocarbures (Snh), de la Société nationale de raffinage  (Sonara)  et à d’autres hautes personnalités du gouvernement camerounais, près de 13 millions de dollars, (environ 7 milliards de francs CFA) de dessous-de-table pour favoriser les opérations du groupe au Cameroun entre 2007 et 2010. Des noms ont même été cités dans cette affaire de corruption, mais contrairement à la réaction des autorités au Libéria où le président Georges Weah a immédiatement suspendu les mis en cause, au Cameroun, les dirigeants de la Snh et de la Sonara, les deux principales sociétés impliquées, sont toujours en place. Ils ne sont pas suspendus par le président de la république, et n’envisagent pas eux-mêmes de démissionner, ou plutôt le président de la république ne leur a pas toujours demandé de lui donner leurs lettres de démission pour faire élégant, et éviter un limogeage, qui lui aussi semble ne pas venir. Et ce n’est pas faute pour les partis de l’opposition et la société civile d’avoir demandé des comptes et exigé des actions, comme cela é été le cas au Liberia. Une proposition de création d’une commission d’enquête parlementaire déposée par le député Sdf Josuah Osih à l’Assemblée nationale n’a pas prospéré, l’homme politique Akéré Muna, membre fondateur de Transparency International a saisi la Commission nationale de lutte contre la corruption sans suite à date, Helen Clark, la présidente de l’Initiative internationale pour la transparence dans les Industries extractives (ITIE) dont le Cameroun est membre, a demandé  au gouvernement camerounais dans une déclaration du 26 mai « d’intervenir rapidement » pour examiner ces cas de corruption… des pratiques qui sapent la confiance du public » et « font perdre aux citoyens les avantages découlant de leurs ressources naturelles.» Le gouvernement camerounais est jusqu’ici resté de marbre, et l’opinion a au mieux, eu droit en date du 30 mai 2022, à un communiqué de la Snh dans lequel le directeur général Adolphe Moudiki déclare n’être « ni de loin, ni de près associée à de telles pratiques, strictement interdites  par son règlement intérieur. » Le pays devrait s’inspirer de ce qui s’est passé au Liberia, mais la rengaine est bien connue : le Cameroun n’a de leçons à prendre de personne. Tant pis pour la bonne gouvernance, tant pis pour l’éthique, tant pis pour l’honneur…

Roland TSAPI

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